Rome: vers un document pontifical sur la morale (201290)
Rome, 20décembre(APIC) Annoncé pour septembre, puis pour décembre, et
plus récemment pour le printemps prochain, le document que le pape Jean
Paul II se propose de consacrer aux question de morale ne serait publié que
d’ici un ou deux ans, s’il faut en croire les théologiens Hans Küng et Norbert Greinacher, deux des signataires de la "Déclaration de Tübingen". Interrogé à ce sujet, le directeur de la salle de presse du Saint-Siège Joaquin Navarro-Valls a refusé de confirmer le report, se bornant à répéter
que la publication d’un tel document n’est pas prévue pour cette année.
Que le pape prépare un document (encyclique ou lettre apostolique) sur
les questions de morale n’est pas un secret: Jean Paul II l’a annoncé il y
a un peu plus de trois ans dans une lettre publiée en 1987, à l’occasion du
troisième centenaire de la mort de saint Alphonse de Liguori, fondateur des
Rédemptoristes, dans lequel il saluait un "maître de la morale catholique".
Le 12 juillet dernier, vingt-deux théologiens allemands, autrichiens,
suisses et néerlandais publiaient la "Déclaration de Tübingen". Quinze
jours après la sortie de l’instruction romaine sur la vocation ecclésiale
du théologien, ils y disaient leur crainte de voir le pape proposer comme
un enseignement "définitif et infaillible" la condamnation de la contraception contenue dans l’encyclique "Humanae vitae" de Paul VI. Ils demandaient en outre l’institution d’une commission chargée d’examiner les problèmes liés à la question de l’infaillibilité pontificale dans les matières
touchant à la morale.
Réagissant à cette déclaration, le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de
la Congrégation pour la doctrine de la foi, déclarait une semaine plus tard
ne pas être au courant de l’intention du pape d’élever au rang de dogme la
doctrine contenue dans l’encyclique de Paul VI. Les craintes exprimées par
les signataires de la "Déclaration de Tübingen" étaient donc, à ses yeux,
"sans fondement".
Il reste que le problème soulevé par les théologiens de Tübingen est
d’actualité. La "Frankfurter Allgemein" y est revenue dans son édition du
22 novembre 1990, dans un article intitulé "Revirement au Vatican ?" Le
chroniqueur y souligne, dans un contexte plus large, qu’il ne s’agit pas de
contester la compétence du Magistère ecclésial quand il s’exprime sur des
questions de morale, compétence affirmée par le Concile Vatican I (1870).
On est plus clair aujourd’hui sur les liens à établir entre foi et morale. Vatican II a d’ailleurs établi qu’il y avait une "hiérarchie des
vérités": le message de la croix et de la Résurrection du Christ est évidemment plus important que les discussions sur le sexe des anges, relève
l’auteur de l’article. Il est donc capital, affirme-t-il, de savoir faire
la part des choses dans les prises de position du Magistère ecclésial. Ainsi, il importe que l’engagement des chrétiens pour la paix, la justice et
le respect de la Création soit perçu comme un devoir plus contraignant que
certains distinguos de morale sexuelle. S’il en était autrement, relève le
chroniqueur, la morale catholique se réduirait à la morale sexuelle. Il ne
s’agit donc pas, poursuit-il, d’en arriver à une "économie (gestion) du Magistère ecclésial, qui favorise une ’réception’ plus équilibrée des prises
de position pontificales".
L’empreinte de Karol Wojtyla
Dans son numéro du 1er décembre dernier, l’hebdomadaire catholique espagnol "Vida nueva", proche de l’épiscopat, retrace l’histoire de ce document
sur "La morale dans les circonstances actuelles" et en annonce la publication pour l’année qui vient, "certainement avant Pâques".
Selon l’hebdomadaire, le document est préparé avec la collaboration de
diverses Congrégations sous la houlette du cardinal Ratzinger, mais, "en
réalité, le pape a placé le futur document sous sa responsabilité directe",
entouré d’une "commission secrète". "Vida nueva" cite parmi les conseillers
et auxiliaires du pape dans la rédaction du document un Salvatorien polonais, le Père Tadeusz Styczen, un moraliste qui enseigne à l’Université
catholique de Lublin (il est l’un des principaux rédacteurs de l’encyclique
"Sollicitudo rei socialis", publiée pour le 25e anniversaire de "Populorum
progressio"); il faut y ajouter des membres de la Commission Théologique
Internationale, de l’Académie des Sciences, des Conseils pontificaux pour
la famille, la santé, "Justice et paix" ainsi que des Congrégations pour la
doctrine de la foi et pour l’éducation catholique.
L’intention du pape, écrit "Vida nueva", est d’actualiser "Humanae vitae", mais sans rien changer à l’enseignement de Paul VI sur les fin du mariage, la contraception et le contrôle des naissances (condamnation des
moyens artificiels ou contraires à la volonté du couple). Avec aussi des
chapitres nouveaux traitant de la bioéthique, de l’euthanasie, de l’éthique
des responsables politiques, sociaux et économiques. A l’époque où il
enseignait la théologie morale à l’Université de Lublin, puis comme archevêque de Cracovie, le pape avait déjà publié une série d’études sur le thème de la responsabilité en matière de morale. On peut donc s’attendre à ce
que, comme dans les précédentes encycliques, on trouve dans la rédaction du
futur document l’empreinte de Karol Wojtyla.
La commission d’experts qui travaille au document dispose d’un important
matériel accumulé suite à la consultation par les dicastères concernés des
épiscopats ou d’évêques à titre individuel, en vue d’établir la liste des
problèmes les plus urgents qui appellent une réponse pastorale. Selon "Vida
nueva", elle en est actuellement à la seconde rédaction du document, envoyé
sub secreto à quelques cardinaux afin de connaître leur opinion. Une fois
celle-ci connue, Jean Paul II en personne évaluera les avis recueillis et
procédera à la rédaction finale. (apic/cip/cor)