Rome: Synode sur l’Europe (031291)
"Le prosélytisme un venin qui empoisonne les relations entre Eglises"
Rome, 3décembre(APIC) Le pasteur suisse Jean Fischer, secrétaire général
de la Conférence des Eglises européennes est intervenu lundi devant l’Assemblée pleinière du synode, en qualité de "délégué fraternel". Après avoir
remercié les catholiques de leur invitation, il a rappelé les liens tissés
entre la KEK et l’Eglise catholique, et souligné l’importance de l’oecuménisme en mettant en garde contre les dangers du prosélytisme.
L’Europe cherche son unité et son harmonie entre les peuples de ce
continent qui partagent un héritage et une longue histoire commune, a
d’abord constaté Jean Fischer, pour qui cette histoire, faite
d’intolérances, de conquêtes, de guerres de religion et d’infidélités a
affaibli le témoignage de l’Evangile.
Quatorze Eglises non-catholiques ont été invitées à Rome, toutes n’ont
pas répondu. Jean Fischer a regretté que certaines d’entre elles ne soient
pas là pour faire part de la façon dont elles ont été Eglises sous la persécution des régimes totalitaires de l’Est. Il a d’autre part souhaité que
le dialogue permette au mouvement oecuménique de sortir "des turbulences
actuelles".
Jean Fischer a ensuite dressé le portrait de la Conférences des Eglises
européennes et relaté son engagement pour l’oecuménisme. La KEK est née en
1959 pour regrouper toutes les Eglises d’Europe de l’Ouest et de l’Est.
Tout au long de la guerre froide, elle a établi des ponts pour permettre
aux Eglises de se rencontrer, de se connaître et de s’entraider. Aujourd’hui, la KEK compte 120 Eglises membres: Anglicanes, Baptistes, Evangéliques, Luthériennes, Orthodoxes, Réformées et Vieilles-catholiques. Certaines comptent leurs fidèles par millions, d’autres par milliers, mais elles se retrouvent toutes sur une base d’égalité. Depuis 1959 la KEK a prié
et oeuvré notamment dans le cadre de la Conférence pour la Sécurité et la
Coopération en Europe (CSCE). En 1990, lors d’une session extraordinaire,
les dirigeants de la KEK ont réaffirmé leur volonté de poursuivre "les tâches de la réconciliation, de l’unité de l’Eglise et de l’édification de la
société selon les valeurs évangéliques".
Dès 1975, les Eglises membres de la KEK ont cherché la coopération avec
l’Eglise catholique romaine, ce qui a débouché sur cinq rencontres oecuméniques européennes dont la dernière en date, à St-Jacques de Compostelle, a
été consacrée au thème de l’évangélisation de l’Europe. Un autre événement
majeur de l’oecuménisme a été le rassemblement de Bâle "Justice, Paix et
Sauvegarde de la Création" qui a réuni en 1989 plus de 600 délégués des
Eglises de la KEK et de toutes les Conférences épiscopales européennes.
Jean Fischer a dit en outre avoir écouté et partagé les analyses
présentées depuis le début du synode: "le message biblique, l’Evangile est
de moins en moins connu et son importance se reflète de moins en moins dans
la vie individuelle ou communautaire de nos sociétés. La religion a
tendance à devenir privatisée, soumise à toutes sortes d’influences".
Chaque fidèle de chacune des Eglises doit être évangélisé d’une manière
continue et converti en permanence au Christ ressuscité. L’évangélisation
commence au sein des Eglises, ses acteurs en sont tous les fidèles, clercs
et laïcs.
La question du prosélytisme est aussi une des préoccupations de Jean
Fischer et de la KEK qui les considèrent comme un "venin qui empoisonne les
relations entre Eglises et empêche une pratique oecuménique de l’évangélisation". Les faibles résultats de l’action d’évangélisation des Eglises en
Europe occidentale libre, au cours des décennies passées, devraient suggérer plus de modestie et freiner l’ardeur de ceux qui veulent s’engager dans
une ruée vers l’Est, comme si l’Eglise y était totalement absente. Pour accomplir l’évangélisation, "il nous faut un esprit de repentance et d’humilité face aux divisions que nous avons exportées dans le reste du monde et
que nous continuons parfois à entretenir", a souligné Jean Fischer.
Revenant sur le rassemblement de Compostelle, Jean Fischer a rappelé les
quatre principes qui ont été retenus à l’issue de l’assemblée: cesser tout
contre-témoignage collectif; parler ensemble de tout ce qui fait problème
et se tendre la main; mettre l’action sous le signe de la justice, de la
paix et de la réconciliation; poursuivre la formation oecuménique des pasteurs et des fidèles. Les Eglises doivent devenir ce qu’elles n’ont pas
toujours été dans le passé et ne sont pas encore toujours aujourd’hui,
c’est-à-dire des "foyers d’amour". Le renouveau de l’évangélisation ne peut
passer que par un nouvel effort oecuménique fait d’amour et de charité,
d’exigence et de conversion.
C’est en empruntant les paroles du patriarche orthodoxe de Moscou Alexis
II que Jean Fischer a conclu son exposé: "Nous nous apercevons de plus en
plus que les relations oecuméniques ne sont pas un appendice de la vie de
l’Eglise, qui ne ferait pas véritablement partie de ses structures. Bien au
contraire, l’oecuménisme est indispensable dans le monde d’aujourd’hui caractérisé par les séparations et les oppositions." (apic/mp)