Mgr Van den Berghe: "le mouvement socialiste a aussi ses martyrs"
Rome, 6décembre(APIC) Il est injuste de condamner globalement la modernité et dangereux de tous miser sur la post-modernité: c’est l’avertissement
lancé au Synode par Mgr Van den Berghe. Tout en se félicitant de la chute
des régimes communistes , l’évêque d’Anvers a souhaité que l’Eglise essaye
de sauver "ce qu’il y avait de vrai, juste et noble" dans le mouvement socialiste, "qui lui aussi a connu ses martyrs". Dans son intervention prononcée en français, Mgr Van den Berghe a également condamné le racisme et
plaidé pour le respect mutuel et une intégration positive dans notre société.
Avec ses collègues de l’Est, l’évêque d’Anvers se réjouit de la chute
des régimes communistes - un événement historique dans lequel il voit un
"jugement divin" - de la liberté religieuse et civile retrouvée, comme aussi de l’absence remarquable de répression et de vengeance, signe de magnanimité et de sagesse.
"Dans la même direction, a ajouté Mgr Van den Berghe, je me demande si
on ne peut pas aller plus loin sur cette voie de magnanimité et de sagesse.
Est-ce que l’Eglise ne pourrait pas, dans un esprit de réconciliation et de
magnanimité, essayer de sauver ce qui dans le grand mouvement socialiste
était vrai, juste et noble? Pourquoi ce synode ne pourrait-il pas faire un
geste de réconciliation envers le mouvement historique de gauche, qui
certes a connu ses péchés et ses criminels, mais qui a suscité par ailleurs
tant d’idéalisme et de sacrifices, qui lui aussi a connu ses martyrs?"
L’évêque d’Anvers comprend l’aversion à l’égard d’une culture moderne
occidentale - la "modernité"- qui de fait n’est pas chrétienne et porte en
soi bien des maux et des dangers. Mais il ne faut pas non plus aller trop
loin, dit-il. Il ajoute: "Il me semble donc erroné de condamner globalement
la modernité et dangereux de miser de façon unilatérale, dans sa stratégie
pastorale, sur la post-modernité, comme le ’Summarium’ semble le faire." En
effet du point de vue de la foi, chaque culture ou chaque élément d’une
culture est ambivalent. Aux yeux de l’évêque d’Anvers, "il reste toujours
des valeurs de la modernité que nous n’avons pas à condamner, mais plutôt à
accepter même si cette reconnaisssance vient un peu tard".
Livresque, la théologie occidentale?
Nombre d’interventions ont opposé la "théologie de la croix" des Eglises
de l’Est à une théologie "livresque" ou "sophistiquée" de l’Ouest, en suggérant que l’Occident chrétien a besoin d’une "purification par la croix".
"La théologie de la croix, je l’admets, et l’épreuve de la croix, j’en
ai peur mais je sais que j’en ai besoin" commente Mgr Van den Berghe. "Mais
si je crois que Dieu a le droit de nous confronter avec la croix, je ne
crois pas que moi, en tant qu’évêque, j’ai le droit d’organiser la croix
pour les autres. je dois prêcher le scandale d’un Dieu crucifié, mais je
dois examiner avec attention si je situe la croix là où le bon Dieu la place."
La théologie occidentale, Mgr Van den Berghe ne croit pas qu’elle soit
livresque, bien au contraire: " J’ai l’impression qu’elle a su formuler de
telle façon les vrais problèmes de la foi qu’elle est devenue parfois dramatique. Si les théologiens s’égarent parfois ou sont au moins très embêtants pour nous, les évêques, nous devons, nous rappeler que c’est une des
gloires de notre foi chrétienne qu’elle supporte ou même provoque une recherche humaine de la vérité de la foi."
Il n’est pas non plus juste de dire que l’Eglise occidentale n’a pas de
spiritualité. Au contraire affirme l’évêque d’Anvers, elle en a plusieurs:
classique chez certains, et, évoquant notamment les prêtres-ouvriers, dominée chez d’autres par "l’engagement pour les pauvres, le renoncement à tout
privilège clérical". (apic/jt/mp)