Rome: Synode spécial des évêques sur l’Europe (171291)
Rome, 17décembre(APIC) "Nous avons besoin d’un oecuménisme qui soit un
véritable partenariat où les arguments ne sont pas seulement entendus, mais
aussi pris en considération", a déclaré lundi à l’agence APIC, Karl-Christoph Epting, "délégué fraternel" de la Conférence des Eglises européennes
(KEK) au Synode qui vient de s’achever à Rome. Lors d’une conférence de
presse tenue vendredi à Rome, Karl-Christoph Epting avait déjà exprimé sa
déception et ses questions critiques face au Synode. Il espère que ce "petit début" n’est pas "un début dans une mauvaise direction".
"Un oécuménisme fait d’amabilité et de gestes gentils et émouvants n’est
pas suffisant, nous avons besoin de plus: un oecuménisme fait de collaboration mutuelle, de reconnaissance dans le respect et le partenariat, de
sorte que les Eglises d’Europe soient appelées de la même manière pour la
tâche commune de la nouvelle évangélisation", a déclaré Karl-Christoph Epting pour expliquer sa déception. Mgr Mark Santer, évêque anglican de Birmingham et le métropolite Spyridon Papageorghiu, représentant du patriarcat
de Constantinople, ont aussi parlé de déception.
Karl-Christoph Epting a souligné cependant, au nom des autres délégués
fraternels avoir "été reçus vraiment cordialement" et "émus par
l’hospitalité", et déclaré reconnaître "avec un grand respect les nombreux
gestes d’ouverture et d’amitié envers nous. La célébration oecuménique avec
Jean-Paul II dans la basilique St-Pierre a été très émouvante et restera
inoubliable".
Karl-Christoph Epting, rapporteur devant le Synode d’un groupe formé des
délégués non-catholiques et de plusieurs cardinaux et évêques, a donné une
prise de position en trois points lors de la conférence de presse: il pose
d’abord la question de la qualité du dialogue entre les Eglises chrétiennes
et l’Eglise romaine. Dans le document final, ce qu’ont dit les délégués
fraternels n’est pratiquement pas repris, ou sous une forme "de nature cosmétique" ou même faussée. Le dialogue oécuménique entre les confessions
chrétiennes est placé dans le même cadre que le dialogue avec les Juifs et
tous ceux qui croient en Dieu.
Vers un dialogue de partenaires?
Karl-Christoph Epting se pose aussi la question si on n’est pas resté en
retrait par rapport à la cinquième rencontre entre la Conférence des Eglises européennes (KEK) et le Conseil des Conférences épiscopales européennes
(CCEE) qui s’est tenue à St-Jacques de Compostelle au mois de novembre, et
dont le thème était précisement la nouvelle évangélisation. La collaboration entre la KEK et la CCEE n’est pas assez prise en considération dans le
document final du Synode. "Qu’attend donc le Synode des évêques d’une communauté oecuménique d’Eglises comme la KEK?" a demandé Karl-Christoph Epting. Alors qu’on a reconnu partout que l’Europe est devenue un pays de
mission et que la nouvelle évangélisation est une tâche commune.
Comme protestant, il a aussi constaté qu’on avait beaucoup parlé au
Synode des rapports entre l’Eglise catholique romaine et l’Orthodoxie, mais
qu’on avait beaucoup moins parlé des rapports avec les Eglises issues de la
Réforme. Karl-Christoph Epting pense, comme le Synode, que les rapports
entre les Eglises évangéliques et Rome doivent être poursuivis "avec toutes
les énergies". "Comment sommes-nous acceptés comme partenaires dans le
dialogue?"
Si on considère la nouvelle évangélisation comme une tâche commune, on
doit particulièrement parler de la pleine participation des hommes et des
femmes, du peuple de Dieu en entier, dans les décisions des Eglises. La
mariologie, la question du ministère et l’ecclesiologie sont à inclure dans
ce problème fondamental. Dans le document final, on parle surtout du pape,
des évêques des prêtres et des religieux. "Je crois qu’il est même question
que ces derniers sont les premiers et les plus importants missionnaires en
Europe, et que le peuple de Dieu n’a qu’une signification secondaire", pense Epting. "Si cela est vraiment le cas, les Eglises réformées doivent dire
que cela ne va pas."
Perspectives d’avenir
"Je suis curieux de voir la réaction à mes questions à propos de la
signification du Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE). Le
pape a dit dans son discours final avoir donné un délai d’un an pour faire
une proposition en vue de la coordination des efforts des conférences épiscopales pour la nouvelle évangélisation de l’Europe. Cela signifie-t-il que
le travail du CCEE n’est pas intéressant pour le pape et le Vatican et
qu’il est nécessaire de créer une nouvelle structure?" a déclaré le délégué
de la KEK.
Concrètement il proposera dans tous les cas que la KEK continue la collaboration pour l’évangélisation de l’Europe avec l’Eglise catholique soit
par l’intermédiaire du CCEE, soit par d’autres moyens. En outre, il convient de mettre sur pied, comme cela a été proposé à Compostelle, des instruments et des groupes de travail dans toutes les régions d’Europe où cela
n’existe pas, pour continuer les rencontres et les accords entre les Eglises. On doit aussi réfléchir à ce que tout cela signifie pour la prochaine
Assemblée générale de la KEK en septembre 1992 à Prague. Comme Jean Fischer, secrétaire général de la KEK, l’a souhaité, "j’espère qu’il y aura à
Prague des invités catholiques romains qui pourront peut-être apporter des
réponses aux questions posées", a conclu Karl-Christoph Epting. (apic/gbrmp)