Interventions et critiqes des "délégués fraternels"
"Pas de retour possible vers une Europe chrétienne homogène"?
Rome, 5décembre(APIC) Plusieurs "délégués fraternels" (les représentants
des Eglises chrétiennes non catholiques) sont intervenus mercredi en fin
d’après-midi au cours de la troisième audition programmée dans le cadre du
Synode spécial des évêques sur l’Europe. Parmi les intervenants, Even Fougner, évêque de Borg qui s’exprimait au nom de l’Eglise luthérienne de Norvège, a présenté le point de vue de son Eglise à propos de l’évangélisation
de l’Europe. Selon lui, il n’y a pas de retour possible vers une Europe
chrétienne homogène, étant donné que le continent compte actuellement plus
de 20 millions de musulmans.
L’évêque de Borg, qui s’est interrogé sur l’Europe chrétienne, a fait
remarquer que l’Europe a toujours présenté deux faces: d’un côté celle de
la foi et de l’amour chrétiens", de l’autre, la face de l’Europe des croisades et de l’inquisition. "C’est l’Europe des ’conquistadores’ et de la
persécution du peuple juif", a-t-il dit en précisant: "Les pogroms envers
les juifs ont commencé des siècles avant Hitler. C’est l’Europe des guerres
religieuses des XVIe et XVIIe siècles et de l’époque où l’on brûlait des
milliers de femmes innocentes accusées de sorcellerie".
Le passé comme un miroir
Toutes les dénomiations chrétiennes ou presque ont participé à cette
schizophrénie collective, a souligné l’évêque luthérien. Cette Europe là,
a-t-il poursuivi, "c’est l’Europe du colonialisme et de l’impérialisme,
l’histoire de l’empire britannique et d’autres puissances coloniales de
l’Europe. C’est l’histoire de Bismarck, de l’empereur Guillaume II, de Hitler, de Staline, de Mussolini et du général Franco".
S’il n’est peut-être pas juste de comparer le passé avec nos normes, a
convenu le représentant luthérien, il n’en demeure pas moins vrai que "les
droits de l’homme fondamentaux n’ont pas été seulement niés par des régimes
totalitaires athées, mais aussi par la soi-disant Europe chrétienne, et cela très souvent avec l’aide des Eglises chrétiennes".
L’évêque Fougner a conclu en relevant que comme Européen, nous portons
le lourd fardeau du passé". Pour lui, quand nous parlons de l’Europe chrétienne, il convient de le faire humblement.
Des espoirs, mais aussi des critiques
Toujours dans le cadre des interventions des "délégués fraternels", le
métropolite David Chkadua s’est exprimé au nom du patriarcat de la Géorgie.
Il a déclaré qu’il est très douloureux de voir les malentendus et de constater les désaccords entre les catholiques et les orthodoxes qui conduisent parfois à "de réelles confrontations". Le métropolite a de plus exprimé l’espoir de ne pas voir s’interrompre le dialogue oecuménique et que
tous "les membres de la grande famille orthodoxe seront présents à la prochaine Assemblée du Synode afin de travailler ensemble, au nom du Christ et
des apôtres, pour le bien-être, la prospérité et la paix du peuple européen".
Quant à l’évêque de Birmingham, Mgr Mark Santer, qui a parlé au nom de
l’Eglise anglicane, il a qualifié de "véritable péché" le fait que les délégués fraternels de ce Synode forment des groupes de travail distincts de
ceux des évêques catholiques. Cela montre qu’il y a encore un manque de
confiance, a-t-il dit en concluant: "Lorsqu’on parle d’oecuménisme, le problème central n’est pas la réconciliation entre les enseignements qui vont
dans des directions différentes, mais bien la réconciliation entre ceux qui
suivent ces enseignements". (apic/jt/pr)