Rome : Symposium des évêques européens (131089)
Rome, 13octobre(APIC/CIP) Au cours des 30 dernières années, "aussi bien
la naissance que la mort ont connu, du moins en Europe occidentale, une médicalisation généralisée, dont l’expression la plus spectaculaire est l’incertitude universelle qui s’est emparée de nos sociétés dans le domaine de
la bioéthique", a constaté le cardinal Carlo Maria Martini, en ouvrant le
7e Symposium des évêques d’Europe qui se tient actuellement à Rome.
Quatre-vingts évêques participent à cette rencontre, qui est organisée
par le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), organe de collaboration des épiscopats du continent. Le CCEE réunit actuellement 25 membres (tous les épiscopats d’Europe à l’exception de l’Albanie). Président
du CCEE, le cardinal Martini, archevêque de Milan, a introduit le thème des
travaux : "Les attitudes contemporaines devant la naissance et la mort : un
défi pour l’évangélisation". Il a précisé que le symposium n’était pas un
colloque de théologiens moralistes, l’objectif étant de permettre aux évêques de réfléchir ensemble sur "les situations ordinaires".
Les enfants ne sont plus perçus comme un "don de Dieu"
Parmi les phénomènes déjà mis en lumière lors de sessions régionales
préparatoires, le cardinal Martini a relevé notamment "la généralisation et
la puissance même du contrôle médical sur la naissance, et d’une autre manière sur la mort, qui sont désormais beaucoup moins vécues sur le mode du
destin et beaucoup plus sur le mode de la décision humaine". Cela a pour
conséquence que les enfants sont moins perçus comme un "don de Dieu", alors
que la "qualité" de la vie revêt pour tous une importance capitale. Par
ailleurs, la mort et l’agonie disparaissent peu à peu de l’expérience ordinaire des familles - plus encore que la naissance.
Dans un contexte de rationalisation technique, a relevé le cardinal Martini, les rites conservent pourtant toute leur importance. Par contre, les
expressions théologiques qui accompagnaient hier les rites, en particulier
les représentations eschatologiques du jugement, du purgatoire, de l’enfer,
du paradis, de la résurrection, ont perdu de leur force.
Une action pastorale à repenser
Le président du CCEE a circonscrit la tâche du Symposium dans cette seule question: "Comment, à travers ses célébrations, sa prédication, ses services, notre Eglise pourrait elle mieux évangéliser les expériences humaines fondamentales de la naissance et de la mort, dans la forme qu’elles revêtent désormais en Europe".
Invitant à "repenser sérieusement l’ensemble de notre action pastorale"
et à "s’interroger pour savoir comment pénétrer le tissu de la vie quotidienne de nos communautés et de nos contemporains, afin que leur mentalité,
entièrement renouvelée, soit toujours plus inspirée par les authentiques
valeurs évangéliques", le cardinal Martini a abordé trois domaines particuliers: l’annonce de la parole, les actions rituelles, la diaconie.
Sur le premier domaine, le cardinal a constaté que la vulgarisation des
sciences de la vie rend de moins en moins accessibles des doctrines comme
celle de la création, de l’âme, du péché originel... A l’heure où les techniques maîtrisent la procréation, beaucoup ont aussi du mal à comprendre
que Dieu leur donne les enfants qu’ils "font".
Le président du CCEE a ensuite observé qu’une partie du clergé accorde
plus de poids à la parole et au discours théologique qu’aux rites, qu’elle
a tendance à négliger, voire à "purifier", entrant ainsi en conflit avec la
religiosité populaire qui caractérise certaines régions d’Europe. "N’y a-til pas lieu, s’est-il demandé, de revaloriser le rituel, en se rendant
compte que l’Evangile ne se communique pas seulement sur le mode verbal.
N’a-t-on pas besoin d’une inculturation de la vie chrétienne en Europe,
comme dans les autres continents?"
Un discours culpabilisant qui tue l’espérance
Dans la dernière partie de son exposé, consacrée aux "Perspectives de
l’Evangélisation de l’Europe", le cardinal Martini a souhaité que soit promue "une attitude aimante et juste". En effet, a-t-il dit, "si nous renvoyons sans cesse nos contemporains à une image qui les déprécie, ils ne se
sentiront pas aimés. Alors, ils ne nous écouteront pas".
Le président du CCEE a de nouveau mis en garde contre le pessimisme en
invitant "à espérer avec et pour l’Europe": "Un discours qui n’insiste que
sur la crise européenne ne saurait être positif, comme l’a rappelé le
Saint-Père. Pourtant, ce discours pessimiste se répand: les Eglises européennes seraient vieillissantes, décadentes, sans vocations, de plus en plus
minoritaires dans des sociétés qu’elles laisseraient se séculariser. A ce
discours systématiquement culpabilisant, il n’est pas rare qu’on juxtapose
un autre discours idéalisant concernant les Eglises du tiers monde, qui seraient jeunes, joyeuses, fournies en vocations. Au lieu de la saine émulation que certains en attendent, de tels discours trop simplistes risquent
de miner l’espérance de l’Eglise d’Europe. En revanche, cette espérance ne
peut que se renforcer si le défi qui leur est lancé leur est clairement
présenté comme une tâche positive: celle d’une nouvelle inculturation de la
vie chrétienne dans une société inédite, hautement technique et scientifique, ayant maîtrisé ses besoins matériels essentiels". (apic/jt/be/pr)