Rome: Rencontre historique: Vatican-URSS (011289)
dans le cadre de la visite de M. Gorbatchev au Vatican
Rome, 1erdécembre(APIC/CIP) A l’occasion de la visite historique de Mikhaïl Gorbatchev au Vatican, le cardinal Lubachivsky, archevêque de Lviv
(Lvov) pour les catholiques ukrainiens de rite byzantin, a accordé depuis
Rome, ou il est toujours en exil, une interview exclusive au correspondant
de l’agence APIC à Rome.
Quelle est la signification de la visite de M.Gorbatchev au Vatican pour
l’Eglise catholique ukrainienne?
Nous espérons que cette rencontre conduira à une reconnaissance légale
définitive de notre Eglise en Ukraine. Et je crois que seuls le Saint-Père
et Mikhaïl Gorbatchev peuvent résoudre le problème posé par la situation de
l’Eglise catholique en Ukraine. J’espère donc que des progrès seront faits
durant la rencontre.
Qu’est-ce qu’ont changé pour vous le gouvernement de Gorbatchev et sa
politique de perestroïka?
Malheureusement, pas grand-chose pour les catholiques en Ukraine. Dans
les derniers mois, nos prêtres et nos fidèles ont encore été arrêtés. On
leur a encore infligé des amendes, on en a mis en prison, on en a battu. Je
tiens tout de même à dire que des manifestations publiques ont été autorisées ces dernières semaines. Il y a donc une évolution récente. Pour notre
peuple en Ukraine, la situation est encore difficile. Mais il n’a pas l’intention d’arrêter de se battre pour la légalisation de l’Eglise catholique
d’Ukraine. Les gens ont réussi à maintenir la vitalité de leur Eglise dans
les temps les plus difficiles et ils sont prêts à continuer.
Quelle est la situation actuelle de votre Eglise en Ukraine et à
l’étranger
On estime le nombre des catholiques en Ukraine à quelque 5 millions. Ils
disposent de dix évêques et d’un millier de prêtres, mais toujours sans reconnaissance légale. Dans la diaspora, il y a environ 2,5 millions de fidèles.
Que s’est-il passé depuis l’incorporation forcée de votre Eglise dans
l’Eglise orthodoxe russe en 1946?
Notre Eglise a beaucoup souffert. Ce furent 43 années de persécutions
dans l’union soviétique. Des évêques, des prêtres, et nombre de nos fidèles
ont été tués, emprisonnés et molestés. C’est une situation qui a prévalu
jusqu’il y a seulement quelques mois. Nos prêtres ont même été envoyés sur
le site de Tchernobyl pour le débarrasser des déchets nucléaires: c’est
ainsi qu’on les a punis pour avoir célébrer la Divive Liturgie, c’est-à-dire, l’eucharistie en rite bysantin.
Quelles relations avez-vous avec l’Eglise orthodoxe en Union soviétique?
Eh bien, je dois vous dire que le gouvernement soviétique est beaucoup
plus positif à notre égard que l’Eglise orthodoxe russe. Nous avions espéré
que, dans un esprit d’amour chrétien et de compréhension, l’Eglise orthodoxe russe nous soutiendrait. Au contraire, ils se sont montrés davantage hostiles à notre légalisation. Nous continuons cependant d’espérer que
l’Eglise orthodoxe russe va se rapprocher de nous et que cela arrivera le
plus tôt possible. En tout cas, notre souhait à nous est d’entretenir des
relations solides et mutuellement profitables avec nos frères orthodoxes.
Par ailleurs, je dois vous dire que la question de l’Eglise catholique
ukrainienne a posé quelques problèmes dans les discussions entre le SaintSiège et l’Eglise orthodoxe russe. J’espère tout de même que nous surmontrons ces difficultés. Je suis en tout cas reconnaissant envers le pape Jean Paul II pour toute l’aide qu’il nous apporte.
Que pensez-vous de la nouvelle loi soviètique sur la liberté de conscience?
Nous espérons que cette loi conduire effectivement à la liberté religieuse pour tous les croyants, y compris pour l’Eglise catholique ukrainienne. Mais nous ne pouvons pas en dire grand-chose, puisque l’information
à ce propos ne nous parvient que difficilement.
Une reconnaissance légale de votre Eglise ne va-t-elle pas réveiller le
nationalisme des Ukrainiens et le pousser au paroxysme?
Notre priorité des priorités, c’est le développement spirituel de notre
peuple. Nous avons toujours défendu ses droits fondamentaux. Mais nous continuerons de laisser la politique aux hommes politiques. Nous espérons, par
ailleurs, inviter le pape Jean Paul II en Ukraine. Mais pour cela, il faut
d’abord que notre Eglise soit légalement reconnue. (apic/cip/pe)