Rome : remettre la patristique en honneur (100190)
Rome, 9janvier(APIC) La patristique - l’étude des Pères de l’Eglise, qui
sont parmi ses plus grands penseurs et qui vécurent du IIe au VIIe siècle a été très valorisée durant les premières décennies du XXe siècle. Mais à
une période de grand intérêt, d’enthousiasme même - des années cinquante au
concile Vatican II - a fait place un climat de tiédeur, voire d’indifférence. Si cette tendance semble aujourd’hui se résorber, elle est loin d’être
surmontée.
Ce constat, il est celui que dresse la Congrégation pour l’Education
Catholique (des séminaires et des Institutions d’enseignement) dans une
instruction publiée mardi 9 janvier. Présentant les Pères de l’Eglise comme
d’authentiques témoins de la Tradition et des garants de l’identité chrétienne, le document souligne que les directives officielles de l’Eglise ont
toujours préconisé l’étude de leurs écrits. On dispose d’ailleurs, grâce
aux travaux scientifiques contemporains et passés, d’excellentes éditions
des textes de la patrologie originale, comme de nouveaux écrits sur les
thèmes les plus variés, qui sont de précieux instruments didactiques. Si
tous ces encouragements à fréquenter les Pères de l’Eglise ont été répétés
par le Saint-Siège et les papes, peu de progrès récents ont été enregistrés, une "conjoncture favorable" faisant défaut.
La Congrégation pour l’Education Catholique regrette à ce propos que les
théologiens actuels soient souvent pris par les problèmes urgents, qu’ils
croient pouvoir résoudre à la lumière des seules données bibliques et
qu’ils illustrent en recourant aux sciences humaines ou à certaines
philosophies et idéologies modernes. A l’inverse, d’autres théologiens
exaltent la tradition de la patristique jusqu’à la considérer comme "un
bloc monolithique et immobile", qui ne laisse aucun espace ni aucune
possibilité de voir et d’analyser les problèmes nouveaux et d’y répondre.
Fidélité au message chrétien
Pourquoi étudier la patrologie ? Parce que les Pères de l’Eglise, vrais
maîtres de la méthode théologique, ont été à la fois protagonistes et témoins de la Tradition. Dans sa deuxième partie, le document met en relief
le consensus des Pères et de leurs prédécesseurs quant à la doctrine, qui
en fait un critère de vérité. Cela explique que leur enseignement a été accueilli par les différents conciles oecuméniques et qu’il vaut pour toute
l’Eglise.
L’instruction souligne que les Pères ont traité avec vénération les
Saintes Ecritures, lesquelles ne peuvent en aucun cas être séparées de la
Tradition, qui en garantit l’authenticité et en dévoile le vrai sens. Elle
relève que le sens de la vraie nature et de la transcendance du message
chrétien a permis aux Pères d’implanter le christianisme dans l’environnement culturel gréco-romain sans en compromettre l’identité. Ils ont su
adapter l’annonce de la Parole révélée "aussi bien à la capacité de tous
qu’aux exigences des savants", créant ainsi un style qui, comme l’a souligné Vatican II, "doit rester la loi de toute évangélisation" ("Gaudium et
Spes, 44). D’autant que, dans la confrontation avec la culture païenne, les
Pères de l’Eglise sont devenus par la force des choses les initiateurs de
l’"intelligence de la foi", qui est à la base de la théologie authentique
et qui rend possible le progrès dogmatique de l’Eglise. De nombreux concepts théologiques ne sont-ils pas dus à leur génie ? Enfin, les Pères de
l’Eglise ont mis au point une théologie entièrement spirituelle qui, affirme le document, illumine les esprits aussi bien que les coeurs.
La patristique : un trésor d’expériences pour les futurs prêtres
Dans leurs activités pastorales les plus diverses, les Pères de l’Eglise
ont en fait accumulé un immense trésor d’expériences et d’initiatives apostoliques et humaines, souligne la Congrégation pour l’Education Catholique.
Il ne fait aucun doute qu’une plus grande familiarité avec ce patrimoine
très riche ne peut que confirmer les futurs prêtres dans leur vocation.
La troisième et dernière partie de l’instruction propose des recommandations méthodologiques et des dispositions de caractère pratique. Il indique
que la patristique doit acquérir, dans la formation au sacerdoce, un statut
autonome qui doit être cultivé par des moyens spécifiques. L’une des recommandations concerne l’étude des langues classiques, qui permettent un
accès direct aux écrits des Pères. Le document fait état, pour conclure, de
diverses initiatives de l’Eglise, en autres du pape Paul VI, à qui l’on
doit la création de l’Institut supérieur pontifical de Latinité (Université
pontificale salésienne, en 1964) et de l’Institut de patristique "Augustiniarum" (Université pontificale du Latran, en 1969). (apic/cip/cor)