Interview du responsable du district français de la Fraternité St Pie X
Paris, 1ermars(APIC) "Rome ne peut pas rompre avec Mgr Lefebvre" a
déclaré l’Abbé Aulagnier, supérieur du district de France de la Fraternité
St-Pie X dans une interview à l’Agence APIC.
Interrogé sur l’intervention de Mgr Lefebvre au Figaro le 4 février dernier, précisant qu’il sacrerait au moins trois évêques le 30 juin, même
s’il n’a pas l’approbation de Jean Paul II, l’Abbé Aulagnier affirme: "Je
suis persuadé que Rome est en train d’accepter et acceptera les sacres
faits par Mgr Lefebvre. Rome ne peut pas se payer le luxe d’une rupture
avec Mgr Lefebvre. La raison essentielle en est que le pontificat de Jean
Paul II est dominé par la grande pensée de l’oecuménisme; or celle-ci ne
peut pas ne pas jouer à l’égard d’une tendance religieuse dans l’Eglise
catholique. Ce serait une aberration. Le pape sert sur son coeur n’importe
quelle confession religieuse, comment se pourrait-il qu’il rejette de son
sein Mgr Lefebvre? Il y a une logique dans l’oecuménisme qui impose une
certaine pratique à l’autorité romaine."
A propos du récent retour dans le giron de l’Eglise de la Communauté StJoseph de Clairval installée près du monastère intégriste de Flavigny (Côte
d’Or), l’Abbé Aulagnier "regrette, ce qu’il appelle, une trahison. Pour lui
la fermeté de Mgr Lefebvre sera payante à terme même si pour le moment elle
a des effets désagréables vis-à-vis de Rome."
Une implantation mondiale
La fraternité St Pie X, érigée en 1970 par Mgr François Charrière,
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, a pour objectif premier la formation sacerdotale. Le séminaire d’Ecône est d’ailleurs ouvert effectivement
dès 1971, avec une vingtaine d’étudiants. Parallèlement, Mgr Lefebvre a
rayonné dans l’apostolat et créer des districts: France d’abord, puis Suisse, Allemagne, Etats-Unis, Canada, Amérique latine, etc. Il existe aujourd’hui au total 10 districts dans le monde et 13 "maisons autonomes" notamment en Afrique du Sud -, institutions préliminaires avant la constitution d’un district. Les districts sont composés de plusieurs maisons religieuses ou prieurés dirigés par un ou plusieurs prêtres. Leur activité
est missionnaire et apostolique et se tourne de plus en plus vers la fondation d’écoles.
Le district de France gère par exemple la revue trimestrielle "Fideliter" avec 1 millier d’abonnés qui a fêté son dixième anniversaire le 30
janvier dernier. La revue diffuse la pensée de Mgr Lefebvre et informe ses
lecteurs du développement de la tradition catholique en France.
Une vocation éducatrice
La France compte 8 écoles primaires et 5 écoles secondaires: St-Bernard
à Paris, l’Etoile-du-Matin à Strasbourg, Ste-Marie près de St-Malo, ouverte
en septembre 1987, St-Joseph-des-Carmes dans l’Aude et St-Michel près de
Chateauroux. Un millier d’élèves environ y sont scolarisés. Ces écoles sont
financées essentiellement par des cotisations des membres (près de 75.000
francs suisses en 1987). Elles sont tenues par trois prêtres responsables
respectivement de la direction de l’établissement scolaire, de la discipline et de l’enseignement de la philosophie. Le corps professoral est composé
de laïcs, souvent jeunes et semble-t-il bien rémunérés. L’enseignement accorde une large place à l’étude du latin et à la formation de la pensée par
des conférences régulières sur les grands problèmes du monde.
En ce qui concerne la formation sacerdotale, la Fraternité revendique la
création de séminaires sur les cinq continents depuis 1976. Chaque année,
de 60 à 80 nouveaux séminaristes intégrent les centres de formation de la
Fraternité, dont une quinzaine en France. Parmi les séminaristes, une forte
majorité, 5 sur 8 en 1987, est issue des écoles de la Fraternité. La formation est de six ans, comprenant une année de formation spirituelle, un noviciat en quelque sorte, deux années de philosophie et trois années de
théologie. L’Abbé Aulagnier reconnaît que le nombre des départs est assez
important au cours de ces six années de formation.
L’"anti-89"
Parmi les activités en cours, le district de France organise la commémoration du bicentenaire de la Révolution française, le 15 août 1989. Dès octobre 1987, un journal mensuel qui a pour titre "Anti-89" a été lancé. En
quatre mois, il a atteint plus de 4.000 abonnés et l’on en prévoit 10.000
dans l’année. La Fraternité prévoit également des manifestations locales,
la constitution de comités locaux et régionaux et surtout l’organisation
d’une grande procession à Paris de la Concorde à Notre-Dame ou de Notre-Dame à la Concorde, terminée par la célébration d’une messe en plein air.
Pour l’Abbé Aulagnier, "il est nécessaire que la voix catholique se fasse
entendre. Les intégristes veulent relever le défi et rappeler aux Français
ce qu’a fait la Révolution française: l’extermination des prêtres et le
développement d’une idéologie doctrinale révolutionnaire." Il ajoute: "nous
sommes fidèles à toute la pensée catholique du XIXème siècle. L’intelligence doit se soumettre à la vérité. Nous sommes contre la libre-pensée et
défenseurs du respect de la tradition royaliste et catholique de France."
(apic/vb/bd)