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    de béatification d’Isabelle la Catholique

    Rome: mise au frigo de la procédure (260391)

    Rome, 26mars(APIC) Si la nouvelle n’a pas été annoncée officiellement par

    le Saint-Siège, on confirme à la Congrégation pour les Causes des saints

    que la procédure (re)mise en route en vue de la béatification d’Isabelle la

    catholique est "suspendue" depuis plusieurs semaines déjà. Remise "sine

    die" et sans doute, ont déjà suggéré certains, "enterrée" une fois pour

    toutes.

    Les 28 épais volumes de documents réunis jusqu’ici iront reposer dans

    les caves du Vatican. Au grand soulagement de la communauté juive, mais

    aussi des responsables et membres des comités chargés des relations judéochrétiennes, comme d’une majorité de chrétiens qui, même en Espagne, où la

    reine de Castille est restée très populaire, comprenaient mal qu’on puisse

    proposer en exemple un souverain ayant chassé de son royaume 150’000 juifs

    qui avaient refusé le baptême.

    Si la béatification de la juive convertie Edith Stein avait déjà altéré

    le dialogue entre chrétien set juifs, celle d’Isabelle risquait de lui être

    fatale. Elle aurait entraîné, avait averti le vice-président (juif) du Comité judéo-chrétien de Catalogne, Carlos Pennaroch, "des conséquences pires

    que celles de l’affaire du carmel d’Auschwitz, car s’il est toujours possible de déplacer un carmel, on ne peut annuler une béatification". L’expulsion des juifs d’Espagne sous le règne d’Isabelle reste un événement hautement symbolique pour la communauté juive, qui la commémore chaque année

    lors du "Tisha-Beav".

    C’est en 1492 qu’Isabelle signa l’édit de bannissement, lequel sera abrogé solennellement par le roi Juan Carlos en 1992 dans le cadre du cinquième centenaire de la "découverte" de l’Amérique, qui entraîna elle aussi

    une persécution cruelle et un génocide pour lesquels les populations autochtones d’Amérique exigent de l’Occident qu’il présente officiellement

    des excuses. Des autochtones qui craignent en outre une célébration

    "triomphaliste".

    Pression pour la béatification

    Le mariage en 1469 de Fernand II d’Aragon et de l’infante Isabelle de

    Castille, arrivés au pouvoir respectivement en 1474 et 1479, constitue une

    étape décisive de l’unité espagnole que les Rois Catholiques réalisèrent

    non seulement en donnant à la péninsule ibérique ses frontières définitives, mais aussi en poursuivant systématiquement l’unificatioon religieuse.

    1492 est à cet égard une date importante: c’est l’année de "la découverte"

    de l’Amérique, de l’édit de bannissement des juifs, de la prise de Grenade

    et donc la fin du royaume arabe qui y avait été fondé. Comme les juifs, les

    Maures firent eux aussi l’objet d’une campagne de conversion forcée. Dans

    les deux cas, l’inquisition établie en 1478 vint au secours d’Isabelle.

    Avec ses tribunaux implantés dans tout le pays, sa lourde bureaucratie, ses

    espions et ses "familiers" grassement récompensés grâce à la confiscation

    des biens des victimes, avec aussi la délation et la torture.

    Mise en route à la fin du 19e siècle, reprise au temps du franquisme, la

    procédure en vue de la béatification d’Isabelle a été réactivée récemment

    par une initiative minoritaire venant de la droite ultra-conservatrice,

    nostalgique de la "grande Espagne", aux dires du sociologue J. Cervera. Le

    siège de la cause de béatification se trouvait à la chapelle royale de Grenade, où reposent les Rois Catholiques, et dans le diocèse de Valladolid.

    Un comité international avait également été mis sur pied. Il réunissait une

    trentaine d’ecclésiastique, historiens universitaires... La béatification

    était souhaitée pour 1992.

    La décision romaine de suspendre la procédure, à laquelle ne sont sans

    doute pas étrangers le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des

    chrétiens, la secrétairerie d’Etat voire même Jean Paul II, n’exclut pas

    que la cause puisse être réintroduite ultérieurement, d’où sans doute la

    discrétion du Saint-Siège, estiment les observateurs. (apic/cip/jt/pr)

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