Rome 6septembre(APIC) "Les changements que j’avais attendus sont maintenant bien mûrs. L’heure est venue de me retirer": c’est ce que déclare dans
une interview au quotidien catholique italien "L’Avvenire" le cardinal
Frantisek Tomasek, l’archevêque de Prague. "La nomination de mon successeur
est attendue pour les prochains jours, dès l’arrivée à Prague du nouveau
nonce apostolique, Mgr Giovanni Coppa, le 18 septembre", précise-t-il.
Né en 1899, le cardinal Frantisek Tomasek a vécu la tourmente de l’Eglise tchécoslovaque. Il a 49 ans au moment du "coup de Prague" de Gottwald
(suspension de la presse catholique, confiscation des biens de l’Eglise,
nationalisation des écoles et des hôpitaux, suppression de l’Action Catholique, cours de matérialisme dialectique dans les séminaires).
Un an plus tard, en 1949 - l’année où Mgr Beran, archevêque de Prague,
est placé en résidence surveillée (il sera déporté deux ans plus tard) et
où le nonce est déclaré "persona non grata"-, Mgr Frantisek Tomasek est ordonné évêque, dès le lendemain de sa nomination comme auxiliaire d’Olomouc,
pour éviter qu’il ne soit appréhendé. Il est tout de même arrêté et connaît
les camps de travail (1951-1954), avant d’être assigné à résidence (jusqu’en 1960).
En 1965, Paul VI le nomme administrateur de Prague; en 1976, il le crée
cardinal "in petto", -c’est-à-dire sans publier son nom- ce qui sera fait
un an plus tard, au moment de sa nomination comme archevêque.
D’abord discrète, son opposition au régime se durcit après l’échec du
"Printemps de Prague", et on ne compte plus ses mémorandums, monitions,
protestations, dont la dernière se manifeste par son appui à la "charte" en
31 points réclamant la liberté religieuse mise en circulation fin 1987
(près d’un million de signatures). Un combat mené seul: fin 1989, il n’y
avait plus dans le pays que trois diocèses à avoir un pasteur à leur tête,
mais deux évêques, début de cette année pour voir tous les sièges de Tchécoslovaquie enfin pourvus, après les nominations d’une quinzaine d’évêques
entre mai1988 et février 1990. Les dernières nom,inations épiscopales dataient de 1973.
Un homme hors du commun
En juillet 1989, 10’000 fidèles se pressaient dans la cathédrale de Prague pour ovationner le cardinal Tomasek. Le 29 décembre dernier, le vieux
cardinal accueillait Vaclav Havel et les nouveaux dirigeants tchécoslovaques dans sa cathédrale Saint-Guy de Prague. Celui que V.Havel avait déjà
décrit comme "un homme hors du commun" a connu une ultime consécration avec
la visite-éclair de Jean-Paul II dans son pays, les 21 et 22 avril dernier.
cela fait plus de quinze ans que selon le droit canonique, le cardinal Tomasek, âgé aujourd’hui de 91 ans, aurait dû renoncer à sa charge, mais le
pape n’avait d’autre choix que de maintenir cet homme au poids irremplaçable face au pouvoir communiste.
Le futur archevêque de Prague ? On parle de Mgr Antonin Liska, 65 ans,
ancien official du tribunal ecclésiastique de Prague et nommé auxiliaire du
cardinal le 19 mai 1988; de Mgr Otcenacek, 70 ans, nommé évêque de Hradec
Kralove depuis le 21 décembre dernier: il en avait été l’administrateur
"empêché" avant d’être condamné aux travaux forcés, puis d’être simple curé
à sa libération; et de Mgr Miloslav Vik, dont le nom est le plus cité par
les observateurs. Mgr Vik, 58 ans, a été ordonné prêtre en 1968, mais a été
lui aussi empêché durant huit ans à cause de son travail parmi les étudiants et les intellectuels. Laveur de vitres, puis archiviste, il n’a été
autorisé à reprendre des activités pastorales qu’en 1988. Jean Paul II l’a
nommé en février dernier évêque de Ceske Budejovice.
Pas d’euphorie
En Tchécoslovaquie, tous les catholiques ne cèdent pas à l’euphorie au
sujet du rôle de l’Eglise dans la société post-communiste. C’est le cas de
Tomas Halik, secrétaire de la conférence épiscopale, présent à une conférence consacrée aux changements en Europe de l’Est, une rencontre qui s’est
clôturé le 30 août au couvent d’Ampleforth (York), en Angleterre.
S’adressant aux deux cents participants, T. Halik a expliqué que l’Eglise catholique tchécoslovaque avait, au cours des quinze dernières années,
pesé d’un grand poids dans la culture parallèle qui s’est développée en
marge du monopole communiste. Une présence largement acceptée, a-t-il dit,
alors que la restauration de la structure institutionnelle de l’Eglise
pourrait au contraire réveiller de vieux réflexes anticléricaux. T. Halik
craint également la pénétration des sectes, capables d’assouvir la faim de
valeurs spirituelles de façon plus flexible que l’Eglise, où la priorité
est donnée à la pratique liturgique.
Le secrétaire de la conférence épiscopale a encore rappelé la nécessité
pour l’Eglise de trouver de nouveaux partenaires dans des sociétés qui font
place désormais au pluralisme, notamment quand elle devra s’engager dans
des domaines qui lui étaient interdits jusqu’ici, comme l’éducation, la
culture, l’aide sociale. Et l’Eglise, dans les débats sur les valeurs de la
société post-communiste, ne devra pas se contenter de mises en garde contre
le matérialisme et la société de consommation, mais plaider pour les valeurs nécessaires à l’homme pour vivre dans la liberté. (apic/cip/gar)