"Si tu cherches la paix, va à la rencontre des pauvres..."
La rencontre d’Assise en pleine préparation
Rome, 13décembre(APIC) Les préparatifs pour la rencontre de prière et de
jeûne en faveur de la paix dans l’ex-Yougoslavie à Assise vont bon train, a
dit vendredi le cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical
"Justice et Paix" à l’occasion de la publication du message de la Journée
mondiale de la paix 1993. Celle-ci sera célébrée le 1er janvier sur le thème: "Si tu cherches la paix, va à la recontre des pauvres".
La rencontre d’Assise, convoquée par Jean Paul II et prévue pour les 9
et 10 janvier prochains, prendra un caractère largement oecuménique. Des
invitations ont été envoyées aussi bien aux représentants des Conférences
épiscopales d’Europe qu’ aux dirigeants des autres Eglises chrétiennes ainsi qu’aux responsables des communautés juives et musulmanes du continent.
Le cardinal a souligné que la participation des juifs a soulevé un problème
à cause du fait que le jour choisi pour la réunion tombe sur un samedi,
donc un jour de sabbat. Mais le président a relevé cependant qu’il était
capital que les représentants des différentes religions puissent prier à
Assise sur le même thème et non pas nécessairement de le faire ensemble à
la même heure.
La misère, une menace pour la paix
Le texte du pape pour la Journée mondiale de la paix est toute basée sur
le fait que la misère est une menace, cachée, mais réelle, pour la paix.
"En s’attaquant à la dignité de l’être humain, la misère constitue un véritable attentat à la valeur de la vie et elle atteint dans ses racines le
développement pacifique de la société."
Renoncer à toute doctrine de suprématie nationale
Parmi les sources de la pauvreté et de la misère, il y a la guerre entre
les nations et les conflits à l’intérieur d’un même pays. Face aux faits
tragiques qui ensanglantent plusieurs régions du monde, surtout pour des
motifs ethniques, le pape renouvelle son message de 1981: "Pour servir la
paix, respecte la liberté". Il y expliquait que la paix requiert de la part
de chaque nation un engagement à renoncer aux revendications et aux desseins portant atteintes aux autres nations et donc le refus de souscrire à
toute doctrine de suprématie nationale ou culturelle".
La pauvreté est à son tour source de conflits. Pour le pape, il est dès
lors "urgent d’apporter aux mécanismes économiques les corrections nécessaires pour qu’ils soient en mesure de garantir une distribution des biens
plus juste et plus équitable". Pour ce faire, le seul mécanisme du marché
ne suffit pas; il faut que la société assume ses responsabilités pour éliminer les causes de la pauvreté. Aucun pays ne pouvant y arriver tout seul,
il s’agira de travailler ensemble, avec la solidarité qu’exige un monde
toujours plus interdépendant. "Car en laissant subsister des situations
d’extrême pauvreté, on pose les prémisses de vies sociales toujours plus
exposées à la menace de violences et de conflits".
Le pape aborde quelques aspects plus concrets de la pauvreté qui sont
autant de germes de violence. Le chômage, spécialement des jeunes, en est
un. De même la drogue dont le rapport avec la violence et avec le crime est
tristement et tragiquement connu de tous. Jean Paul II relève au passage
que ce sont les plus pauvres qui cultivent les plantes nécessaires à sa
production, privés qu’ils sont des moyens de sortir de leur pauvreté.
Dette extérieure, fardeau insupportable
Le pape désigne aussi la dette extérieure comme source de conflits et de
misère. Pour bien des pays, elle "continue à être un fardeau insupportable
malgré les efforts accomplis pour l’alléger. Peut-être le moment est-il venu de réexaminer les conditions de remboursement total ou partiel, en cherchant des solutions définitives qui permettent d’absorber pleinement les
lourdes conséquences sociales d’ajustement? En outre, il faudra agir sur
les causes de l’endettement, en établissant un lien entre la concession des
aides et l’engagement concret des gouvernements à réduire les dépenses excessives ou inutiles - on pense ici en particulier aux armements - et à garantir que les subventions arriveront effectivement aux populations qui en
ont besoin.
Un autre problème est celui des mouvements migratoires vers les pays riches, où elles font naître des tensions. "Pour faire face à ces réactions
de violence xénophobe, il est moins utile de recourir à des mesures provisoires d’urgence que d’agir sur les causes en promouvant, par de nouvelles
formes de solidarité entre les nations, le progrès et le développement des
pays d’où proviennent les flux migratoires.
Eloge de la modération et de la simplicité
La dernière partie du message du pape invite à la sobriété: "La population des pays industrialisés est aujourd’hui dominée par une course effrénée vers la possession des biens matériels. La société de consommation fait
grandir encore le fossé qui sépare les riches des pauvres. La recherche exclusive du bien-être risque d’empêcher de voir les besoins d’autrui, pour
promouvoir le bien être social, culturel, spirituel et aussi économique de
chaque membre de la société. Il est indispensable de mettre un frein à la
consommation démesurée des biens terrestres et de résister à l’attirance
des biens artificiels. La modération et la simplicité doivent devenir les
critères de notre vie quotidienne.
Eloge de la pauvreté évangélique, source de paix
C’est dans cette perspective que l’Evangile invite les croyants à ne pas
amasser les biens de ce monde. Le pape fait alors l’éloge de la pauvreté
évangélique, qui est bien différente de la pauvreté économique et sociale:
Alors que celle-ci a un caractère impitoyable et souvent dramatique et
qu’elle est subie comme une violence, la pauvreté évangélique est choisie
librement. Par sa vie le Christ a enseigné les exigences caractéristiques
de cette pauvreté qui conduit à la vraie liberté. "L’exemple du Christ ainsi que sa parole, sont une norme pour les chrétiens. Nous savons que tous,
sans disctinction, serons jugés au jour du jugement universel sur notre
amour pour nos frères. Dans l’amour effectivement vécu, nous découvrirons
ce jour-là, que nous avions réellement rencontré le Christ, même sans
l’avoir d’abord reconnu d’une manière explicite. (cf.Mat 25, 35-37). (apiccip/ba)