Rome: message du pape pour la Journée mondiale de la paix (101291)
Rome, 10décembre(APIC) Appel au dialogue oecuménique, aux responsables
politiques de la planète, aux chrétiens en général et aux catholiques en
particulier: tel est en substance le message du pape Jean Paul II adressé
au monde pour la XXVe Journée mondiale de la paix, le 1er janvier prochain,
et rendu public mardi par le Vatican. Dans son message, daté du 8 décembre,
le pape rend hommage à Paul VI qui, "dans une heureuse intuition pastorale
et pédagogique, voulut", il y a 25 ans, "inviter tous ’les véritables amis
de la paix’ à s’unir pour réfléchir sur ce ’bien primordial’ de l’humanité".
Pour Jean Paul II, il est naturel, avec le recul d’un quart de siècle,
de considérer le passé, dans son ensemble, pour vérifier si la cause de la
paix a véritablement progressé ou si, au contraire, les douloureux événements de ces derniers mois - certains étant toujours en cours malheureusement - en ont marqué un recul considérable, "montrant combien est réel le
danger que la raison humaine se laisse dominer par des égoïsmes destructeurs ou par des haines invétérées". Dans le même temps, écrit le pape,
"l’affermissement progressif des nouvelles démocraties a redonné espoir à
des peuples entiers".
Dans un tel contexte "d’ombres et de lumières", ce message annuel "ne
veut être ni un bilan ni un procès, mais seulement une nouvelle et fraternelle invitation à réfléchir aux situations humaines actuelles pour les
considérer au niveau d’une conception éthico-religieuse dont les croyants
doivent être les premiers à s’inspirer". En raison de leur foi, ces derniers sont particulièrement appelés - individuellement et tous ensemble "à être des messagers et des bâtisseurs de paix: comme les autres et plus
que les autres, ils sont appelés à rechercher, avec humilité et persévérance, les réponses adéquates aux attentes de sécurité et de liberté, de solidarité et de partage, qui rapprochent les hommes, en ce monde devenu en
quelque sorte plus petit".
L’aspiration à la paix est "inhérente à la nature humaine"
L’aspiration à la paix est inhérente à la nature humaine; on la retrouve
dans les différentes religions, relève Jean Paul II en écrivant que la référence à la paix occupe une place considérable dans le cadre de la vie de
l’homme et de ses rapports avec Dieu. "Ainsi, par exemple, si pour nous
chrétiens, Jésus Christ, fils de Celui qui a des ’desseins de paix et non
de malheur’, est ’notre paix’, pour nos frères juifs, le mot ’shalom’ exprime une bénédiction et un souhait pour un état d’harmonie de l’homme avec
lui-même, avec la nature et avec Dieu, tandis que pour les fidèles musulmans, le terme ’salam’ est si important qu’il constitue un des merveilleux
noms divins".
Après avoir fait référence à son invitation lancée à l’adresse des responsables des Eglises chrétiennes et des grandes religions du monde pour
la "Rencontre spéciale de prière pour la paix" célébrée il y a cinq ans à
Assise (Italie), Jean Paul II souligne: "Ce que nous avons fait alors en
priant et en montrant notre engagement résolu en faveur de la paix sur la
terre, nous devons continuer à le faire. Nous devons maintenir vivant l’authentique ’esprit d’Assise’ non seulement par devoir de cohérence et de fidélité, mais encore pour offrir aux générations futures une raison d’espérer".
La force de la prière et le dialogue oecuménique
Avant de faire appel aux ressources humaines, Jean Paul II réaffirme la
nécessité d’une prière "intense et humble, confiante et persévérante, si
l’on veut que le monde devienne finalement une demeure de paix: la prière
est la force nécessaire pour l’implorer et pour l’obtenir..." La prière,
écrit le pape, est le lien qui nous unit plus efficacement car, grâce à elle, les croyants se rencontrent là où les différences, les incompréhensions, les rancoeurs et l’hostilité sont dépassées, à savoir devant Dieu,
Seigneur et Père de tous".
Mais, constate Jean Paul II, la prière ne peut rester l’unique moyen.
Elle doit être accompagnée d’autres gestes concrets. Chaque religion a sa
propre conception des actes à accomplir et des chemins à parcourir pour
parvenir à la paix. En vue de promouvoir la paix, sans ignorer ni minimiser
les différences, "l’Eglise est convaincue qu’il y a des éléments ou des
aspects qui peuvent être utilement développés et réalisés en commun avec
les membres des autres croyances et des autres confessions. Vers cet objectif tendent les contacts inter-religieux et, de façon toute spéciale, le
dialogue oecuménique.
Pour le pape, "avec le dialogue oecuménique, les contacts inter-religieux semblent désormais une voie obligée pour que les nombreux et douloureux
déchirements survenus au cours des siècles ne se reproduisent plus et que
les blessures qui demeurent soient bientôt guéries". Jean Paul II, qui invite pour la prochaine Journée mondiale de la paix tous les croyants à accomplir un sérieux examen de conscience, "afin d’être mieux disposés à
écouter la voix du ’Dieu de paix’", estime en outre que la prière et l’action commune des croyants en faveur de la paix doivent répondre aux problèmes et aux aspirations légitimes des personnes et des peuples.
"Si les religions ou des groupes de leurs disciples se laissaient aller
à une sorte de fondamentalisme et de fanatisme dans l’interprétation et la
pratique de leurs fois respectives en justifiant par des motifs religieux
les luttes et les conflits avec autrui, ce serait aberrant". S’il y a une
lutte digne de l’homme, elle est contre le désordre de ses passions, contre
toutes les formes d’égoïsme, contre les tentatives d’asservissement du
prochain, contre toutes sortes de haine et de violence. En un mot, note le
pape, elle est lutte contre tout ce qui est l’opposé exact de la paix et de
la réconciliation.
La responsabilité des hommes politiques
Le pape exhorte en outre les responsables des nations et de la Communauté internationale à montrer toujours "le plus grand respect pour la conscience religieuse de chaque homme et pour la contribution qualifiée de la
religion au progrès de la civilisation et au développement des peuples". Il
leur demande de ne pas céder à la tentation de se servir des religions comme d’un instrument au service de leur propre pouvoir, et d’assurer aux religions respect et garanties juridiques, au niveau national et international.
En constatant que dans la réduction des armements, les progrès déjà obtenus sont appréciables, le pape insiste pour que les ressources économiques et financières, "jusqu’alors employées à la production et au commerce
de tant d’instruments de mort", puissent être utilisées en faveur de l’homme et non plus contre l’homme.
Le pape termine son message en s’adressant a tous les chrétiens: "La foi
commune au Christ Seigneur nous engage à rendre un témoignage concordant à
’l’Evangile de la paix’", puis aux catholiques, pour qu’ils unissent leurs
forces "avec ceux qui partagent avec nous des valeurs essentielles, à commencer par les valeurs d’ordre moral et religieux. Et parmi ces défis, il
faut faire face à celui de la paix. La construire ensemble, avec les autres
croyants, c’est déjà vivre dans l’esprit de cette béatitude évangélique:
’Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu’".
(apic/pr)