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    Rome: message du pape à la Bosnie-Herzégovine (080994)

    Sarajevo, "ville du siècle"

    Jean-Paul II a envoyé au président Izetbegovic, aux autorités civiles et aux communautés de Bosnie-Herzégovine le texte

    du message

    qúil se proposait de leur adresser à son arrivée à Sarajevo. Aux citoyens de cette cité, "carrefour de tensions entre cultures et

    nations diverses", il rappelle que la paix doit se construire dans le respect des droits des personnes, mais aussi des "nations".

    Jean-Paul II commence par dire son désir de visiter cette ville qúil

    "porte dans son coeur" et à laquelle il s’est uni spirituellement

    "avec les frères des confessions chrétiennes et des croyants des autres

    religions" à Assise en janvier 1993, puis lors de la messe célébrée à

    la basilique St-Pierre le 23 janvier dernier. Une visite "hélas

    rapide", dans "l’espoir ardent qúelle soit le signe de l’ouverture

    d’une nouvelle aube de paix et de concorde pour ce pays aimé et

    martyr".

    Le pape salue toutes les communautés de Sarajevo et de toute la BosnieHerzégovine: Bosniaques, Serbes, Croates, membres des minorités

    nationales, catholiques, frères de l’Eglise orthodoxe, communautés

    islamiques, sans oublier "la petite et chère communauté juive encore

    une fois dispersée". Il sait que "tous ont été victimes des violences

    d’un nationalisme insensible aux valeurs réelles de la convivance

    pacifique entre les peuples".

    Après un hommage aux organisations religieuses et humanitaires, "qui

    ont affronté la mort pour que d’autres puissent vivre", le pape se

    présente comme "messager de concorde et de paix, mû par le seul désir

    d’être proche des victimes de la violence, pour répéter encore une

    fois: vous n’êtes pas abandonnés, nous sommes avec vous et nous le

    serons toujours plus."

    Le droit des nations

    De Sarajevo, "cité carrefour de tensions entre cultures et nations

    diverses", le pape fait "la cité de notre siècle". Il jette un regard

    sur son histoire récente, du déclenchement du premier conflit mondial à

    1989, qui fut "un moment historique dans cette lutte", marquant la fin

    de l’empire du communisme, mais aussi le début des tensions dans les

    Balkans et de la guerre en ex-Yougoslavie. Des tensions dans lesquels

    "ont été impliqués des catholiques, des orthodoxes, des musulmans",

    des croyants "qui se confient à la puissance de la prière" et qui au

    sortir de la seconde guerre mondiale, partageaient la même

    préoccupation: se coaliser contre la guerre.

    Un des premiers actes sur ce chemin de la paix fut la Déclaration

    universelle des Droits de l’homme, signale le pape, rappelant que "la

    convivance des individus et des peuples est basée sur le droit des

    nations". Car "comme l’individu, chaque peuple a droit à l’existence

    et au développement selon les ressources culturelles de la nation". Et

    de conclure: "Ainsi se construit et se défend la paix, dans le respect

    des droits des personnes et des nations."

    Le courage du pardon

    Le pape encourage ensuite les efforts de la communauté internationale en

    faveur de la paix en Bosnie-Herzégovine, montrant la nécessité que ces

    efforts "soient faits de façon cohérente, sur la base des principes

    sanctionnés par le droit international". La paix, dit-il, est donc

    tributaire des formules institutionnelles, "dans un dialogue sincère et

    le respect de la justice", mais elle "dépend surtout d’une solidarité

    retrouvée des âmes". Cela suppose, "dans le contexte de tant de sang

    et de tant de haines, le courage du pardon". Le pape précise aussitôt:

    "Cela ne veut pas dire que les crimes ne doivent pas être poursuivis,

    même par la justice humaine (c’est même nécessaire et c’est un

    devoir), mais la justice est très loin de tout instinct de vengeance,

    elle se laisse guider plutôt par un sens aigu du bien commun, qui vise

    à récupérer celui qui est perdu."

    "Seul cet horizon spirituel, poursuit le pape, peut être le terrain

    propice pour la paix et favoriser la bonne issue des tractations en

    cours. Les propositions et les contacts de ces derniers temps, si

    louables dans leur intention de faire cesser le conflit, n’ont pas

    encore produit le rapprochement nécessaire pour parvenir à l’accord

    souhaité. Il faut que de tels contacts continuent et s’intensifient. Il

    n’est plus possible d’ignorer le cri de tant d’hommes et de femmes, de

    jeunes, de vieux, d’enfants qui attendent avec angoisse la fin du

    conflit et la possibilité d’une rencontre."

    Prônant le dialogue qui, "malgré les résistances qui s’affirment,

    exige de ceux qui y prennent part loyauté, persévérance, magnanimité",

    le pape souligne que "ce n’est que sur la base de ces principes que

    l’on pourra surmonter les désaccords et les divergences existants." Il

    dit enfin son espoir d’un avenir plus serein pour Sarajevo. A l’encontre

    de "la dure réalité quotidienne", le pape répète: "La guerre n’est

    pas une fatalité. La paix est possible." (apic/cip/be)

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