"Surmonter la crise de l’identité sacerdotale"
Rome, 14mars(APIC) "Un nouvel enrichissement de la conception du service
sacerdotal dans l’Eglise" : c’est l’une des grâces du dernier Synode sur la
formation des prêtres que Jean Paul II salue dans la lettre qu’il adresse à
ceux-ci à l’occasion du jeudi Saint. Après avoir dans son message de l’an
dernier attiré leur attention sur l’importance de ce Synode qui s’est tenu
en automne dernier, le pape tire les leçons de cette assemblée, avant même
la publication de l’exhortation post-synodale à laquelle il travaille actuellement avec le Conseil du secrétariat du Synode.
Le message s’ouvre par le rappel des paroles de l’annonce messianique
lue par Jésus dans le livre d’Isaïe à la synagogue de Nazareth: "L’Esprit
du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.
Il m’a envoyé..." (Lc 4, 18). Des paroles qui dans leur sens immédiat désignent la mission prophétique du Christ comme annonciateur de l’Evangile,
mais que le pape, à l’occasion du renouvellement des promesses sacerdotales
qui s’inscrit dans le rite de la bénédiction des saintes huiles, le jeudi
Saint, applique à la grâce multiforme que le Seigneur communique aux prêtres.
Un changement significatif
Si le Synode est toujours une grâce pour l’Eglise, la dernière assemblée
a été, souligne Jean Paul II, "une grande tâche". Du fait, tout d’abord,
que l’expérience s’est trouvée singulièrement enrichie par l’apport des
évêques "de pays où l’Eglise vient à peine de sortir, pour ainsi dire, des
catacombes". Mais aussi du fait d’un enrichissement de la conception du
service sacerdotal, enrichissement "à la mesure de l’époque dans laquelle
nous accomplissons notre mission" et qui se traduit, souligne-t-il, par
"une conception approfondie de l’essence même du sacerdoce sacramentel et
donc aussi de la vie personnelle de chaque prêtre, c’est-à-dire de sa participation au mystère salvifique du Christ".
Le pape rappelle ici l’expression "Sacerdos alter Christus": le prêtre
est un autre Christ et c’est donc du Christ qu’il faut partir pour comprendre en quoi consiste l’identité sacerdotale. Il poursuit par cette analyse:
"Il est difficile de dire pour quelles raisons la perception de cette identité est devenue plus floue dans certains milieux au cours de la période
post-conciliaire. C’était peut-être dû à une compréhension inexacte de
l’enseignement conciliaire de l’Eglise dans le contexte de certaines prémisses idéologiques étrangères à sa pensée ainsi que de certaines tendances
provenant des milieux culturels. Bien que ces prémisses et ces tendances
continuent à se faire sentir, il semble que, ces derniers temps, un changement significatif se produise dans les communautés ecclésiales elles-mêmes.
Les laïcs voient la nécessité d’avoir des prêtres pour l’authenticité de
leur vie et pour leur apostolat.
Surmonter la crise de l’identité sacerdotale
A son tour, cette exigence se fait remarquer et devient même presssante
dans bien des cas, en fonction du manque de ministres des divins Mystères
ou de leur nombre insuffisant. Cela vaut aussi d’une autre manière pour le
domaine de la première évangélisation, comme le montre la récente encyclique sur les missions".
Ce besoin de prêtres qui augmente à des degrés divers devra, poursuit
Jean Paul II, aider à surmonter la crise de l’identité sacerdotale. L’expérience des dernières décennies montre toujours plus clairement combien on a
besoin du prêtre dans l’Eglise et dans le monde: non pas du prêtre qui serait en quelque sorte ’laïcisé’ mais du prêtre selon l’Evangile et la riche
tradition de l’Eglise".
Jusqu’aux extrémités de la terre
La reprise actuelle des vocations sacerdotales remédie en partie seulement au manque de prêtres. "Même s’il s’agit d’un phénomène globalement positif, observe le pape, il y a encore des inégalités entre les divers secteurs de la communauté ecclésiale de par le monde. Le tableau est très différencié." Ce tableau a été soumis aux analyses les plus détaillées au dernier Synode, non seulement à des fins statistiques mais aussi sous l’angle
d’un éventuel échange de dons, d’une aide réciproque indispensable quand
dans certains endroits il y a un prêtre pour quelques centaines de fidèles,
ailleurs pour dix mille fidèles, voire davantage. Le pape rapelle avec le
Concile que les prêtres sont appelés à une mission de salut d’ampleur universelle "jusqu’aux extémités de la terre" (AC 1,8) et qu’il est donc indispensable de prier non seulement pour les vocations, mais aussi pour que
chaque prêtre s’épanouisse dans sa vocation "afin que l’authentique sacerdoce devienne attrayant pour les autres".