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    et Ordres solidaires du peuple et des religieux haïtiens

    Rome: les responsables religieux de 14 Congrégations (191193)

    Bouleversant témoignage téléphonique de Mgr Romélus

    Rome, 19novembre(APIC) Dans une lettre adressée à la Conférence haïtienne

    des religieux, les responsables religieux de 14 Congrégations et Ordres,

    jésuite, dominicain, rédemptoriste, spiritain et scheutiste notamment, dont

    des promoteurs "Justice et Paix", se déclarent solidaires du peuple et des

    religieux haïtiens qui souffrent de la violence et de la répression. Cette

    lettre suit de quelques jours seulement la dénonciation de religieux dominicains en Haïti. Sur des faits confirmés téléphoniquement par Mgr Willy

    Romélus, évêque de Jérémie, lors d’un entretien reproduit ci-dessous.

    Notre conviction, écrivent-ils sans toutefois mentionner le président

    Aristide, est qu’il n’y a ni paix ni justice possible sans retour à l’ordre

    constitutionnel. "Nous avions placé beaucoup d’espérance dans un retour à

    l’ordre constitutionnel prévu par l’accord de Governor’s Island".

    La lettre de soutien conjointement signée par les responsables religieux

    de ces 14 Congrégations et Ordres religieux à Rome suit de quelques jours

    seulement le communiqué diffusé par des religieux domincains en Haïti, qui

    dénonçaient la "persécution religieuse impitoyable" dont sont victimes les

    catholiques de Verettes ainsi que les membres de la Commission "Justice et

    Paix" du diocèse de Gonaïves. Une persécution accompagnée de menaces de

    mort qu’exercent les néo-duvaliéristes. Nombre de membres de "Justice et

    Paix" se voient désormais dans l’obligation de vivre dans la clandestinité

    pour échapper aux assassinats.

    Combien de morts faudra-t-il encore?

    "Combien de morts et de persécutions, combien de menaces à l’encontre

    des religieux haïtiens devrons-nous encore subir avant que la hiérarchie,

    que Rome n’interviennent et condamnent?" déclarent-on avec insistance dans

    les milieux religieux à travers les appels qui ne cessent de parvenir un

    peu partout dans le monde.

    Un appel, un cri au secours plutôt que lance également et en substance

    Mgr Willy Romélus, évêque du diocèse haïtien de Jérémie, menacé de mort

    plus qu’aucun autre religieux sans doute, en raison de son engagement au

    côté du peuple. Au cours d’un entretien téléphonique avec Régine et Pierre

    Rengwald, de Paris, échangé le 14 novembre, reproduit ci-dessous dans son

    intégralité, l’évêque de Jérémie adresse un message à Rome: "On ne peut

    plus rester indifférent maintenant".

    De Paris: Nous voudrions vous manifester notre sympathie, vous dire

    combien nous pensons à vous tous et à tous les chrétiens de ce pays.

    Mgr Romélus: Ah oui, merci beaucoup! Parce que, vraiment c’est très très

    difficile.

    De Paris: ... Nous voudrions avoir votre sentiment aujourd’hui, savoir

    ce qui se passe chez vous...

    Mgr Romélus: Il y a des choses très curieuses qui se passent à travers

    tout le pays. Chez nous (...), ces jours derniers, on a eu pas mal de

    morts, des gens que le FRAPH (réd: Front révolutionnaire pour l’avancement

    et le progrès en Haïti, un groupe néo-duvaliériste) assassine. Ils marchent

    avec leur "instrument" et, le soir, ceux qu’ils prennent, ils les tuent et

    ils les enterrent.

    De Paris: Dans votre diocèse, à Jérémie même?

    Mgr Romélus: Oui, oui, dans le diocèse.

    De Paris: Est-ce que les prêtres, est-ce que les religieux sont particulièrement recherchés?

    Mgr Romélus: Oui. Il y en a beaucoup qui ont leur nom sur les listes

    (réd: noires, tenues par les néo-duvaliéristes et les militaires). Beaucoup

    de prêtres ont dû déserter leur paroisse.

    De Paris: Est-ce que vous avez un message à faire passer aux chrétiens,

    à l’Eglise et à la hiérarchie?

    Mgr Romélus: Si l’Eglise, dans sa hiérarchie, pouvait nous aider à motiver l’Eglise universelle, l’Eglise de Rome. Parce que, devant ce qui se

    passe en Haïti, on ne peut maintenant plus rester indifférent. Même si,

    chez nous, on était d’une certaine indifférence, maintenant, on ne peut

    plus l’être... tant on assassine. On assassinait aussi avant, mais c’est

    pire aujourd’hui. Le groupe qui s’est formé et qu’on appelle le FRAPH attaque et fait corps avec l’armée.

    (...) On ne peut pas communiquer, les téléphones ne fonctionnent presque

    pas.

    Paris: Nous comprenons, cela a été très difficile de vous joindre. Estce que vous pouvez recevoir des fax?

    Mgr Romélus: Non, nous n’avons pas d’électricité.

    Paris: Pas du tout d’électricité?

    Mgr Romélus: A Jérémie, il n’y en a plus du tout depuis près d’un

    mois...

    Ce témoignage, cette conversation téléphonique, est reproduit par le

    bulletin de l’agence APIC à la virgule près. Il complète le lourd dossier

    qui s’accumule jour après jour sur ce pays déchiré par la violence, les

    tortures et les assassinats. Sur un régime encore et toujours contrôlé par

    l’armée et le général Cédras. (apic/pr)

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