Rome: le pape Jean Paul II reçoit (130191)
"Oui, la paix est encore possible"
Rome, 13janvier(APIC) "Oui, la paix est encore possible; la guerre serait
le déclin de l’humanité tout entière": c’est ce qu’a déclaré samedi Jean
Paul II dans le traditionnel discours adressé à l’occasion du Nouvel An au
corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège. Une réunion à laquelle
on notait les présences des ambassadeurs de l’Irak, du Koweït et des EtatsUnis.
Ce nouvel appel se détache d’un long discours de dix-huit pages prononcé
en français, où le pape, tout en condamnant la "violation brutale" de la
loi internationale de la part de l’Irak, a clairement mis en garde contre
une action militaire, même limitée, "dont peut-être nous ne mesurons pas
encore toute la gravité et toute la portée". Le pape, qui a également
adressé un message au secrétaire général des Nations Unies, a fait un tour
d’horizon de la situation internationale, d’où ressort également un appel
en faveur du peuple palestinien.
Selon l’agence italienne ADN Chronos, les ambassadeurs de l’Irak et des
Etats-Unis auraient été reçus en audience vendredi par Mgr Jean-Louis Tauran, "ministre des Affaires étrangères" du Vatican, responsable de la seconde section de la Secrétairerie d’Etat, chargé des rapports avec les
Etats.
La prééminence de la loi internationale
Après avoir exprimé sa "profonde préoccupation" face à la situation qui
s’est créée dans le Golfe, le pape a observé que "les vrais amis de la paix
savent que l’heure est plus que jamais au dialogue, à la négociation, à la
prééminence de la loi internationale".
Jean Paul II, qui a lancé un clair avertissement: une conflagration dans
le Golfe serait "une tragique aventure", a en outre relevé que "l’invasion
armée de la part de l’Irak" et la "violation brutale" de la loi internationale sont "des faits inacceptables". "On ne peut accepter, a-t-il ajouté,
que la loi des plus forts soit brutalement imposée aux plus faibles".
Pour le pape, il ne fait pas de doute que si la massive concentration
d’hommes et d’armes dans la région du Golfe devait déboucher sur "une action militaire, même limitée, les opérations seraient particulièrement
meurtrières, sans compter les conséquences écologiques, politiques, économiques et stratégiques, dont peut-être nous ne mesurons pas encore toute la
gravité et toute la portée". Une de ces conséquences serait certainement
que, "laissant intactes les causes profondes de la violence dans cette partie du monde, la paix obtenue par les armes ne pourrait que préparer de
nouvelles violences".
Les conditions d’un recours à la force
Parlant en général du "droit international", le pape a fait observer que
"le recours à la force pour une juste cause ne serait admissible que si ce
recours était proportionnel au résultat que l’on veut obtenir et si l’on
pesait les conséquences que les actions militaires, rendues toujours plus
dévastatrices par la technologie moderne, auraient pour la survie des
populations et de la planète elle-même".
Entendre la requête du peuple palestinien
Devant le corps diplomatique rassemblé, le pape n’a pas non plus manqué
de s’exprimer à propos de la question palestinienne, en faisant observer
que "depuis des décennies, le peuple palestinien est gravement éprouvé et
injustement traité". Tout en condamnant certaines méthodes adoptées par les
Palestiniens, il a souligné que c’est un peuple "qui demande à être écouté"
et que "trop souvent il a été répondu négativement aux propositions provenant de diverses instances". Des propositions qui "auraient pu permettre au
moins d’amorcer un processus de dialogue..."
Europe: après la liberté, la solidarité
Comme à son habitude, le pape a fait un large tour d’horizon de la situation internationale. A propos de l’Europe, "qui a senti passer le vent
régénérateur de la liberté", il a mis l’accent sur le fait que "rien ne serait plus dommageable à l’équilibre de l’Europe - on doit même dire au
maintien de la paix du continent - qu’une nouvelle dualité: l’Europe des
riches opposée à l’Europe des pauvres".
"Si 1990 a été l’année de la liberté, s’est exclamé le pape, 1991
devrait être l’année de la solidarité!"
Afrique: des luttes fratricides
Pour l’Asie, Jean Paul II a entre autres évoqué "les conditions peu favorables parfois réservées aux communautés chrétienne", en citant l’exemple
de la Chine.
Le continent africain, de son côté, reste le théâtre de luttes fratricides. "Comment pourrions-nous oublier que plus d’une dizaine de conflits le
déchirent encore aujourd’hui?", a-t-il affirmé, en faisant notamment allusion aux rivalités ethniques au Rwanda et au Burundi. Le pape a aussi évoqué de "très graves déficiences", comme la famine, le grand nombre de réfugiés et le sida.
Changer le monde
Enfin, Jean Paul II est revenu sur "le fossé qui continue à séparer les
peuples riches des peuples pauvres". Il a renouvelé son appel à entreprendre des transformations économiques et sociales. Sur ce thème, qu’il se
propose de traiter dans une nouvelle encyclique sociale qui sera publiée en
cette année du centenaire de l’encyclique "Rerum novarum" de Léon XIII, le
pape a indiqué en conclusion: "Chacun, à notre place, (...) nous avons à
changer le monde, selon nos possibilités, et à relever l’un de ses plus
vieux défis, celui de la paix". (apic/cip/jt/pr)