Rome : le pape exprime son souci pour les Eglises orientales (220388)
le millénaire du baptême de la "Rus’ de Kiev"
Rome, 22mars(APIC) A l’occasion du millénaire cette année du baptême de
la "Rus’ de Kiev", dont les habitants vivant sur les rives du Dniepr ont
été convertis au christianisme en 988 à la suite de la princesse Olga et du
prince Vladimir, le pape Jean Paul II a rendu public ce mardi 22 mars une
Lettre Apostolique d’une quarantaine de pages intitulée "Euntes in mundum".
Cette lettre a été rendue publique mardi matin au cours d’une conférence de
presse présidée par le cardinal Johannes Willebrands, Président du Secrétariat du Vatican pour l’unité des chrétiens.
Entre le risque de paraître s’immiscer dans les affaires d’une autre
Eglise et celui de laisser passer sans s’y associer le millénaire du baptême de la Russie de Kiev, le pape Jean Paul II choisit de parler, commentent
les évêques français dans une note de présentation de ce nouveau document
pontifical.
Le pape s’immisce-t-il dans les affaires d’une autre Eglise ?
S’agit-il d’ailleurs d’une "autre" Eglise, se demandent les évêques de
France. En 988, la grande rupture entre Orient et Occident n’est pas encore
consommée et c’est l’Eglise indivise qui accueille en son sein le peuple
nouveau baptisé dans le Dniepr. Et aujourd’hui, parmi les héritiers de ce
baptême, se trouvent des catholiques qu’en ce millénaire le pape ne peut
oublier.
Le premier but de cette lettre est d’exprimer la participation spirituelle de "l’Eglise catholique, d’auprès des tombeaux des saints Apôtres
Pierre et Paul" à la fête de l’Eglise soeur millénaire. Imitant son
prédécesseur Pie XII, qui voulut célébrer avec solennité le 950ème anniversaire du baptême de la "Rus’", le pape Jean Paul II, évêque de Rome, adresse à cette Eglise soeur son "baiser de paix" et exprime "louange et gratitude" à Dieu "pour l’appel à la foi et à la grâce des fils et des filles de
nombreux peuples et nations qui ont accueilli l’héritage chrétien du baptême administré à Kiev".
Le pape relève que ce sont avant tout les nations russe, ukrainienne et
biélorusse des régions orientales du continent européen qui ont accueilli
l’héritage chrétien du baptême administré à Kiev. Mais cet héritage a rejoint, au-delà de l’Oural, de nombreux peuples de l’Asie septentrionale,
jusqu’aux côtes du Pacifique et même plus loin : "En vérité, leur voix a
retenti jusqu’aux extrémités du monde", souligne-t-il.
Respect de la tradition byzantino-slave
D’emblée, le pape pose un double signe : respect de la tradition byzantino-slave dans son originalité et son autonomie et témoignage rendu à la
porté universelle, catholique, du baptême accompli à Kiev en 988. Il reconnaît ainsi les valeurs des Eglises locales et relève le souci de communion
de toutes; entre ces deux pôles s’inscrit le rôle propre de l’évêque de Rome.
Reprenant les thèmes développés dans l’encyclique "Slavorum apostoli"
sur les saints Cyrille et Méthode, évangélisateurs de plusieurs peuples
slaves, Jean Paul II souligne le retentissement considérable du baptême
dans la sphère culturelle. Quand il parle du christianisme dans la vie de
l’Eglise, mais aussi de la société et des nations comme fondement de leur
identité spirituelle, il se réfère sans doute aux réalités de sa patrie, la
Pologne, mais il rejoint aussi ce que pensent les chrétiens russes d’aujourd’hui.
L’Eglise comme instrument de paix
Le pape n’hésite d’ailleurs pas à rappeler qu’ "il n’existe de paix
véritable que fondée sur un processus d’unification tel que chaque peuple
puisse choisir, dans la liberté et la vérité, les voies de son développement". Et de présenter l’Eglise obéissant au Christ et fidèle à sa vocation
comme un instrument de paix : "Nous avons la conviction profonde que la
voie vers la paix véritable peut être aplanie d’une manière incomparable
dans les esprits, les consciences et les coeurs humains, grâce à la présence et au service de ce signe de paix qu’est - par sa nature - l’Eglise
obéissant au Christ et fidèle à sa vocation.
Une allusion discrète à la perestroïka
On notera encore dans cette Lettre Apostolique une allusion discrète à
la perestroïka : un rapprochement sensible des orthodoxes et des catholiques héritiers du baptême de Kiev "exercerait une influence bienfaisante
sur le processus de détente dans le domaine civil qui suscite tant d’espérance". La hiérarchie orthodoxe du patriarcat de Moscou devrait être sensible à l’appui moral que représente cette appréciation. Le souci oecuménique traverse toute la lettre, en référence constante avec les enseignements
de Vatican II. Cette perspective résolument oecuménique n’empêche pas Jean
Paul II de tenir sans compromis le discours de l’évêque de Rome, investi
d’une responsabilité particulière, et de montrer de la sollicitude pour
toutes les Eglises, dont l’Eglise soeur de Russie, l’Eglise du Patriarcat
orthodoxe de Moscou. (apic/be)