"Les Etats n’ont plus le droit à l’indifférence"
Rome, 17janvier(APIC) "Les Etats n’ont plus "le droit à l’indifférence".
Il semble bien que leur devoir soit de désarmer l’aggresseur, si tous les
autres moyens se sont avérés inefficaces. En s’adressant samedi au corps
diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, Jean Paul II a lancé un ferme
appel à la communauté internationale, en évoquant une nouvelle fois le
concept clé "d’ingérence humanitaire". Le pape a, comme à son habitude,
dressé un bilan de l’année écoulée, avant de s’étendre sur le rôle de
l’Eglise dans la société.
145 ambassadeurs représentent actuellement leur gouvernement auprès du
Saint-Siège. Pour 16 d’entre eux, cette présence romaine concrétise l’établissement en 1992 de relations diplomatiques entre leur pays et le siège
de l’Eglise catholique: 9 Etats de l’ex-URSS, 3 de l’ex-Yougoslavie, le
Mexique, la Mongolie, le Swaziland et Nauru, le micro-Etat du Pacifique.
C’est dire combien le Siège apostolique demeure un haut lieu de la diplomatie mondiale. Et combien le successeur de Pierre reste au coeur de tous les
efforts déployés à travers le monde "en faveur de la paix, de la justice et
de la solidarité", comme l’a rappelé Joseph Amichia, ambassadeur de Côte
d’Ivoire, chargé en tant que doyen du corps diplomatique de présenter les
voeux à Jean Paul II.
Le pape ne désespère pas de voir un jour d’autres pays rejoindre cet aéropage, rassemblé chaque année dans la salle royale du Vatican, et non des
moindres, comme la Chine, le Vietnam, Israël et la Jordanie.
Le bilan reste sombre
En attendant, le bilan du monde tracé à cette occasion reste sombre. Le
discours du pape poursuit en ce sens la réflexion entamée le jour de Noël
et dans son message pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier.
Jean Paul II se réjouit cependant de tout ce qui a représenté "une victoire
pacifique sur la violence et le désordre". Il cite d’un certain point de
vue l’Europe, avec notamment le divorce en douceur des républiques tchéquie
et solovaque. Il espère beaucoup pour l’Angola, le Mozambique, l’Amérique
latine et même le Cambodge. Mais il sait que la guerre continue de déchirer
le Libéria, le Rwanda, le Soudan et la Somalie. Que des tensions persistent
en Algérie ou au Moyen-Orient. Et surtout que toute l’Europe se trouve "humiliée" par les combats fratricides en Bosnie-Herzégovine.
Voeux pour le Zaïre, Haïti et Cuba
Pour l’Afrique, l’attention du pape s’arrête sur deux autres pays. "Je
pense en particulier au Togo et au Zaïre, qui continuent à traverser des
moments de graves incertitudes politiques. Dans ce dernier pays surtout, il
conviendrait que les parties en présence choisissent courageusement la voie
du dialogue et des efforts désintéressés pour que la période de transition
aboutisse à des efforts désintéressés..."
Pour l’Amérique latine, le pape évoque encore Et Salvador, le Guatémala,
Haïti et Cuba. "Je souhaite, dit-il, que d’autres pays de l’hémisphère
puissent également progresser tant du point de vue social que du point de
vue politique. Ma pensée se tourne tout d’abord vers Haïti, où perdure une
crise grave et généralisée. Souhaitons que les Haïtiens puissent eux aussi
vivre dans la paix civile et connaître à nouveau la dignité de citoyens qui
soient artisans de leur destin. Sans attendre, il faut faire face d’urgence
aux besoins de ce peuple très éprouvé".
Et le pape d’enchaîner: "Non loin de là se trouve encore un autre peuple
qui m’est particulièrement cher, le peuple cubain. Les difficultés économiques qu’il subit et son isolement international accroissent de jour en jour
les souffrances de toute la population. La communauté internationale ne
saurait se désintéresser de ce pays..."
Un appel ferme
"Le droit humanitaire, conquête laborieuse de ce siècle, n’est pas respecté, déplore le pape. Les principes les plus élémentaires régissant la
vie en société sont bafoués par de véritables hordes qui sèment la terreur
et la mort". Une fois encore, l’appel à la communauté internationale se
fait particulièrement ferme: "La communauté internationale devrait montrer
davantage sa volonté politique de ne pas accepter l’agression et la conquête territoriale par la force, ni l’abberation de la "purification ethnique".
C’est pourquoi, fidèle à ma mission, je crois nécessaire de redire ici,
de la manière la plus solennelle et la plus ferme, à tous les responsables
des nations que vous représentez, ainsi qu’à tous ceux qui, en Europe ou
ailleurs, tiennent en main une arme pour frapper leurs frères: la guerre
d’agression est indigne de l’homme; la destruction morale et physique de
l’adversaire ou de l’étranger est un crime; l’indifférence pratique face à
de tels agissements est une ommission coupable; enfin, qui se livre à des
exactions, qui les excuse ou les justifie en répondra non seulement devant
la communauté internationale, mais plus encore devant Dieu".
Et le pape de refaire le lien entre les maux que sont la guerre et la
pauvreté, pour redire que "les fruits de la croissance continuent d’être
répartis sans équité". Et pour démontrer une fois encore que ces injustices
aboutissent à l’exclusion et au non-respect de l’autre. "Il faut apprendre
ou réapprendre aux hommes à se regarder, à s’écouter, à marcher ensemble".
La place de l’Eglise sur la scène internationale
Jean Paul II saisit l’occasion pour rappeler le rôle de l’Eglise dans la
société: "Je voudrais redire ici la disponibilité de l’Eglise à collaborer
à un authentique développement moral des sociétés par le témoignage de sa
foi, la contribution de sa réflexion et le concours de ses oeuvres. Encore
faut-il que lui soit laissée une place dans le dialogue public: on a parfois l’impression d’une volonté, de la part de certains, de reléguer la religion dans la sphère privée, sous prétexte que les convictions et les normes de comportement des croyants seraient synonymes de répression ou d’atteinte à la liberté".
Mais la mise en garde se veut aussi assurance: "L’Eglise catholique,
présente au sein de chaque nation de la terre, et le Saint-Siège, membre de
la communauté internationale, ne désirent aucunement imposer des jugements
ou des préceptes, mais seulement donner le témoignage de leur conception de
l’homme et de l’histoire dont ils savent qu’elle provient d’une Révélation
divine. La société ne peut faire l’économie de cet aspect original sans
s’appauvrir et sans léser le droit de pensée et d’expression d’une grande
partie des citoyens".
"Le coeur même de la vie internationale, ce ne sont pas tant les Etats
que l’homme", conclut Jean Paul II. Et faisant de nouveau allusion au concept clé de droit "d’ingérence humanitaire", le pape d’ajouter: "les Etat
n’ont plus le "droit à l’indifférence". Il semble bien que leur devoir soit
de désarmer l’agresseur, si tout les autres moyens se sont avérés inefficaces". (apic/cip/pèr)