Rome: Le cas du P. Bermejo est grave, mais pas désespéré (160288)
Rome, 16février(APIC) "C’est un problème délicat, mais la discussion est
pleine d’espoir", c’est dans ces termes que le Père Johannes Gerhartz,
secrétaire général de la Compagnie de Jésus s’est exprimé sur le "cas
Bermejo", ce professeur jésuite qui a reçu de la Congrégation pour la
doctrine de la Foi l’interdiction d’enseigner. Le Père Luis Bermejo est
professeur de théologie à l’Athénée pontifical "Jnana Deepa Vidyapeeth"
(JVD) à Poona en Inde. Dans une interview accordée à l’Agence APIC, le Père
Gerhartz a expliqué le cas de ce religieux jésuite .
Luis Bermejo, né en 1929, est entré dans la Compagnie de Jésus en 1947.
Il a fait ses études à Ceylan (actuellement Sri Lanka) et obtenu un doctorat de théologie à l’Université Grégorienne de Rome. Puis, il a étudié les
sciences économiques à Chicago et à Jérusalem. Depuis 1962, il est professeur de théologie dogmatique à l’Athénée pontifical "Jnana Deepa Vidyapeeth" (JVD), séminaire de formation des prêtres, à Poona en Inde. Il s’est
spécialisé dans l’eschatologie, l’eucharistie et la pneumatologie. Depuis
1984, il a commencé à écrire des livres. Son premier ouvrage, publié en Inde en 1984, est intitulé "Towards Christian Reunion" (Vers l’unité des
chrétiens) avec en sous-titre "Vatican I - Obstacle and opportunity". Il a
également publié trois autres livres depuis.
Les problèmes que le P. Bermejo a rencontrés avec la Congrégation pour
la Doctrine de la Foi ne concernent que le livre "Towards Christian Reunion". Dans son livre, le P. Bermejo dit clairement quelles sont les difficultés qui existent pour la réunion des chrétiens. "En ce sens , dit le P.
Gerhartz, c’est un bon service". Le livre de Bermejo donne également des
indications de solutions pour arriver à résoudre ces difficultés. Mais selon la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, en expliquant ces solutions, le P. Bermejo compromet la doctrine catholique.
Les premières querelles face à l’enseignement du P. Bermejo sont nées en
Inde, il y a une année et demie, en 1986, avant d’être connues de la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Celle-ci a fait alors une étude et a
demandé une explication écrite aussi bien à l’évêque du lieu qu’au
supérieur provincial du P. Bermejo.
Le P. Bermejo compromettait, selon la Congrégation pour la Doctrine de
la Foi, la doctrine catholique surtout sur quatre points. En effet le P.
Bermejo "a touché à l’identité de l’Eglise en tant que la Vraie Eglise du
Christ; il a touché au rôle normatif de l’Ecriture pour comprendre la
Révélation; il n’a pas suffisamment conservé le caractère oecuménique et
l’infaillibilité des Conciles Oecuméniques et il n’a pas respecté l’infaillibilité du pape". Selon le P. Gerhartz, le P. Bermejo a eu la possibilité
de s’expliquer en écrivant un article dans la revue indienne "Ridyajyoti"
en 1987. Cet article était intitulé: "Problèmes irrésolus dans l’ecclésiologie contemporaine". Le P. Bermejo a expliqué, dans cet article, sa position, mais son explication n’a pas été acceptée, elle n’était pas satisfaisante pour la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Celle-ci a alors
décidé d’éliminer ou d’abolir le "ius docendi ad tempus" du P. Bermejo.
Ainsi celui-ci n’a plus temporairement le droit d’enseigner. C’est seulement sur ce dernier point qu’il a été interdit, il peut donc encore prononcer des homélies, par exemple.
Il vaudrait mieux résoudre les conflits au niveau local
Pour le P. Gerhatz, "la cause des difficultés vient surtout du fait que
ce n’est pas une commission de la Conférence épiscopale de l’Inde qui a
d’abord été consultée pour résoudre les problèmes, mais qu’on s’est directement adressé à Rome." Normalement il doit y avoir une commission de la
Conférence épiscopale du pays concerné qui examine les problèmes de telle
façon que cela reste au niveau local. Ce n’est, qu’après, si on ne trouve
pas vraiment une solution qu’on s’adresse à Rome, à la Congrégation pour la
Doctrine de la Foi. Selon le P. Gerhartz, "il est toujours mieux que les
évêques traitent d’abord chaque problème au niveau local avant de s’adresser à Rome."
Le P. Bermejo a parlé avec le supérieur général de la Compagnie de
Jésus, le P. Kolvenbach, et également avec un membre de la Congrégation
pour la Doctrine de la Foi. Pour le P. Gerhartz, "la question est assez
difficile parce qu’il s’agit d’un problème qui touche de la doctrine catholique, c’est toujours délicat. Mais jusqu’à maintenant, le P. Bermejo a
bien réagi."
La mesure qu’a prise la Congrégation pour la Doctrine de la Foi contre
le P. Bermejo a été communiquée à l’évêque du lieu et au supérieur provincial. Le P. Kolvenbach cherche maintenant une solution. Il s’est rendu en
Inde à Poona et il a parlé avec les étudiants du P. Bermejo. Celui-ci est
allé à Rome. "Il me semble qu’on est très disponible à la Congrégation pour
la Doctrine de la Foi, tout dépend donc du P. Bermejo", a confié le P. Gerhartz. Il a ajouté, "il s’agit de sauver toutes les positions, mais tout
n’est pas encore fini, la discussion contient des éléments d’espoir".
(apic/jt/bd)