Rome: l’Eglise catholique veut la justice dans la crise Golfe (030391)
Rome, 3mars(APIC) La réunion au sommet, convoquée en pleine guerre du
Golfe par Jean Paul II, commence le lundi 4 mars à Rome. Le pape sera entouré des sept patriarches des Eglises catholiques d’Orient et des présidents des conférences épiscopales des pays impliqués dans la guerre du Golfe (Afrique du Nord, Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie et Belgique). Cette réunion rencontre un intérêt grandissant dans l’opinion publique, dans la mesure où cette guerre a suscité parfois des réflexions divergentes de la part des responsables religieux. Par ailleurs, cette réunion
va permettre de "favoriser un échange d’informations et d’opinions sur les
retombées de la guerre sur les populations du Moyen-Orient comme de suggérer les initiatives que doit prendre L’Eglise catholique pour une contribution concrète à la paix dans la région".
Avant et durant la guerre du Golfe, beaucoup de responsables religieux
se sont exprimés publiquement. A l’image des opinions publiques des pays
directement concernés , leurs analyses morales et politiques de ce conflit
armé furent parfois très diversifiées. Les points de vue sur la légitimité
de la guerre et, celle-ci fois engagée, sur la manière dont elle fut menée,
ont manifesté des divergences évidentes.
C’est ainsi que Sa Béatitude Raphaël Ier Bidawid, patriarche catholique
de Babylone des Chaldéens, qui a son siège à Bagdad, posait cette question
au début des hostilités: "La guerre du Golfe est une guerre injuste. C’est
une guerre pour le pétrole. Si le Koweit n’avait que des champs de carottes, y aurait-il eu un tel déploiement de forces anti-Hussein ?". Mgr Bidawid qui n’a cessé depuis de proclamer sa loyauté à Saddam Hussein est l’un
des sept patriarches des Eglises catholiques orientales qui participe à la
réunion convoquée par le pape.
Après avoir, à la veille de l’ultimatum, adressé des messages personnels
à George Bush et à Saddam Hussein, les suppliant de ne pas recourir à la
violence, Jean Paul II a multiplié, tout au long du conflit, les appels à
la paix. Il a aussi plaidé en faveur d’une conférence internationale sur le
Moyen-Orient. Selon le pape, cette réunion doit "favoriser le dialogue entre l’Orient et l’Occident ainsi que les rapports entre l’islam et le christianisme comme entre le judaïsme et le christianisme". Les conclusions de
la rencontre, ajoutait le communiqué de convocation, devront "suggérer
quelle peuvent être les initiatives les meilleures pour permettre à l’Eglise catholique et à ses institutions d’offrir, pour l’immédiat et dans le
futur, une contribution concrète à la paix dans la région, au dialogue interreligieux et à la solidarité".
La Palestine et le Liban au programme du sommet religieux
Durant toute cette crise, le monde juif a demandé à plusieurs reprises
au Saint-Siège de reconnaître l’Etat d’Israël. Au Vatican, on a redit les
motifs qui rendent une telle reconnaissance inopportune. Parmi ceux-ci, il
y a le problème palestinien. Dans le passé, Jean Paul II a abordé la question à diverses reprises. Dans un discours prononcé le 12 janvier dernier
devant le corps diplomatique accrédité au Vatican, à l’occasion du Nouvel
An, le pape avait rappelé que "depuis des décennies, le peuple palestinien
est gravement éprouvé et injustement traité".
C’est sans doute le point de vue que feront valoir les patriaches catholiques d’Orient présents au sommet et notamment Mgr Michel Sabbah. Né à Nazareth et premier Palestinien à devenir patriarche latin de Jérusalem, Mgr
Sabbah a lui aussi reproché à la communauté internationale d’intervenir
contre l’injustice que constituait l’invasion du Koweït par l’Irak, alors
que cette même communauté internationale est restée indifférente à l’injustice que constitue la présence d’Israël dans les Territoires occupés.
A propos du Liban, Jean Paul II a également lancé d’innombrables appels.
Ce pays sera représenté au sommet par le patriarche d’Antioche des Maronites, Mgr Nasrallah Pierre Sfeir. Ce dernier n’a jamais cessé de répéter que
le conflit qui a dévasté son pays n’est "ni une guerre religieuse, ni une
guerre civile" mais "une guerre des autres, une guerre d’occupation, avec
des armées qui sont venues s’affronter sur notre territoire". Des armées
dont Jean Paul II, dans son discours au corps diplomatique du 12 janvier, a
lui aussi réclamé le départ.
Outre les patriarches des Eglises orientales et les présidents des Conférences épiscopales des pays directement concernés par la guerre du Golfe,
d’autres évêques catholiques participeront au sommet des 4 et 5 mars. Parmi
eux, le cardinal Carlo-Maria Martini, archevêque de Milan, président du
Conseil des Conférences épiscopales européennes (CCEE), Mgr Angelo Sodano
qui dirige la Secrétairie d’Etat et les cardinaux Simon Lourdusamy, Préfet
de la Congrégation des Eglises orientales, Francis Arinze, président du
Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, Edward Idris Cassidy,
président de la Commission des rapports religieux avec le judaïsme et Roger
Etchegaray, président du Conseil pontifical "Cor Unum".
Statistiques des catholiques au Moyen-Orient
Les catholiques constituent une minorité au Moyent-Orient. Selon un quotidien italien qui se réfère à des sources vaticanes, il y avait en 1988
environ 3,5 millions de catholiques sur un total de 280 millions d’habitants dans les 21 pays de la région qui va de la péninsule arabique au
Maghreb. Il s’agit le plus souvent de petites communautés qu’épuise une
forte émigration. Les catholiques qui se rattachent aux sept patriarchats
sont néanmoins plus nombreux, si l’on tient compte précisément de ceux de
la diaspora qui vivent pour la plupart en Australie, aux Etats-Unis, au Canada et au Brésil, comme l’indiquent les statistiques publiées par le Vatican à la veille du sommet. Antioche des Maronites: 2’375’000 (dont 1,6 million au Liban et 675’000 dans la diaspora); Antioche des grecs melkites:
1’015’000 (454’000 en diapora); Antioche des Syriens: 99’800; Alexandrie
des Coptes: 168’500; Jérusalem des Latins: 64’000 (auxquels il faut ajouter
605’000 catholiques des ordinariats dans une dizaine de pays: Arabie saoudite, Egypte, Emirats Arabes, Koweït, Iran, Irak, Liban, Syrie, Turquie et
Yemen); Babylone des Chaldéens : 626’300 (dont 576’300 en Irak même et
50’000 en diapora; Cilicie des Arméniens: 340’000 (dont 94’000 en diapora).
(apic/cic/ba)