Rome: l’ambassadeur d’Iran au Vatican (190289)
Rome, 19février(APIC/CIP) "Le pape sait certainement mieux que quiconque
comment il convient d’intervenir, tant auprès de la maison d’édition Mondadori qu’auprès du gouvernement italien, pour empêcher la publication en
Italie du livre blasphématoire "Les versets sataniques". Le pape jouit
d’une grande autorité spirituelle, il doit en user". C’est ce qu’a déclaré
Salman Ghaffari, ambassadeur d’Iran près le Saint-Siège, dans une interview
accordée à la revue catholique "30 Giorni", confirmant, avant le "pardon"
accordé samedi 18 février par l’iman Khomeiny à l’auteur de ce livre après
les "profonds regrets exprimés" par ce dernier pour avoir "offensé le monde
musulman" , qu’il est disposé à tuer lui-même Salman Rushdie.
Un jour après le décision de la maison d’édition Mondadori de diffuser
une version italienne du livre de Ruahdie, l’ambassadeur d’Iran près le
Saint-Siège interpelle donc directement Jean Paul II. Si l’ouvrage devait
être publié en Italie, a-t-il averti, "la sentence de mort devrait
s’étendre aux responsables de la maison d’édition italienne. C’est la loi
de Dieu. C’est la volonté de l’iman Khomeiny".
Avant de connaître la décision de Khomeiny d’"accorder le pardon", l’ambassadeur d’Iran s’est refusé à voir dans l’appel de l’ayatollah une incitatioin au meurtre: "Pour ceux qui connaissent les textes sacrés des religions monothéistes, se défend-il, c’est une chose très facile à comprendre.
On trouve dans la Torah juive de nombreux exemples de pécheurs pour lesquels la sanction est la peine de mort, par exemple dans les cas d’homicide
ou d’adultère. Le péché commis par cet auteur britannique est bien plus
grave que celui d’une femme adultère: là ou l’adultère à une dimension uniquement personnelle, le péché de l’auteur a une dimension sociale. Les
catholiques doivent bien comprendre cet argument".
Jésus a pardonné à la femme adultère? C’est qu’il n’était pas convaincu
de son péché, objecte l’ambassadeur. Du reste, s’il a pu pardonner en tant
que prophète, il reste que la loi de Dieu, dont le Christ a dit qu’il était
venu non pour l’abolir, mais pour l’accomplir, prescrit une condamnation.
Il n’a jamais dit non plus qu’il s’opposait à la peine de mort, dit Salman
Ghaffari, pour qui "les principes de la Torah, de l’Evangile et du Coran
sont les mêmes".
L’ambasadeur iranien se défend. Dans l’Islam, une offense faite dans un
accès de colère ou un moment d’égarement n’est pas assimilée à un péché et
appelle donc le pardon. L’Islam laisse une place à la critique, dit-il,
avant de faire valoir que "le livre de Rushdie n’est pas une critique, mais
un complot du Satan anglais et américain destiné à offenser notre religion.
Cela ne mérite pas le pardon, et l’auteur doit donc mourir".
(apic/cip/jt/pr)