Rome : Jean Paul II reçoit Mikhaïl Gorbatchev au Vatican (011289)
Rome, 1erdécembre(APIC) Le pape Jean Paul II, recevant peu avant 11H vendredi en audience privée au Vatican le "numéro un" soviétique Mikhaïl Gorbatchev, a lancé un appel en faveur de la liberté religieuse en Union soviétique pour l’Eglise et les croyants, et il a rappelé que la liberté religieuse est le fondement des autres libertés. Mikhaïl Gorbatchev a révélé
qu’un statut officiel sera donné aux relations soviéto-vaticanes et il a
laissé entendre que le pape se rendra en Union soviétique.
Dans un bref discours en réponse à l’allocution du pape qui a eu lieu à
la fin de l’audience privée - des entretiens dans la salle du trône qui ont
duré plus d’une heure, deux fois plus long que prévu, ce qui en souligne
l’importance - le "numéro un" soviétique a révélé la conclusion d’"un accord de principe pour donner un statut officiel à nos relations bilatérales
(interétatiques), statut dont les modalités seront déterminées par nos représentants diplomatiques".
La situation des "uniates" d’Ukraine réglée ?
Cette reprises des relations officielles soviéto-vaticane était attendue, mais elle en est d’autant plus renforcée par le fait que les deux interlocuteurs en ont parlé directement. Gorbatchev a encore annoncé que "la
loi sur la liberté de conscience sera adoptée dans notre pays". A la fin,
s’écartant du discours officiel écrit, le chef de l’Etat soviétique a annoncé : "Nous avons parlé de la prochaine visite du Saint-Père en URSS".
C’est une déclaration importante, car si une telle visite a effectivement
lieu, cela signifie que la question de l’Eglise "uniate" d’Ukraine aurait
été réglée.
Dans son discours le pape avait auparavant salué les derniers développements en URSS qui ouvrent, pour l’Eglise également, de nouvelles perspectives, après des décennies "d’épreuves douloureuses", épreuves "dont de nombreux citoyens ont été l’objet pour cause de leur foi". Jean Paul II a rappelé les célébrations du millénaire du baptême de la "Rus’" (ancien nom qui
recouvre plus que le territoire de la Russie) qui marque l’originalité de
l’héritage des peuples de l’URSS. Un héritage qui, dans le cours des siècles, a été soutenu par de nombreuses valeurs culturelles et religieuses.
Le pape s’est aussi déclaré satisfait de la visite officielle et de l’entrevue qui, a-t-il dit, "montre de très bons signes pour le futur des relations entre l’Eglise et l’URSS" et "nous permet d’envisager avec une plus
grande confiance le futur des communautés de croyants en Union soviétique".
En particulier, a ajouté le pape, il est bien connu que de nombreuses
communautés catholiques sont aujourd’hui dans l’attente de l’occasion de se
rétablir et de se reconnaître dans le leadership de leurs pasteurs, faisant
certainement allusion entre autres à l’Eglise catholique "uniate" d’Ukraine, toujours interdite. Le pape n’a pas manqué de signaler l’existence du
projet de loi sur la liberté de conscience qui doit bientôt être discutée
par le Soviet Suprême et qui devrait garantir le plein exercice des droits
religieux pour tous les croyants de l’URSS. Le Saint-Père a conclu son discours en disant qu’il suivait avec un immense intérêt les processus de renouveau qui ont été mis en mouvement en Union soviétique"
Un réfugié lituanien manifeste
C’est un peu avant 11H que Mikhaïl Gorbatchev, achevant sa visite officielle en Italie par une cérémonie d’adieu au Quirinal, siège de la présidence de la République, est arrivé à bord de sa "Zil" officielle avec sa
femme Raïssa et sa suite dans la cour Saint-Damase du Vatican. Il avait auparavant emprunté la "Voie de la Conciliation", nom prédestiné pour cette
journée historique, une avenue décorée pour la circonstance des drapeaux
italien, vatican et soviétique. Quelques minutes avant l’arrivée du cortège
officiel, un réfugié lituanien avait brandi une pancarte exigeant le retrait des troupes soviétiques des pays baltes. La police lui a ôté sa banderole, ne lui laissant qu’un petit drapeau national avec lequel il a pu
"saluer" le passage de Gorbatchev.
Cour Saint-Damase, Gorbatchev a été reçu avec les honneurs militaires
par une formation d’honneur de 100 gardes suisses pontificale. Mgr Dino
Monduzzi, chef du protocole au Vatican, l’a conduit au deuxième étage du
Palais apostolique, où le pape Jean Paul II l’a salué cordialement. Tandis
que le pape Jean Paul II et Mikhaïl Gorbatchev s’entretenaient en tête-àtête, le ministre des Affaires étrangères d’Union soviétique Edouard Chevarnadzé rencontrait le Secrétaire d’Etat du Vatican, Mgr Agostino Casaroli, dans une salle proche. Raïssa Gorbatchev, pendant ce temps, visitait
les musées du Vatican.
Encadré
Vers une amélioration de la situation religieuse en Union Soviétique ?
Cette "rencontre du siècle" entre le pape venu de l’Est et le chef de
l’Etat et du Parti communiste d’URSS devrait permettre d’améliorer la situation des quelque 12 millions de catholiques (chiffres du Vatican) vivant
en Union soviétique. Dans son discours de la veille au Capitole, Gorbatchev
a avoué que l’attitude de l’Etat soviétique envers la religion - "trop unilatérale" dans le passé - a changé. "Nous partons désormais du principe que
personne ne peut être inquiété pour des questions de conscience individuelle", a-t-il déclaré à cette occasion.
C’est la première fois que le premier responsable du Kremlin rencontre
un pape. Quand Nikolaï Podgorny a rencontré Paul VI en 1967, il était chef
de l’Etat, mais pas du Parti. De plus, comme l’a rappelé cette semaine le
secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Agostino Casaroli, "le cadre dans
lequel intervient la visite a complètement changé" et, a-t-il laissé entendre, la personnalité de Mikhaïl Gorbatchev est d’un "tout autre envergure".
(apic/cic/cip/ha/be)