Mise en garde contre un nationalisme "fermé et agressif"
Rome, 19février(APIC) Le pape Jean Paul II a reçu vendredi le président
de la Slovénie, Milan Kucan, qu’il a mis en garde contre les dérives du
sentiment patriotique quand celui-ci dégénère dans un nationalisme étroit.
Contre "un nationalisme fermé et agressif, porteur de larmes et de sang".
Pour la Slovénie, pays traditionnellement catholique, a déclaré le pape,
le choix de l’autonomie est à la fois un défi et le couronnement du désir
de cette identité nationale qui "est en soi une grande richesse, peut-être
plus encore dans un monde comme le nôtre, appelé à une collaboration toujours plus étroite, dans une proximité des peuples toujours grandissante".
La Constitution, dont s’est dotée la Slovénie, fait d’ailleurs de cette
autonomie une valeur importante, mais non absolue, a observé Jean Paul II.
"Trop de fois, dans l’histoire ancienne et récente, jusqu’à nos jours mêmes, le sentiment patriotique a dégénéré en un nationalisme fermé et agressif, porteur de larmes et de sang".
Et le pape d’avertir: "Pour ne pas répéter les erreurs qui, par le passé, ont pesé tristement sur l’histoire de l’Europe et du monde, il faut réaffirmer avec vigueur que, au-delà des intérêts nationaux, il y a les hommes, avec leur dignité inaliénable et, au-delà des traditions particulières
de chaque groupe humain, il y a la communauté universelle, qu’il faut édifier dans la justice, dans la solidarité, dans la paix. (...) Si on oublie
ce fait ou si on s’éloigne de cette perspective de l’histoire humaine, il y
a toujours le risque de faire naître à nouveau des scénarios dangereux de
guerre fratricide, comme ceux qui sèment actuellement la mort dans les régions balkaniques où ailleurs dans le monde".
Pour le pape, le risque ne doit pas être sous-estimé. Car même si la
Slovénie prévoit dans sa Constitution le respect des droits humains et des
libertés fondamentales, "l’expérience montre que la réalisation d’un tel
projet, même s’il est bien organisé, risque de se heurter à des difficultés
et à des obstacles".
Jean Paul II a assuré son hôte que l’Eglise est prête à jouer le rôle
qui est le sien. En précisant, dans un message qui, au-delà de la Slovénie,
s’adresse à l’ensemble de l’est européen: "La Slovénie, dont la Constitution a sanctionné la séparation entre l’Etat et les confessions religieuses, sait qu’elle peut compter sur la collaboration active de la communauté
catholique, qui ne prétend à aucun privilège et n’entend pas envahir des
domaines qui ne relèvent pas de sa compétence... (L’Eglise) n’a aucun autre
but que l’annonce de l’Evangile. L’espace qu’elle réclame n’est pas celui
du pouvoir, mais celui du service". (apic/cip/pr)