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    Rome: Jean Paul II dénonce "un nouveau paganisme" (160194)

    La divinisation de la nation

    Rome, 16janvier(APIC) La divinisation de la nation est un nouveau paganisme. C’est sur ce thème que le pape Jean Paul II a axé samedi son traditionnel discours de Nouvel-An au corps diplomatique accrédité auprès du

    Saint-Siège. Le pape a, comme à son habitude, fait un large tour d’horizon

    de la situation mondiale, se réjouissant des progrès réalisés sur le chemin

    de la paix et de la justice, dénonçant certaines dérives, comme au Zaïre,

    où "les choses doivent changer rapidement", car la "crise politique pourrait bien dégénérer en une guerre civile incontrôlable".

    Dans son allocution, le doyen du corps diplomatique, l’Ivoirien Joseph

    Amichi, après les voeux de circonstances, a évoqué les initiatives prises

    par le Saint- Siège en 1993, comme la célébration de l’Année de la Famille,

    le message pour la Journée mondiale de la Paix, l’accord avec Israël, la

    rencontre d’Assise, le nouveau Directoire oecuménique, la journée de jeûne

    pour la Bosnie et, enfin, le discours de Khartoum sur les libertés religieuses et les droits des minorités.

    Malgré le progrès réalisés dans diverses régions du monde "il n’en demeure pas moins vrai que le sort des pays en voie de développement reste

    des plus incertains, et l’on se demande même ce que l’accord sur le commerce international (GATT) signé récemment à Genève pourrait apporter à ces

    pays", a conclu l’ambassadeur ivoirien.

    Dans sa réponse, Jean Paul II a sévèrement condamné le nationalisme

    exacerbé si actif dans les crises et les conflits, particulièrement en

    Afrique et en Europe. En fait, a dit le pape, "nous nous trouvons face à

    une nouveau paganisme : la divinisation de la nation". "L’Eglise catholique

    ne saurait accepter une vision des choses qui exalte la race, surestime

    l’Etat, impose un modèle économique uniforme, nivelle des spécificités

    culturelles". "Ainsi la solidarité naturelle entre peuples est-elle

    anéantie, le sens des proportions perverti, le sens de l’unité du genre

    humain méprisé", a affirmé le pape.

    Jean-Paul II n’a pas omis d’adresser sa mise en garde aux chrétiens, observant que "chaque fois que le christianisme, qu’il soit de tradition occidentale ou orientale, devient l’instrument de nationalismes, il est comme

    blessé en son coeur même et rendu stérile".

    Proche-Orient: des raisons d’espérer

    Le pape s’est réjoui des lieux où "la paix semble possible", comme cette

    "Terre Sainte où Jésus est né", dans laquelle, "grâce à la bonne volonté

    des peuples qui y habitent aujourd’hui et dans la dynamique inaugurée à Madrid en 1991, on pourra faire cesser "une situation d’incertitude et surtout de lourdes souffrances pour les populations palestiniennes".

    Autre motif de joie: l’accord qui règle les relations avec Israël et qui

    garantira des conditions d’existence normale à l’Eglise catholique du pays,

    malgré des questions en suspens, dont le statut de Jérusalem. Par ce traité

    le Saint-Siège ne renonce "à aucun des principes qui ont inspiré son action

    dans le passé", a souligné Jean Paul II.

    Ailleurs dans la région, la situation est plus difficile, par exemple au

    Liban, "dont la souveraineté et l’unité ne sont pas encore adéquatement assurées", en Irak, "dont les habitants continuent de payer très cher le prix

    de la guerre", ou encore en Afghanistan, "dont les populations sont otages

    de divisions et de violences qui ne connaissent pas de trêve".

    Asie: la dure condition de la clandestinité

    Pour l’Asie, Jean-Paul II a remarqué que trop souvent encore des communautés catholiques sont "entravées dans leurs libertés fondamentales, victimes de discriminations inacceptables", où leur survie est mise en cause

    par des "mesures administratives qui rendent quasi impossible l’entrée des

    missionnaires". Et le pape de déplorer les atteintes à la liberté religieuse. "D’autres communautés, sont empêchées de se réunir pour le culte ou de

    diffuser librement des écrits religieux. A d’autres encore est dénié le

    droit de s’organiser conformément au droit de l’Eglise ou d’entretenir des

    contacts normaux avec le Siège Apostolique. Il en est même qui connaissent

    la dure condition de la clandestinité."

    Amérique Latine: une situation politique inquiétante

    C’est surtout la situation politique qui inquiète le plus Jean Paul II à

    propos de l’Amérique Latine. D’abord, les graves tensions et la violence au

    Mexique, mais aussi la situation au Guatemala et du Salvador, où le désarmement des factions armées, la réinsertion des combattants, les réformes

    politiques et sociales ne progressent que lentement et parfois reculent. Il

    s’est dit préoccupé du manque "d’un projet de société reposant sur des valeurs partagées par tous" au Nicaragua.

    Cuba et Haïti, deux pays particulièrement éprouvés

    Il ne faut pas laisser dans l’isolement Cuba qui "connaît des difficultés matérielles particulièrement graves dues à des facteurs internes et externes", a-t-il relevé le pape, en rappelant avec les évêques cubains qu’il

    est prioritaire de "revitaliser l’espérance des Cubains".

    En Haïti, les évêques ont déjà dénoncé "les misères physiques et morales

    qui assaillent le peuple, rongent le corps social et entraînent la destruction dans le pays". La réconciliation passe par "un dialogue honnête, respectueux, sans préjugé", dont le seul but soit le vrai bien de la nation.

    Aux Haïtiens, a-t-il ajouté, de "bâtir leur devenir", même si la communauté

    internationale doit y contribuer.

    Afrique: une période charnière

    Des lumières et des ombres alternent en Afrique "continent qui change et

    traverse une période charnière de son histoire". La paix se consolide au

    Mozambique, le racisme est en passe d’être surmonté en Afrique du Sud, à

    Madagascar la transition vers une société démocratique s’est déroulée d’une

    façon pacifique. En Angola, en revanche, les élections ont été suivies par

    la reprise des combats entre factions, au mépris des choix de la population. Les rivalités ethniques ont replongé le Burundi "dans les affres de

    la barbarie et de la misère".

    Jean-Paul II a adressé une mise en garde sérieuse au Zaïre, en train de

    se décomposer, car la "crise politique pourrait bien dégénérer en une guerre civile incontrôlable". "Les choses doivent changer rapidement." Et le

    pape d’insister: "Aucune cause ni aucune ambition ne peut justifier l’état

    de délabrement institutionnel et matériel dans lequel sont contraints de

    vivre près de trente millions de citoyens".

    Les parties en conflit "qui revêtent trop souvent des dimensions tribales" doivent entamer "un dialogue sérieux" dans les deux foyers de guerre

    que sont la Somalie et le Soudan. La paix et la sécurité ne peuvent venir

    que des Somaliens et des Soudanais eux- mêmes".

    Jean-Paul II a évoqué encore "la grave crise qui secoue l’Algérie" où,

    "l’engrenage de la violence armée et l’escalade terroriste semblent avoir

    placé ce pays dans une impasse politique". Pour le pape, il est urgent de

    mettre un terme à "l’état de non-droit qui se répand dans trop de pays

    africains".

    Europe: entre intégration et fragmentation

    Grâce à ses institutions, l’Europe devrait être à même "de porter à terme ne noble projet communautaire". Cependant, le pape s’est inquiété du

    particularisme qui produit "des réflexes inspirés par le racisme et le nationalisme les plus primitifs", dont les conflits qui ensanglantent le Caucase et la Bosnie-Herzégovine sont la manifestation".

    Il ne faut pas se résigner et "accepter que le droit soit définitivement

    bafoué, que l’ordre international soit tourné en dérision par l’action de

    bandes armées, que des projets de société soient conçus en fonction de la

    suprématie d’une nationalité".

    Le pape a revendiqué pour tous les pays européens "de taille petite ou

    moyenne" le respect de "leur patrimoine de valeurs, la même dignité et les

    mêmes droits", en soulignant que la communauté internationale doit trouver

    "les moyens de traiter à la source ce problème des revendications nationalistes", sans quoi "des continents entiers seront comme gangrenés". JeanPaul II a conclu en évoquant "la grande responsabilité qui incombe à ceux

    qui administrent la chose publique". Répétant les exigences d’une éthique

    politique, il a appelé de ses voeux un "relèvement moral", dans lequel les

    catholiques, avec les autres croyants, sont appelés à assumer leurs responsabilités de témoins. Le temps est aussi venu de nouveaux partages: après

    la division "imposée par des idéologiques réductrices, le monde ne saurait

    connaître maintenant le temps des exclusions... Nous ne pouvons pas nous y

    résoudre", car nous sommes tous invités à "l’audace de la fraternité".

    146 ambassadeurs au Vatican

    Le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques au plus haut niveau (échange d’ambassadeurs) avec 106 nations, sans compter une "mission

    spéciale" avec la Fédération de Russie. L’ONU est également présente auprès

    du Saint-Siège à travers un Bureau. Le dernier Etat avec lequel le Vatican

    a établi des relations diplomatiques sont les îles Marshall le 30 décembre

    dernier. (apic/sv/mp)

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