Rome: Jean Paul II aux journalistes : (180188)
Rome, 18 janvier 1988 (APIC/CIP) "Témoin de l’activité quotidienne de
l’homme, le journaliste se doit de témoigner en faveur de la dignité originelle de l’homme. Il ne peut séparer l’homme de la dignité qui lui est propre. Le journalisme qui n’écoute pas l’homme finit par le mépriser."
C’est en ces termes que Jean-Paul II s’est adressé, le dimanche 17 janvier, aux journalistes de la presse étrangère à Rome, qui ont reçu le pape
au siège de leur Association, à l’occasion du 75e anniversaire de celle-ci.
La "Stampa Estera" regroupe à Rome quelque 500 journalistes originaires
d’une cinquantaine de pays.
"En tant que communicateurs, a déclaré le pape dans son discours à la
presse étrangère, les journalistes ne doivent pas seulement parler, mais
aussi écouter. Il leur faut écouter les aspirations et les besoins des
gens. Dans toutes les circonstances de la vie, il leur faut surtout écouter
la voix par laquelle se manifeste la dignité de chaque être humain, de chaque femme, de chaque homme, de chaque enfant."
"Ecouter l’homme, a souligné Jean-Paul II, c’est le respecter. Ecouter
l’homme, c’est aller à la rencontre de ses problèmes individuels et sociaux, ainsi que promouvoir son éducation et sa détente. Ecouter l’homme,
c’est surtout lui fournir, grâce à l’activité journalistique, une information qui va au-delà des intérêts personnels ou partisans, une information
indépendante qui ne se soumet pas aux conceptions idéologiques et ne fait
pas le jeu des compromissions avec le pouvoir."
"L’homme qui a choisi le métier d’informer, a ajouté le pape, doit rechercher passionnément la vérité pour elle-même. Car aimer la vérité en
fonction d’autre chose, ce serait déjà renoncer à la vérité. Sur cette base
d’indépendance et de rigueur, lorsqu’il est au service de la vérité, le
travail des journalistes peut apporter une contribution inestimable à la
société. La société a besoin d’information vraie et, pourvu que cela reste
dans le cadre de la justice et de la charité, complète."
Le pape a aussi évoqué les problèmes rencontres par les journalistes de
la presse étrangère : "Vous sentez, leur a-t-il dit, la pression du pouvoir
qui s’approche de vous pour conditionner vos informations. D’habitude, vous
devez sans doute, comme peu de gens y sont contraints, fournir un travail
dans des limites de temps plutot restraintes. Parfois on vous demande
d’écrire sur des sujets ou des thêmes éloignés de vos principes voire contraire à vos principes. Parfois aussi, les exigences de votre travail vous
maintiennent éloignés de votre famille ou de votre maison, et vous êtes
soumis à de fréquents changements de résidence, en passant d’un pays a
l’autre."
"L’Eglise, a ajouté le pape, est toujours à vos côtés. Que vous soyez
chrétiens ou non, vous trouverez toujours dans l’Eglise l’estime pour votre
travail et la reconnaissance de la liberté de la presse. L’Eglise va même
encore au-dela. Car, à côté des droits, elle affirme qu’il y a des devoirs
: le devoir de la vérité, le devoir d’indépendance à l’égard de manipulations qui déforment la vérité, le devoir de respecter l’homme, tout homme
et en tout lieu, dans sa dignité de Fils de Dieu."
Le pape et l’actualité en Israël
Au cours de cette visite de Jean-Paul II au siège de la "Stampa Estera",
les journalistes ont eu l’occasion de poser au pape quelques questions
d’actualité. La première concernait les événements récents survenus en Israël. Un journaliste a notamment demandé au pape ce qu’il pensait des soldats qui étaient entrés dans des mosquées à Jérusalem pour y lancer des gaz
lacrymogènes.
"Selon ce qu’a toujours affirmé le Saint-Siège, a déclaré le pape, Jérusalem est une ville sainte : elle appartient à trois grandes religions monothéistes, le judaïsme, l’islam et le christianisme."
Ceci dit, le pape a insisté sur le Droit des Hommes et le Droit des
Peuples, "chaque peuple ayant son propre Droit". "Je ressens ce problème à
propos du peuple juif et de l’extermination qu’il a subie. Car ce qu’on appelle l’holocauste a été un véritable génocide. D’innombrables personnes
ont été exterminées du seul fait qu’elles étaient juives."
"Mais, a poursuivi Jean-Paul II, il y a aussi un Droit pour les autres
Peuples et, dans le cas présent, pour le peuple palestinien. A Miami, durant mon dernier voyage aux Etats-Unis, j’ai clairement dit aux juifs que
j’ai rencontrés que le Saint-Siège appuie leur droit à avoir leur propre
patrie comme il appuie aussi le droit de l’autre peuple, des Palestiniens,
à avoir leur propre patrie. Il faut donc chercher une solution et pour cela, les deux parties doivent avoir leur mot à dire. L’opinion publique internationale attend. La présence juive est aussi importante que la présence
arabe. Il faut donc reprendre les négociations."
Quant au cas concret des soldats qui ont lancé des gaz lacrymogènes dans
une mosquée, le pape a déclaré : "Il est inacceptable de s’attaquer à des
personnes en prière."
Le pape toujours pas invité en Union soviétique
Les journalistes doivent-ils se préparer à accompagner prochainement
Jean-Paul II en Union soviétique ? "Je pense, a répondu le pape avec humour, que les journalistes se préparent plus que moi à un tel voyage. Il
s’agit même d’une pression morale de la part de la presse. Elle pose néanmoins un problème de grande importance qu’on ne saurait nier."
"Je suis convaincu, a précisé Jean-Paul II, qu’une visite en Union soviétique aurait son importance, non seulement du point de vue religieux,
mais encore du point de vue de la convivialité entre les nations. Mais pour
que ce soit une vraie visite, il faudrait qu’elle réponde à une vraie invitation. Or, il n’y a pas encore eu d’invitation."
"En d’autres occasions, a poursuivi le pape, j’ai déjà évoqué un problème particulier : celui d’une partie de l’Eglise catholique qui, en Union
soviétique, devrait précisément avoir le droit de recevoir la visite du pape. D’autant plus que le millénaire du baptême de la Rouss de Kiev, que
l’on célèbre actuellement, est un événement considérable dans l’histoire de
l’Eglise, non seulement de l’Eglise orthodoxe, mais de l’Eglise universelle. "
Le pape a souligne, à ce propos, que l’Eglise catholique avait multiplié
ses efforts pour promouvoir la participation spirituelle à l’événement du
millénaire ainsi que la solidarité spirituelle et morale avec non seulement
un peuple mais les divers peuples concernés. Et Jean-Paul II de souligner
l’importance de la présence des catholiques en Lituanie, en Lettonie, en
Biélorussie ainsi qu’au Kazakhstan.
Jean-Paul II en est alors arrivé au problème délicat de l’Eglise catholique en Ukraine. Il a rappelé que cette Eglise de rite oriental avait sa
hiérarchie..., mais à Rome, à commencer par le cardinal Lubachiski, archevêque majeur de Lviv des Ukrainiens, ainsi que des évêques émigrés jusqu’en Amérique du Nord et du Sud.
"Cette Eglise, a dit le pape, a toujours montré, depuis des siècles, une
grande fidélité à Rome. Et cette fidélité m’oblige envers ces catholiques.
Ils se trouvent dans une situation difficile en Union soviétique. Il s’agit
d’une Eglise clandestine, mise hors la loi, non reconnue : pendant un certain temps, on l’a même reconnue comme inexistante. Pour résoudre ce problème, il faut le traiter sur le plan oecuménique, donc sur le plan des
rapports entre les Eglises. Le problème doit être discuté dans la vérité
entre deux groupes de chrétiens : le groupe catholique, d’une part, et,
d’autre part, le groupe panorthodoxe." (apic/cip/bd)