Rome: interview du cardinal Ratzinger, préfet (150791)
L’Eglise doit répondre au relativisme ambiant
Rome, 15juillet(APIC) "Ce n’est pas rendre service au monde actuel que de
se laisser aller à un optimisme superficiel et de ne pas lutter contre les
maux qui menacent notre temps, qui menacent aussi l’Eglise. Nous sommes en
fait témoins d’une certaine désintégration morale et religieuse. Dans ce
sens, je pense que le fait de se montrer critique et quelquefois aussi sévère est une expression de solidarité et de responsabilité". C’est ainsi
que s’exprime le cardinal allemand Joseph Ratzinger, 64 ans, préfet depuis
1981 de la Congrégation pour la doctrine de la foi, dans une interview publiée dimanche dans le quotidien italien "La Repubblica".
Le cardinal précise que dans le poste qu’il occupe, l’un des plus importants à la Curie romaine, il n’est pas "soliste", mais "modérateur" et relève qu’"on travaille ensemble". Il indique deux points fondamentaux de ses
dix ans de travail: "Il y a eu un dialogue, parfois peut-être un peu conflictuel, mais à la fin pacifique et utile, avec la théologie de la libération en Amérique latine afin de trouver le chemin de l’engagement politique
et social de l’Eglise, en excluant aussi bien une inacceptable politisation
qu’un retrait dans une spiritualité abstraite".
Respecter les droits fondamentaux de l’homme
"Nous avons ensuite, relève le cardinal, affronté des questions de théologie morale, surtout les nouveaux problèmes posés aujourd’hui par la bioéthique. Nous l’avons fait en cherchant toujours une relation juste et correcte entre pluralité et unité dans l’Eglise, entre responsabilité des
épiscopats et du Saint-Siège". A propos de la souveraineté des Parlements
qui approuvent par exemple une loi permettant l’avortement, le cardinal
Ratzinger cite l’écrivain chrétien de langue grecque qui vécut au deuxième
siècle, Origène. Celui-ci répondait à l’accusation faite aux chrétiens de
ne pas respecter certaines lois de l’Empire romain que dans un Etat où le
crime est permis, le sujet doit résister à la loi pour conserver son
humanité. L’ancien archevêque de Munich et Freising souligne qu’"il y a des
éléments fondamentaux qui conditionnent la dignité humaine, qui ne peuvent
être objets de discussion à la majorité, mais sont une condition pour que
les majorités puissent agir". "Respecter les droits fondamentaux de l’homme, ajoute-t-il, est la condition de toute souveraineté".
Quant aux critiques adressées au magistère dans le domaine de la morale
sexuelle, le cardinal relève qu’"il n’y aurait pas d’opposition si on pensait que ce que le pape et l’Eglise disent était sans valeur". Les réactions manifestent un intérêt pour l’actualité du message de l’Eglise, qui
ne doit pas être négligé, parce que, relève-t-il, "il répond aux défis de
notre temps".
A la question de savoir ce qui est le plus grave pour l’Eglise, le
schisme consommé par Mgr Lefebvre ou l’indifférence des catholiques face à
l’enseignement du magistère, le cadinal Ratzinger répond: "Je pense que le
schisme de Mgr Lefebvre, bien que douloureux, se trouve un peu en marge des
tendances essentielles qui déterminent notre époque. (...) La grande préoccupation est constituée par l’indifférence du monde moderne et par les difficultés de la foi que rencontrent un peu tous les croyants". Le cardinal
affirme encore à ce propos que "le problème prioritaire de l’action de
l’Eglise aujourd’hui devrait être de répondre à la tendance majeure de notre siècle qui, avec le relativisme, semble exclure le noyau de la foi ou au
plus le transforme en une tradition pieuse en pensant seulement que l’homme
a besoin de cérémonies religieuses". (apic/jt/cic/cor)