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    Rome: fin de la visite "ad limina" des évêques suisses (120792)

    Discours de Jean Paul II et de Mgr Mamie, président de la CES

    "Les enfants difficiles à comprendre d’une démocratie pas comme les autres"

    Rome, 12juillet(APIC) Le pape Jean Paul II a reçu samedi matin les membres de la Conférence des évêques suisses en visite "ad limina Apostolorum". Dans son disccours, prononcé en allemand, en italien et en français,

    le pape ne s’est pas explicitement exprimé sur l’"affaire Haas", même si

    certains extraits peuvent tout de même être considérés comme une allusion

    indirecte à ce contentieux. Autre thème abordé par le pape: la neutralité

    suisse, qui ne doit pas être un prétexte à un repli sur soi. Un souhait,

    également, celui de voir se poursuivre la recherche de l’unité et le dialogue fraternel. Quant à Mgr Pierre Mamie, président de la CES, il s’est exprimé au nom de cette dernière, en émettant notamment le voeu, pour préparer l’accueil d’un nouveau pasteur par le peuple chrétien, de pouvoir consulter "nos prêtres, nos religieuses, nos religieux et nos laïcs lorsque

    notre successeur doit être désigné".

    "Nous voudrions pouvoir prendre du temps, a dit Mgr Mamie au pape, pour

    pouvoir vous faire comprendre tout ce qui va bien chez nous. Mais d’autres

    prennent du temps, si j’ose dire, pour nous dénigrer, critiquer, diviser

    les uns contre les autres..." "Nous savons que vous nous aimez bien, même

    quand il nous arrive d’être des ’enfants difficiles’ à comprendre, citoyens

    d’un pays et d’une démocratie pas comme les autres". "Il ne faut pas s’arrêter uniquement "aux critiques qu’on ne cesse de vous transmettre".

    Dix membres sur 12 de la Conférence des évêques suisses étaient présents

    à cette audience: le président de la CES, Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Gabriel Bullet et Amédée Grab, respectivement évêques auxiliaires de Lausanne et de Genève, le cardinal Henri Schwery, évêque de Sion, les évêques auxiliaires de Bâle, Mgr Joseph Candolfi et

    Mgr Martin Gächter, Mgr Otmat Mäder (St-Gall), Mgr Wolfgang Haas (Coire),

    Mgr Henri Salina, abbé de St-Maurice, et Mgr Georges Holzherr, abbé de Einsiedeln. Les évêques de Bâle et de Lugano, Mgr Otto Wüst et Mgr Eugenio Corecco, étant retenus en Suisse pour raison de santé.

    Dépasser les tensions

    Dans son discours, le pape a rappelé le 700e anniversaire de la Confédération, en observant: "Pour que règne l’harmonie dans le territoire de

    l’association qui venait de se constituer, il était nécessaire que prédomine le sens du dialogue qui permet de dépasser les tensions inévitables dans

    toute vie collective. Cette exigence demeure aujourd’hui". Pour arriver à

    un consensus, "il faut parfois recourir au compromis. Le désir de l’unité

    ne fait pas disparaître les différences entre les personnes et les sensibilités".

    A propos de la tâche de l’évêque, le pape a souligné qu’il revient à ce

    dernier "de discerner, d’éclairer et de corriger s’il y a lieu, pour que la

    foi soit exprimée selon la tradition de l’Eglise et avec une fidélité réelle au magistère". "Tous les évêques, en effet, doivent promouvoir et sauvegarder l’unité de la foi et la discipline commune de l’ensemble de l’Eglise".., a-t-il déclaré en citant le Concile Vatican II.

    La neutralité de la Suisse a fait également l’objet d’une remarque de

    Jean Paul II. Celle-ci ne peut consister à un repli sur soi et à un enfermement dans les particularismes. Elle trouve sa plénitude et son sens lorsqu’elle s’exprime non seulement comme une distance par rapport aux tensions

    internationales, mais aussi par le devoir d’accueillir l’étranger, par une

    tradition d’hospitalité.

    Dialogue et recherche de l’unité

    Autres points abordés par le pape lors de cette audience: la poursuite

    de la recherche de l’unité; l’invitation au dialogue fraternel; l’oecuménisme enfin. "La forte présence d’autres confessions chrétiennes dans votre

    pays constitue une situation singulière qui doit inviter en même temps à un

    dialogue fraternel, à une recherche sérieuse de la spécificité et des ressources de sa propre tradition. S’il convient de ne pas relativiser nos

    conceptions doctrinales et nos pratiques sacramentelles, nous devons cependant tenir compte, dans nos relations, de tout ce qui est positif dans les

    domaines spirituel, théologique et pastoral".

    "Je me réjouis des pas qui ont été accomplis, dans la ligne du Concile

    Vatican II, pour ’promouvoir la restauration de l’unité entre tous les

    chrétiens’", a poursuivi Jean Paul II. "Je souhaite, comme je l’ai dit lors

    de mon voyage dans votre pays aux membres de la Fédérations des Eglises

    protestantes de la Suisse, que vous puissiez poursuivre la lecture de l’histoire de votre nation, qui a vécu douloureusement les divisions religieuses du passé. ’La purification de la mémoire est un élément capital du progrès oecuménique’. Je sais par ailleurs que les relations avec le judaïsme

    sont cordiales et fructueuses".

    Le pape a salué en conclusion de son discours "les dirigeants de la

    Confédération helvétique et des différents cantons qui ont le souci de

    l’unité de la communauté nationale et de l’intensification des relations

    avec les autres nations, en Europe et dans le monde". On apprécie, a-t-il

    relevé, les contacts qu’ils entretiennent avec vous dans les diocèses dont

    vous avez reçu la charge de gouvernement. Je sais gré au Conseil fédéral

    d’avoir envoyé, en la personne de M. Jenö Staehelin, un ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en mission spéciale près le Saint-Siège.

    Le pape a enfin demandé aux évêques de porter aux prêtres, aux religieux

    et aux religieuses, aux séminaristes et aux laïcs des diocèses suisses,

    "les encouragements de l’évêque de Rome. "A vous-mêmes et à tous les fidèles de l’Eglise en Suisse, je donne de grand coeur ma bénédiction apostolique".

    "Ce qui va bien chez nous..."

    Prenant à son tour la parole, le président de la CES, Mgr Pierre Mamie,

    a tenu à parler de "tout ce qui va bien chez nous"; Il a souhaité "qu’on ne

    nous juge pas seulement sur ce qui ne va pas bien..." Autres thèmes abordés: les requérants d’asile, les réfugiés, le nombre de pauvres et de chômeurs en augmentation en Suisse, la nouvelle évangélisation de l’Europe, le

    problème des vocations.

    "Nous savons bien, a-t-il déclaré en s’adressant au pape (et je le sais

    personnellement très bien), que vous nous aimez bien, même quand il nous

    arrive d’être des ’enfants difficiles’ à comprendre, citoyens d’un pays et

    d’une démocratie pas comme les autres".

    Pour le président de la CES, "ce que nous avons à améliorer, dans le

    service de nos traditions diocésaines, ce sont les chemins des consultations nécesaires pour que nous puissions faire connaître qui doit vous être

    présenté pour l’épiscopat. Ainsi serait manifestée la coresponsabilité diversifiée de chacun. Ainsi serait préparé l’accueil d’un nouveau pasteur

    par le peuple chrétien. Nous désirons pouvoir consulter nos prêtres, nos

    religieuses, nos religieux et nos laïcs, engagés au service de notre pastorale lorsque notre successeur doit être désigné. Ces nombreuses consultations ne sont pas des voies démocratiques. Nous tenons à les prendre au sérieux suivant les conseils de saint Benoît, patron de l’Europe".

    En ce qui concerne la vie chrétienne en Suisse, "permettez-moi, Très

    Saint-Père, de vous dire ce que nous souhaitons unanimement. Qu’on ne nous

    juge pas seulement sur ce qui ne va pas bien chez nous. Car chez nous aussi, c’est vrai, tout ne va pas très bien. Notre ministère, notre pastorale

    des sacrements, notre catéchèse peuvent et doivent, en certains lieux ou

    moments, être rectifiés. Mais nous devons dire hautement et clairement nous ne vous l’apprenons pas -, il y a chez nous, et en très grand nombre,

    des hommes, des femmes et des enfants, des religeuses et des religieux, des

    prêtres et des diacres - dont les ’médias’ parlent peu - qui sont fidèles à

    Dieu, au Christ, à l’Eucharistie, à l’Eglise, à Marie, au pape et au Collège des évêques".

    Nous manquons de prêtres, c’est vrai, a reconnu Mgr Mamie, mais nous

    avons aussi des laïcs engagés "qui veulent servir l’Eglise et leurs frères,

    fidèles à leur vocation de ’Christi laïci fideles’. Il y a beaucoup de choses qui vont bien chez nous et nous aimerions, permettez-nous encore de

    vous le dire, que, ici, dans tous les bureaux des dicastères qui sont à votre service et au nôtre, on ne s’arrête pas trop uniquement aux critiques

    qu’on ne cesse de vous transmettre. Nous avons dit cela déjà à votre prédédesseur. Mais nous voudrions pouvoir prendre du temps pour vous faire connaître tout ce qui va bien chez nous. Mais d’autres prennent du temps,

    j’ose le dire, pour nous dénigrer, critiquer, diviser les uns contre les

    autres, alors que notre volonté, c’est d’être serviteurs, fraternellement

    et collégialement unis".

    Et Mgr Mamie de citer: l’Europe de demain, où la Suisse, par sa longue

    expérience démocratique, dans un pluralisme culturel et religieux, pourrait

    servir d’exemple; le mouvement oecuménique, "où tous les catholiques

    devraient, à votre et à notre suite", s’engager davantage pour que "tous

    soient un"; le dialogue interreligieux, avec nos frères juifs, qui doit

    être poursuivi. Il y a aussi, a déclaré l’évêque de Lausanne, Genève et

    Fribourg, les problèmes que posent les étrangers, les migrants travailleurs, les requérants d’asile, les réfugiés: "Nous voulons que notre pays

    soit toujours plus accueillant, car il y a de la place chez nous". Mgr Mamie n’a pas oublié de parler de ceux qui exercent le ministère ou l’apostolat de la "diaconie" en Suisse pour les pauvres qui sont chez nous ou qui y

    viennent. "Notre reconnaissance va aussi à nos institutions, telles que

    "Missio", "Caritas" et l’"action de Carême", qui manifestent, elles aussi,

    une des vocations propre à la Suisse: l’accueil et la solidarité".

    Aidez-nous...

    Le président de la CES s’est encore exprimé sur la nouvelle évangélisation de l’Europe: "Nous n’avons pas à annoncer ensemble un nouvel évangile,

    mais nous cherchons toujours à annoncer les "nova et vetera" contenus dans

    le trésor de la Révélation, transmis par le Magistère et, suivant votre

    conseil, en cherchant toujours des moyens, des méthodes et un langage nouveau pour que la Parole de Dieu soit entendue par tous..." Pour Mgr Mamie,

    la tentation reste grande pour certains théologiens, prédicateurs ou catéchistes, d’adapter leur langage à la langue du monde, restant à la superficialité des choses, ou séduits par les dernières modes. "Nous avons ensemble à dire la vérité en la rendant aimable, sans la déformer ou l’édulcorer".

    "Nous espérons pouvoir rentrer dans nos diocèses, a conclu Mgr Mamie,

    ’confirmés’ par vous dans nos certitudes et nos espérances. Aidez-nous et

    cela le plus rapidement possible, à donner à nos fidèles l’exemple d’une

    Conférence épiscopale qui manifeste à nouveau, malgré nos différences légitimes, l’exemple d’une vie pleinement fraternelle, celle-là aussi que nous

    demandent, parfois avec impatience, nos fidèles". (apic/jt/com/pr)

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