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    Rome: démarche sans précédente de Jean Paul II (110194)

    Le pape adresse aux catholiques "un appel à la décision et à l’engagement"

    Par dessus l’épaule des évêques italiens

    Rome, 11 janvier 1994 (CIP) Rome, 11janvier(APIC) Dans un geste qui n’a

    pas de précédent immédiat sur le plan formel, Jean- Paul II a adressé aux

    évêques italiens une lettre, datée du 6 janvier, sur "la responsabilité des

    catholiques dans la situation présente". Par dessus l’épaule des évêques,

    le pape s’adresse bien entendu aux catholiques, mais aussi à une Europe qui

    se fraie péniblement une unité dans un contexte nouveau. La date du document, bien avant les élections parlementaires italiennes prévues pour la

    fin mars, devrait en empêcher toute utilisation à des fins politiques. Cela

    n’a pas empêché des réactions immédiates, notamment de la part de la Ligue

    du Nord.

    Reprenant le fil d’autres interventions, faites par exemple à l’issue de

    la dernière assemblée de la Conférence épiscopale italienne, en mai dernier, sur l’équilibre entre unité et diversité chez les catholiques italiens, ou l’appel de Noël en faveur de l’unité italienne, face aux projets

    de scission patronnés par la Ligue du Nord, le pape ressent le besoin

    d’adresser aux catholiques du pays un appel à la "décision et à l’engagement", qui doit commencer par "le témoignage de cet héritage de valeurs humaines et chrétiennes qui est le patrimoine le plus précieux du peuple italien".

    Jean-Paul II cite trois aspects de ce patrimoine: l’héritage de la foi,

    qui a aussi favorisé le progrès civil, en créant de nouveaux liens féconds

    de cohésion et de collaboration; l’héritage de la culture, "qui a fleuri

    sur le tronc commun" pour se manifester dans tous les domaines et dont "les

    Italiens d’aujourd’hui ne peuvent pas ne pas être fiers" ; l’héritage de

    l’unité, enfin, qui va au-delà de sa force spécifique actuelle pour s’enraciner dans une communauté "de langue, d’histoire, de foi et de culture".

    Une lecture chrétienne des "signes des temps"

    "Cette phase délicate de l’histoire italienne a lieu, rappelle le pape,

    dans le contexte mouvant des changements de 1989 qui avaient des raisons

    économiques et socio-politiques", mais aussi "des motifs éthiques et anthropologiques, c’est-à-dire spirituels". D’une part, "on progresse sur le

    chemin vers l’unité européenne"; d’autre part, celui-ci est mis en cause

    par "l’exaspération des nationalismes, surtout en Europe de l’Est et dans

    les Balkans". Il faut, suggère le pape, faire une lecture chrétienne des

    "signes des temps", car il est significatif que parmi les promoteurs principaux de l’unité européenne, "il se soit trouvé des hommes animés par une

    foi chrétienne profonde". Le pape cite ici les noms de De Gasperi, Adenauer

    et Schuman.

    Jean Paul II plaide dès lors en faveur d’une "mobilisation générale de

    toutes les forces" pour le progrès de l’unité européenne. La seule façon,

    argumente-t-il, de "bâtir un avenir de justice, de solidarité et de paix

    pour chaque nation". Dans ce cadre, "l’Italie peut offrir beaucoup à toute

    l’Europe, mais elle devra pour cela lutter d’abord contre la promotion de

    valeurs liées à la diffusion de modes de vie postérieure aux Lumières ou

    qui réduisent "le sens de l’existence et de l’action à une dimension purement économique et séculariste".

    "Une force d’inspiration chrétienne"

    Il incommbe donc à l’Italie de "défendre pour toute l’Europe le patrimoine religieux et culturel". C’est, ajoute le pape, un aspect qu’il faut

    avoir sous les yeux "lorsqu’on dresse un bilan politique du passé, depuis

    la fin de la deuxième guerre mondiale". D’abord, la chute des régimes communistes ne rend pas inutile "une force d’inspiration chrétienne", fût-ce

    au prix d’une renouveau profond, social et politique. "La présence des

    laïcs chrétiens" reste "nécessaire pour exprimer sur les plans social et

    politique la tradition et la culture chrétienne de la société italienne".

    Par ailleurs, "on ne peut oublier" tout ce qui a été accompli pour "faire entrer l’Italie parmi les sept pays les plus développés, ni sous-estimer

    ou oublier le grand mérite d’avoir sauvé la liberté et la démocratie". Le

    message est clair, même si le pape ne le dit pas explicitement: un parti

    démocrate-chrétien reste nécessaire et "les laïcs chrétiens ne peuvent fuir

    leurs responsabilités".

    L’Eglise, force d’unité "du nord au sud"

    Le pape s’inquiète en outre des "tendances corporatistes et séparatistes" qui se manifestent en Italie, auquel il faut opposer "l’amour de la

    patrie et des comportements renouvelés de solidarité", car "l’amour de la

    patrie et la solidarité avec toute l’humanité ne contredisent pas le lien

    entre l’homme et la région et la communauté locale où il est né".

    En même temps, parmi les changements en cours en Italie, Jean Paul II

    s’inquiète de la tendance à déléguer au pouvoir judiciaire les initiatives

    visant au renouveau. En effet, "une société ordonnée ne peut mettre les décisions concernant son avenir entre les seules mains de l’autorité judiciaire". C’est pour le pape l’occasion d’exhorter les autres instances du

    pays à assumer leurs responsabilités.

    Dans ce contexte, l’Eglise est appelée à "exhorter au renouveau moral et

    à une solidarité profonde entre Italiens, pour assurer les conditions de la

    réconciliation et le dépassement des divisions et des oppositions".

    Pour conclure, Jean Paul II, se réfère à un mot célèbre de feu le président Pertini, pour se dire convaincu que "l’Eglise peut faire pour le pays

    plus que ce que l’on pense habituellement", car "c’est elle la grande force

    sociale qui unit les habitants de l’Italie, du nord au sud". (apic/sv/pr)

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