Rome: Conclave: les cardinaux du peloton de tête - Série Apic -
Rome, 18 avril 2005 (Apic) Alors que s’ouvre le conclave qui aboutira à l’élection d’un nouveau pape, l’Apic publie une série de portraits de cardinaux parmi la vingtaine de "favoris". Parmi ceux que les observateurs voient aptes à succéder à Jean Paul II, trois d’entre eux: l’Allemand Joseph Ratzinger, le Nigérien Francis Arinze et l’Argentin Jorge Mario Bergoglio.
Le cardinal Joseph Ratzinger
Le cardinal allemand Joseph Ratzinger, jusqu’à présent préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a eu pendant la période de ’pré conclave’ un rôle capital en tant que doyen - élu en 2002 - du collège cardinalice. Les cardinaux semblent être nombreux à l’avoir apprécié, au point que les ’vaticanistes’ italiens ont même assuré qu’il pourrait bien, au cours du conclave, rassembler 40 à 50 voix.
Joseph Ratzinger naît le 16 avril 1927 à Markti am Inn, un village de Haute- Bavière. Il fait son service militaire pendant la guerre, d’août 1943 à septembre 1944, alors qu’il est séminariste. Après la guerre, il poursuit ses études de philosophie et de théologie au séminaire de Freising, en Bavière toujours, à un moment de grande effervescence intellectuelle dans les cercles catholiques allemands. Ordonné prêtre en 1951, il obtient deux ans après un doctorat en théologie, avec une thèse sur l’ecclésiologie de Saint Augustin.
Après une année de travail paroissial, au cours de laquelle il sillonne Munich à bicyclette, il devint l’un des plus jeunes et des plus populaires professeurs de théologie d’Allemagne, en enseignant à partir de 1957, notamment comme professeur de dogmatique et d’histoire des dogmes, dans différentes universités, à Bonn, Münster, Tübingen et Ratisbonne. Il sera d’ailleurs vice-président de l’université de Ratisbonne.
Il devient ensuite le conseiller du cardinal Joseph Frings, archevêque de Cologne, alors qu’il a à peine 35 ans. Il aide le cardinal Frings à préparer ses interventions pour le Concile Vatican II. L’un de ces discours concerne la nécessité de la réforme des méthodes du Saint-Office, qui deviendra plus tard la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont il sera lui-même préfet sous le pontificat de Jean Paul II.
Inquiet du mouvement de contestation de l’après 68
En attendant, s’il est à l’époque un fervent partisan des réformes, il commence toutefois à s’inquiéter, à partir de 1968, de l’esprit de contestation qui gagne les facultés de théologie. En particulier, de l’intérêt croissant pour le marxisme de plusieurs théologiens allemands. Il se sépare alors des théologiens avec qui il a fondé la revue internationale de théologie Concilium, et fonde, avec d’autres théologiens influents de Vatican II, la revue Communio, qui voudrait promouvoir ce qu’ils considèrent comme une interprétation plus authentique de Vatican II. Au milieu de ces controverses, Joseph Ratzinger écrit une "Introduction au christianisme", à partir des cours qu’il a donnés en 1967 à Tübingen. Un essai moderne dans son style et dans son traitement des questions théologiques, philosophiques et bibliques.
En 1977, il a cinquante ans lorsqu’il est nommé archevêque de Munich- Freising, par Paul VI, qu’il rencontre personnellement pour la première fois au mois de juin. Il est créé cardinal quelques mois plus tard. En 1977, lors de l’assemblée synodale sur la catéchèse, puis lors des conclaves de 1978, il fait la connaissance de Karol Wojtyla, avec qui il échange des livres depuis plusieurs années. Il s’entend bien avec lui, attiré par sa franchise et sa simplicité, son ouverture et sa cordialité, sa culture philosophique et théologique.
Peu après son élection, Jean-Paul II propose à Mgr Ratzinger de venir à Rome comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Celui-ci refuse, jusqu’à novembre 1981. Il arrive alors à Rome, après une nomination qui sera considérée comme la plus importante du pontificat, au niveau de la Curie.
Dans le cadre de cette fonction, le cardinal Ratzinger agit comme un théologien qui s’est confronté à la philosophie et à la théologie contemporaine. Tous les vendredi soir, il travaille personnellement avec Jean-Paul II, tandis qu’il déjeune avec lui le mardi, entouré d’autres théologiens, pour des discussions sur des questions générales : bioéthique, oecuménisme, théologie de la libération. Par la suite, c’est lui qui dirige la rédaction du catéchisme de l’Eglise catholique, publié en 1992. Il travaille également, sur les questions de liturgie, qui le préoccupent beaucoup. Par ailleurs, en marge de sa fonction, il poursuit un travail personnel, qu’il traduit dans de nombreux livres, parmi lesquels La Foi chrétienne, hier et aujourd’hui, et Le sel de la terre, livre d’entretiens dans lequel il répond à des questions sur le christianisme et l’Eglise catholique au seuil du troisième millénaire.
La controverse sur Dominus Iesus
Pendant le pontificat de Jean-Paul II, le cardinal a fait preuve de fermeté, par exemple en publiant en septembre 2001, la Déclaration Dominus Iesus, qui a suscité des controverses par la fermeté de son rappel de l’unicité du salut apporté par le Christ. Il s’est également montré ferme face aux théologiens dissidents, comme le Brésilien Leonardo Boff, l’un des fondateurs de la théologie de la libération, comme le théologien suisse Hans Küng, ou encore comme le jésuite français Jacques Dupuis. Mais il est pourtant loin d’être un homme dur et autoritaire comme on le décrit parfois. Il est au contraire, pour ceux qui le connaissent personnellement, "d’une intelligence lumineuse", d’une "grande vie spirituelle", et "d’une réelle humilité". C’est en tous cas un homme fin, affable, souriant et attentionné
Le cardinal Francis Arinze
Si le prochain pape doit être Africain, beaucoup s’accordent à dire qu’il s’agirait du cardinal Francis Arinze, originaire du Nigeria. Le cardinal Arinze réside aujourd’hui à Rome, où il est préfet de la Congrégation pour le culte divin, après avoir longtemps été président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux.
Mais avant cette ’carrière’ au Vatican, il était archevêque d’Onitsha, au sud du Nigeria. Il a donc à son actif à la fois une solide expérience pastorale, dans un pays difficile, et une parfaite connaissance de la Curie romaine.
A l’origine, rien ne semblait le destiner à un tel parcours ecclésiastique. Il naît dans une famille non chrétienne à Eziowelle, une petite ville au sud-est du Nigeria, le 1er novembre 1932. Ses parents, qui vivent dans une simple demeure en torchis, vénèrent les divinités de l’ethnie Ibo. Animistes ou chrétiens, les Ibos, qui constituent la majorité de la population du Biafra, tenteront sans succès en 1967 d’obtenir leur indépendance.
En attendant, le jeune garçon va se convertir et être baptisé, à l’âge de neuf ans, sous l’influence de l’un des premiers prêtres nés au Nigeria, le Père Cyprian Michael Tansi, que Jean-Paul II canonisera au mois de mars 1998, lors de son second voyage dans le pays. Francis Arinze restera toute sa vie marqué par ce prêtre. En 1947, il a quinze ans lorsqu’il entre au petit séminaire de Nuewi, et, plus tard, au grand séminaire à Enugu, à l’est du pays. Pendant ses études de théologie, sa mère demande le baptême à son tour. Son père suivra un peu plus tard.
Etudes à Rome en 1955
En 1955, il est encore séminariste quand il quitte son pays pour la première fois. Il part pour Rome, où il étudie pendant quatre ans la théologie à l’université pontificale de l’Urbanianum, spécialisée sur la mission, et dépendant de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. C’est donc à Rome, dans une chapelle du Collège de l’Urbanianum, sur la colline du Janicule, à quelques centaines de mètres du Vatican, qu’il est ordonné prêtre à 26 ans, le 23 novembre 1958.
Devenu prêtre, Francis Arinze poursuit ses études à Rome pendant un an. Il obtient son doctorat en 1960, en présentant une thèse sur ’le Sacrifice dans la Religion traditionnelle du peuple Igbo et la catéchèse chrétienne de la Sainte Messe’. Il repart alors pour le Nigeria, où il commence son ministère de prêtre comme professeur au séminaire d’Enugu, à l’est du pays, puis comme Secrétaire régional pour l’éducation catholique pour la partie orientale du Nigeria.
Pendant la guerre civile du Biafra
En 1965, il a à peine 33 ans lorsqu’il est nommé par Paul VI évêque auxiliaire de l’archidiocèse d’Onitsha, son diocèse natal, au sud du pays, ce qui lui permet d’assister à la dernière session du concile Vatican II. A Onitsha, il est confronté au problème du dialogue inter-religieux, dans un pays où les chrétiens représentent environ 34 % de la population, pour 43 % de musulmans. Les catholiques, pour leur part, sont quelque 11 millions d’habitants sur un ensemble de 110 millions de personnes. Mgr Arinze devient archevêque d’Onitsha en 1967, à 35 ans, au moment de la guerre civile du Biafra (1967-1970) qui voit s’affronter les sécessionnistes ibos et l’armée fédérale. Durant le conflit, au cours duquel plus d’un million de personnes meurent de guerre, de maladie ou de faim, il héberge des réfugiés dans des bâtiments religieux.
En 1979, Mgr Arinze devient président de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria. Il n’hésite pas à dénoncer vigoureusement la corruption et les injustices sociales. Il reçoit Jean Paul II au Nigeria en 1982. Deux ans plus tard, celui-ci le rappelle à Rome pour qu’il soit président du Secrétariat pour les non-croyants. Il est créé cardinal en mai 1985, et continue de travailler à la tête du Secrétariat lorsque celui-ci change de nom en 1988 pour devenir l’actuel Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux.
Dans ce cadre, le cardinal Arinze développe les contacts du Saint-Siège avec les personnalités de différentes religions du monde entier, ce qu’il raconte dans son livre très personnel : A la rencontre des autres croyants. Le dialogue inter-religieux, un engagement et un défi. En 1994, il est choisi par le pape comme premier président délégué du Synode pour l’Afrique.
Nommé préfet de la Congrégation pour le Culte divin en 2002
Le 1er octobre 2002, le cardinal Arinze est nommé cette fois préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements. Il travaille notamment sur les ’suggestions et propositions’ à faire pour le déroulement de l’Année spéciale consacrée à l’Eucharistie, que Jean Paul II ouvre le 17 octobre 2004. Au Vatican, il est membre, en outre, des Congrégations pour la doctrine de la foi, pour les Eglises orientales, pour la cause des Saints, et pour l’Evangélisation des peuples, et des Conseils pontificaux pour les Laïcs, pour la promotion de l’Unité des chrétiens, et pour la culture.
Un ensemble de charges qui ne l’empêchent pas, une fois par an, en août, de revenir dans son village d’Eziowelle, où il célèbre la messe dans la petite église de Saint Edward. Ni de voyager dans le monde entier, pour des interventions où il se fait remarquer, en dehors des domaines directement liés à sa charge, pour son ardeur à encourager, comme Jean Paul II, la promotion de la famille et de la culture de la vie. Aujourd’hui, le cardinal Arinze est l’un des rares Africains ayant un poste clef à la Curie romaine, avec l’archevêque guinéen Mgr Robert Sarah, Secrétaire de la Congrégation pour l’Evangélisation des peuples. Très estimé pour la qualité de son travail, et reconnu comme équilibré, c’est aussi un personnage joyeux, plein d’humour et de bon sens, qui souligne souvent que les Africains aiment "célébrer la vie", et que les Européens auraient beaucoup à apprendre d’eux de ce côté-là.
Le cardinal Jorge Mario Bergoglio
L’élection comme pape du cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, serait la première élection d’un jésuite dans l’histoire de l’Eglise. Grand intellectuel et qualifié d’’ascétique’, le cardinal Bergoglio est réputé pour l’austérité et la discrétion de son style de vie. Toutefois, s’il est loin d’avoir l’aisance médiatique de Jean- Paul II, il est aussi décrit comme un ’pasteur’, qui sait se rendre proche de ses fidèles. C’est un homme solide, disponible et attentif, qui s’intéresse de près aux problèmes sociaux, et sait mettre en garde contre les dangers du néolibéralisme de la mondialisation.
Il naît le 17 décembre 1936 à Buenos Aires, dans une famille modeste. Son père est d’origine italienne. Après des études de chimie, il entre à 22 ans au noviciat de la Compagnie de Jésus. Ses problèmes de santé - il n’a qu’un seul poumon - ne l’empêchent pas d’approfondir ses études de philosophie, de théologie et de psychologie, ni d’enseigner la littérature dans des écoles privées d’Argentine. Il est ordonné prêtre onze ans plus tard, le 13 décembre 1969. Après une année passée à Alcala de Henares en Espagne, il prononce sa profession perpétuelle le 22 avril 1973.
Un mouvement jésuite divisé par la théologie de la libération
La même année, il est élu provincial - responsable national - des jésuites argentins. Il a 36 ans. Il reste à ce poste pendant six années, qui sont des années difficiles. C’est l’époque de la dictature militaire en Argentine. Il se bat pour conserver l’unité d’un mouvement jésuite divisé par la théologie de la libération, et touché par le manque de vocations. Il acquiert alors la réputation d’un homme qui sait gouverner en situation de crise. Quand il quitte son mandat, la Compagnie est stabilisée, et compte de nouvelles vocations.
Il est ensuite nommé recteur des Facultés de théologie et de philosophie de la Compagnie de Jésus à Buenos Aires, assumant en même temps la charge de curé de paroisse. En 1986, il part à Fribourg, en Suisse, afin de terminer sa thèse de doctorat, puis revient en Argentine, où il est nommé dans une paroisse de Cordoba, à 700 km à l’ouest de Buenos Aires, au pied de la Sierra de Cordoba, et à Mendoza, encore plus à l’ouest, près de la frontière chilienne. C’est en 1992 que Jean Paul II le nomme évêque auxiliaire de Buenos Aires, puis évêque coadjuteur en juin 1997.
Très proche des prêtres
Il travaille alors aux côtés du cardinal Antonio Quarracino, qui le décrivait, quelque jours avant sa mort en 1998, comme "un homme discret et très efficace, fidèle à l’Eglise et très proche des prêtres et des catholiques. Il est une bonne nouvelle pour son diocèse". Au décès de Mgr Quarracino, Mgr Bergoglio prend donc sa suite. Le jour de sa nomination, la presse locale le présente comme "un homme d’une profonde et solide formation théologique,et en même temps très proche de ses fidèles". Créé cardinal en février 2001, il était jusqu’à présent membre des Congrégations romaines pour le culte divin, pour le clergé, et pour les Instituts de vie consacrée, ainsi que du Conseil pontifical pour la famille.
Ces derniers temps, l’Argentine - dont 90 % des habitants sont catholiques - entretient des relations tendues avec le Saint-Siège, depuis que son président, Nestor Kirchner, a retiré le 18 mars dernier son accréditation à l’évêque aux armées, Mgr Antonio Baseotto. Celui-ci avait recommandé de "jeter à la mer avec une pierre au cou" le ministre de la santé, Gines Gonzalez Garcia, favorable à la dépénalisation de l’avortement. (apic/imedia/vb)