Déclaration finale: Non à une "restauration" de l’Europe du passé
Rome, 15décembre(APIC) L’assemblée spéciale du Synode des évêques consacré à l’Europe s’est achevée samedi par la publication d’une importante déclaration finale et une messe de clôture en la basilique St-Pierre de Rome.
A cette occasion, Jean Paul II a réaffirmé la volonté de l’Eglise catholique de promouvoir la paix et la réconciliation dans une Europe sur laquelle
pèsent encore tant de menaces et appelé à réaliser la nouvelle évangélisation du continent. La déclaration finale précise que ce projet de "nouvelle
évangélisation" n’a rien à voir avec une volonté de "restauration" de l’Europe du passé.
Le pape a souhaité que l’Eglise sache promouvoir une paix véritable,
qu’elle soit capable de traduire la réconciliation dans les dimensions
interhumaines et internationales. C’est là, a-t-il ajouté, "une question
clé pour l’avenir de l’Europe et du monde".
Le plus important événement ecclésial après le Concile Vatican II ?
Au cours de la conférence de presse de clôture, Mgr Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande et secrétaire spécial du Synode
sur l’Europe, a souligné que ce Synode - qui a rassemblé du 28 novembre au
14 décembre 135 évêques de toute l’Europe, ainsi que des "délégués fraternels" d’autres Eglises chrétiennes - est "peut-être le plus important" événement ecclésial pour l’Europe après le Concile Vatican II.
La déclaration finale du Synode comporte une bonne vingtaine de pages,
réparties en quatre chapitres encadrés par une introduction et une conclusion: I. La signification de l’heure présente à la lumière de la foi chrétienne et de l’histoire de l’Europe; II. Le centre vivant et les nombreux
chemins de la nouvelle évangélisation; III. De la nécessité du dialogue et
de la coopération avec les autres chrétiens, les juifs et tous ceux qui
croient en Dieu; IV. La responsabilité de l’Eglise dans l’édification d’une
Europe ouverte à la solidarité universelle.
L’Europe vit une "heure historique"
Pour les pères synodaux, l’Europe vit une "heure historique" après la
remise en question d’un marxisme fondé sur une "erreur anthropologique",
réduisant l’homme à sa seule dimension matérielle et économique, et avec
lui tout l’itinéraire culturel et socio-politique de l’humanisme européen
caractérisé par l’athéisme. A propos de la situation religieuse et socioculturelle de l’Europe occidentale, le document final signale des lumières
mais aussi des "ténèbres", comme "la fausse absolutisation de la liberté de
l’individu", ainsi que l’athéisme et le matérialisme pratiques - qui ne
sont pas le fait du seul marxisme et sont diffusés sur tout le continent.
La nouvelle évangélisation cependant, loin de s’opposer au développement
de l’humanisme européen, "le purifie plutôt et le renforce au moment où il
risque de perdre son identité", notamment en présence d’un "nouveau paganisme".
Un nouveau choix de Dieu
"En réalité, dit la déclaration, toute l’Europe se trouve aujourd’hui
face au défi d’un nouveau choix de Dieu". Mais les évêques européens tiennent à souligner que la nouvelle évangélisation qu’ils veulent réaliser en
Europe n’est pas le projet d’une "soi-disant restauration de l’Europe du
passé, mais une stimulation à redécouvrir ses racines chrétiennes et à instaurer une civilisation plus profonde, vraiment plus chrétienne, et pour
cela aussi plus pleinement humaine". Ils avertissent aussi que l’évangélisation ne se limite pas à diffuser des valeurs évangéliques comme la justice et la paix, mais également à annoncer la personne même du Christ.
Le document insiste sur l’importance de la participation des laïcs, et
des jeunes en particulier, sans oublier le rôle important des théologiens.
Il met cependant ces derniers en garde, car "le ’dissentiment’ théologique
constitue un obstacle pour l’oeuvre évangélisatrice". Le Synode invite plus
loin les Eglises locales à renforcer la coopération entre elles et avec les
Eglises des autres continents, ainsi que la collégialité des évêques entre
eux et avec le pape".
Le troisième chapitre est entièrement consacré au dialogue et à la coopération avec les autres chrétiens et avec les autres croyants. La déclaration finale revient sur l’absence de "délégués fraternels" de certaines
Eglises orthodoxes, pour le déplorer, mais aussi pour affirmer que le dialogue peut et doit se poursuivre, même si une "grande patience et compréhension sont nécessaires".
Elle mentionne le rôle que peut jouer à cet égard, malgré les difficultés, les Eglises catholiques de rite oriental, dont elle souligne "le témoignage convaincant d’une foi ferme", sans oublier non plus "le fort témoignage de foi donné par les orthodoxes et les protestants". En ce qui
concerne les Eglises issues de la Réforme, le Synode fait état à la fois de
grands rapprochements, mais également de "points non négligeables qui nous
séparent douloureusement en ce qui regarde la compréhension de l’Eglise et
en particulier du ministère".
Le dialogue avec les juifs et les musulmans
Quant au dialogue avec ces "frères aînés" que sont les juifs, le Synode
invite, après avoir évoqué le "terrifiant holocauste", à une connaissance
plus profonde du judaïsme, qui implique le rejet de toute forme d’antisémitisme. Les liens avec les musulmans ont aussi une grande importance pour la
religion chrétienne et la culture européenne, en raison du passé, mais aussi "compte tenu de l’avenir". Le message fait allusion aux grandes migrations en provenance du monde musulman et déclare que le dialogue avec les
nations musulmanes s’avère aujourd’hui tout à fait nécessaire, même s’il
"doit être conduit prudemment, connaître clairement ses possibilités et ses
limites". Et le document de relever que pour que la solidarité mutuelle
soit sincère, "il faut une réciprocité dans les relations, surtout en ce
qui regarde la liberté religieuse".
Pour le Synode, la mission de l’Eglise d’annoncer le salut en JésusChrist concerne tous les aspects de la vie humaine, "c’est pourquoi, en annonçant et en vivant l’Evangile, l’Eglise assume en même temps le service
de l’humanité". Un passage du quatrième chapitre est consacré à la responsabilité "propre et inaliénable" de l’Eglise dans la formation de la société humaine. Il affirme que l’Eglise ne peut donc pas renoncer à sa propre
mission publique, mais doit toutefois se garder "de revenir à des formes du
passé qui aujourd’hui peuvent s’avérer négatives pour elle".
La déclaration relève que la distinction sans séparation de l’ordre religieux et de l’ordre politique "joue un grand rôle pour le progrès humain". L’Eglise, bien qu’elle "reconnaisse la démocratie bien comprise",
affirme pourtant n’être nullement liée à un système politique déterminé.
Elle souligne quand même que tous ceux qui, dans un esprit chrétien, veulent prendre part à l’édification de l’Europe nouvelle, doivent connaître
la doctrine sociale de l’Eglise.
Abordant quelques problèmes concrets, comme le marché unique européen,
le message du Synode demande que la liberté du marché soit introduite avec
discernement dans les pays de l’Est, qu’elle respecte la liberté des travailleurs et corresponde à une culture de la solidarité. A propos des poussées nationalistes en Europe, le document indique que l’identité nationale
ne s’accomplit jamais sans ouverture envers les autres peuples et sans solidarité avec eux.
Une Europe ouverte à la solidarité universelle
Avant de conclure, la déclaration finale invite l’Europe à la solidarité
universelle, elle qui "a su communiquer aux autres continents les nombreux
biens culturels et techniques qui constituent aujourd’hui le patrimoine de
la civilisation mondiale". S’il y a eu des "heures noires" suite à l’impérialisme et à l’oppression de nombreux peuples, c’est une raison supplémentaire de se garder d’un certain "européocentrisme". Il revient à l’Europe
de répondre aux cris des peuples du tiers-monde par des options concrètes :
abolition du commerce des armes, ouverture des marchés en Europe, règlement
de la dette entre les nations. (apic/cic/jt/be)