Rome : clôture du 7e Symposium des évêques européens (181089)
Rome, 18octobre(APIC/CIP) Le cardinal Carlo Maria Martini, archevêque de
Milan et président du Conseil des Conférences épiscopales européennes
(CCEE), a prononcé mardi 17 octobre le discours de clôture du 7e Symposium
des évêques européens sur "Les attitudes contemporaines devant la naissance
et la mort : un défi pour l’évangélisation". Il a également a attiré l’attention des évêques européens sur le "pas important vers un meilleur aménagement de notre grande famille européenne" que sera l’Europe de 1993.
Cette étape comporte, a déclaré le cardinal, aussi un grand danger, celui de "créer une ligne de démarcation entre les Douze et les autres". "Les
autres peuples d’Europe, a-t-il affirmé, manifestent que l’Europe est aussi
leur affaire et qu’ils ne peuvent en être exclus". Tous les Européens
devront se souvenir que l’Europe, qui a longtemps vécu des richesses en
provenance des autres continents, aura une très grande responsabilité politique et sociale dans le monde qui s’unifie". L’Eglise, a encore indiqué le
cardinal, aura à coeur de "faire en sorte que l’Europe respire par ses deux
poumons, oriental et occidental".
Quatre-vingt évêques ont participé à la rencontre, organisée à Rome du
13 au 17 octobre par le CCEE, un organe de collaboration des 25 épiscopats
du continent (seule l’Albanie n’y est pas représentée).
Le cardinal Martini a affirmé dans son exposé que la spécialisation
croissante des techniques médicales a "des effets indirects sur les équilibres humains que nos sociétés n’ont pas encore parfaitement maîtrisés". La
naissance, et plus encore la mort, ont ainsi été "exilées" en-dehors du cadre familial et du voisinage, avec le risque que les êtres huamins deviennent étrangers aux événements importants de leur propre vie. "L’expérience
de la mort leur échappe tout particulièrement, a relevé le cardinal Martini, ce qui accroît leur angoisse face à cette perspective".
L’archevêque de Milan a tenu à préciser que ce n’est pas à la seule
science ni à la seule médecine qu’il faut adresser des griefs : "les
problèmes éthiques, a-t-il insisté, relèvent en effet des citoyens, de
leurs représentants élus et des autorités morales de la nation du moins
dans nos sociétés démocratiques".
La confiance en l’Eglise
Il a relevé aussi que la plupart des Européens, s’ils connaissent des
problèmes de foi et de morale et sont "ambivalents vis-à-vis du message
chrétien", continuent de s’adresser à l’Eglise quand-ils se trouvent confrontés à la naissance et à la mort, comme l’indiquent clairement les statistiques sur les baptêmes et les funérailles : ils ont confiance en
l’Eglise et en attendant quelque chose.
Le cardinal Martini a également souligné la responsabilité des évêques
de préparer les Eglises locales à assumer avec courage le service que réclame la situation présente. Ce service comporte trois dimensions : la diaconie, la liturgie et l’annonce de la Parole.
Quelques suggestions pratiques
Le président du CCEE a alors énuméré quelques suggestions et projets
concrets évoqués au cours des travaux. Dans le domaine de la diaconie, il a
mis l’accent sur un nécessaire accompagnement de la vie naissante, par
exemple en créant des groupes de femmes attendant un enfant. Une attention
particulière doit aussi aller aux enfants non désirés ou handicapés, ainsi
qu’à leurs parents, et aux mères célébataires.
Autre suggestion : encourager les efforts visant à ce que de plus en
plus d’hommes puissent mourir là où ils ont vécu. Le cardinal a ici proposé
un "nouveau pacte entre les générations" : de même que les parents mettent
leurs enfants au monde et les initient à la vie, les enfants devraient à
l’avenir accompagner leurs parents quand ils quittent ce monde". Il a rappelé que, dans plusieurs pays européens, l’Etat accorde de substantielles
réductions d’impôts aux contribuables qui prennent chez eux une personne
âgée de plus de 70 ans.
Dans le domaine de la liturgie, le président de la CCEE a demandé que
l’on renonce à "toute forme de violence pastorale" à l’égard des "petites
gens qui peuvent difficilement s’exprimer verbalement dans le cadre
religieux", de cheminer avec eux et de bien faire comprendre que "seuls
sont requis le désir de foi et les premiers pas dans cette direction". Pour
rendre plus clair le lien entre le baptême, le mystère pascal et l’entrée
dans le Corps du Christ, il a suggéré que le baptême soit célébré de
préférence à Pâques, ou du moins dans le cadre de l’assemblée dominicale.
A propos de l’annonce de la Parole, le cardinal Martini a parlé de la
tension "entre notre solidarité avec les attentes authentiques des gens et
notre résistance polémique à ce qui, chez eux, pourrait venir du Malin". Il
a souligné l’importance d’inventer "une forme de critique prophétique des
situations inacceptables dans la vie contemporaine, sans écraser moralement
les personnes".
Le président du CCEE a encore appelé à un effort pour inculturer les
vérités qui viennent de la tradition, en raison de l’évolution continuelle
des mentalités, des langages et des symboles (par exemle sur les questions
de l’immortalité et de la résurrection). Il a exprimé aussi la solidarité
des évêques avec les théologiens, "dont la tâche apparaît particulièrement
difficile et urgente dans l’Europe d’aujourd’hui". (apic/jt/bd)