Rome: clôture de la rencontre entre juifs et chrétiens (061290)
Rome, 6décembre(APIC) "Au centre de la Terre Sainte, presque comme son
coeur sacré, se trouve Jérusalem. Il s’agit d’une ville sainte pour trois
grandes religions, pour les juifs, les chrétiens et les musulmans. Même son
nom évoque la paix. Je voudrais que vous vous réunissiez chaque jour afin
de prier pour la paix, la justice, le respect des droits de l’homme et des
droits religeiux fondamentaux des trois peuples, des trois communautés de
foi qui habitent dans cette terre promise". Cette invitation à la prière a
été faite par Jean Paul II lors de la rencontre avec les participants à la
réunion entre juifs et catholiques qui vient de s’achever à Rome. Quant au
président du Comité juif international pour les relations interreligieuses,
Seymour Reich, il a demandé au pape lors d’une audience la reconnaissance
d’Israël par le Saint-Siège et fait part de sa préoccupation pour la montée
de l’antisémitisme dans les pays de l’Est.
Cette rencontre a été organisée les 5 et 6 décembre par la Commission
pontificale pour les rapports religieux avec le judaïsme à l’occasion du
25e anniversaire de la promulgation (le 28 octobre 1965) de la déclaration
"Nostra Aetate", le document du Concile vatican II sur les relations entre
l’Eglise catholique et les religions non-chrétiennes.
La délégation catholique était composée notamment de l’archevêque australien Edward Cassidy, président de la Commission pour les rapports avec
les juifs, du cardinal Roger Etchegaray, président du Conseil pontifical
"Justice et Paix", de l’ancien archevêque de Vienne, le cardinal Franz König et du président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Lehmann, évêque de Main. Le Père Clemens Thoma, directeur de l’Institut pour
la recherche judéo-chrétienne de Lucerne assistait du côté catholique à
cette réunion. La délégation juive était pour sa part formée de membres du
Comité juif international de consultation interreligieuse, dont le Suisse
Ludwig Ehrlich, de Bâle et Gerhart Riegner, co-président du Conseil directeur du Congrès Juif Mondial (CJM).
Dans son discours, le pape a souligné que la déclaration "Nostra Aetate"
n’a rien perdu de sa force. Il a en outre observé qu’"aucun dialogue entre
chrétiens et juifs ne peut pas ne pas prendre en compte la pénible et terrible expérience de la shoa". A ce propos, Jean Paul II s’est référé au document de la réunion mixte (juifs et catholiques) de septembre dernier tenue à Prague (Tchécoslovaquie), mais sans dire explicitement, ainsi qu’on
peut le lire dans le document, que l’antisémitisme est un péché contre Dieu
et l’humanité.
Le pape, qui n’a pas parlé du document officiel du Vatican sur la shoa
annoncé en 1987... ne s’est pas davantage exprimé è propos de la reconnaissance diplomatique de l’Etat d’Israël. Un point sur lequel la délégation
juive avait dit au début de cette réunion de deux jours vouloir insister.
Ce qu’elle a par ailleurs fait lors de l’audience accordée par le pape. Jean paul II a encore observé que l’Eglise catholique est "pleinement consciente du fait que les Ecritures Saintes affirment que le peuple juif est
une partie fondamentale du mystère de la Révélation et du Salut.
Intervention et souhaits de S. Reich
Beaucoup plus explicite a été le discours du président du Comité juif
international pour les relations interreligieuses, Seymour D. Reich, qui a
demandé lors d’une audience avec le pape que le Saint-Siège reconnaise
l’Etat d’Israël en renouant "des relations diplomatiques entières et formelles" avec lui. Le temps est mûr pour faire un tel pas qui, a-t-il dit,
ferait avancer la cause de la paix. Seymour Reich a également relevé les
"efforts constants" du pape pour condamner officiellement l’antisémitisme.
Le président du Comité juif pour les relations interreligieuses a dit
son espérance que les paroles du pape atteindront les dirigeants d’Europe
de l’Est qui continuent à adopter une attitude antisémite dans leurs activités politiques. Malgré des changements positifs en Europe centrale et en
Europe de l’Est depuis la chute du communisme, l’on observe des publications antisémites en Pologne, en Hongrie et en Tchécoslovaquie notamment.
Le président du Comité juif, qui a fait référence à la Pologne sans la nommer, a relevé les propos antisémites tenus par un leader politique et par
un leader religieux; il a en outre demandé au pape de soutenir les efforts
des évêques catholiques des Etats-Unis pour l’abolition de la résolution de
l’ONU de 1975 qui voit dans le sionisme "une forme de racisme".
Au cours de l’entretien, Seymour Reich a encore relevé que les juifs attendent du catéchisme universel actuellement en préparation dans l’Eglise
catholique qu’il tienne compte, en ce qui concerne le judaïsme, des perspectives d’après Vatican II, et qu’il évite "tout mépris en dénigrant le
rôle des juifs et du judaïsme dans le dessein de Dieu". Quant au dialogue
entre chrétiens et juifs, il a dit son espérance que des rencontres futures
naissent "une conscience amicale et un respect réciproque".
A propos du document officiel du Vatican sur la shoa annoncé en 1987,
Seymour Reich, a souligné que les juifs l’attendent toujours. "Ce document,
a-t-il dit, "est vraiment nécessaire pour éduquer et sensibiliser la famille humaine au danger encore présent de l’antisémitisme..." Il a encore exprimé le souhait que le vatican ouvre ses archives "pour une meilleure compréhension de la période la plus noire de l’histoire juive".
(apic/jt/kna/pr)