Rome: béatification de Mgr Escriva de Balaguer, fondateur de l’Opus Dei
Rome, 27avril(APIC) Il y a de nombreuses "anomalies" dans le procès en
béatification du fondateur de l’Opus Dei, Mgr Escriva de Balaguer, affirme
le journaliste américain Kenneth L. Woodward. "Je ne connais aucun historien compétent qui affirmerait qu’une biographie soignée d’un personnage
complexe comme José Maria Escriva de Balaguer puisse être faite seulement
quinze ans après sa mort", a déclaré lundi à Rome le journaliste de l’hebdomadaire "Newsweek". Il est l’auteur d’un livre sur la procédure que suit
l’Eglise catholique pour déterminer qui devient saint, intitulé "Making
Saints. How The Catholic Church Determines Who Becomes A Saint, Who Doesn’t
And Why".
"Il y a 29 ans que John F. Kennedy est mort et c’est seulement récemment
que nous avons appris des nouvelles importantes concernant ses qualités morales et que nous avons commencé à le situer dans un contexte historique
encore incertain", a expliqué K.L. Woodward au cours d’une conférence de
presse entièrement consacrée à la béatification de José Maria Escriva de
Balaguer, le 17 mai prochain. Woodward a indiqué, comme il l’avait déjà
fait dans Newsweek (13 janvier 1992), les "anomalies" dans le procès de
béatification, "comme par exemple la hâte adoptée et la priorité absolue
qui a été donnée à la cause de Mgr Escriva."
A propos du grand nombre de lettres postulatoires (6000), le journaliste
a indiqué que plus d’un tiers des évêques du monde entier ont envoyé une
lettre en faveur de la cause de Mgr Escriva. Ces lettres ont notamment été
obtenues lors de visites et de voyages.
K.L. Woodward, qui a pu lire la "positio", c’est-à-dire la documentation
de presque 6’000 pages, signale que seuls 128 des 1300 évêques (dont 69
cardinaux) qui ont écrit ont connu personnellement Mgr Escriva de Balaguer.
Il se demande donc comment les autres évêques ont pu affirmer avoir connu
Mgr Escriva. Woodward observe que de nombreux évêques, surtout dans les
pays du tiers-monde, subissent les pressions d’organisations comme l’Opus
Dei dont ils dépendent pour de l’aide financière et en particulier pour la
possibilité d’envoyer leurs séminaristes étudier à Rome.
"Il y a une grande peur de l’Opus Dei parmi les évêques à cause de son
pouvoir extraordinaire au sein du Vatican sous le pape actuel, ce qui contraste avec la situation sous Paul VI", a-t-il déclaré.
A propos de la "positio", Woodward note qu’il y a de graves lacunes. Il
indique que la documentation historique est très limitée, qu’il n’y a pas
d’opinions contraires, exceptée celle du sociologue espagnol Alberto Moncada. A son avis, la documentation accorde une place exagérée aux deux témoignages d’Alvaro del Portillo, actuel prélat de l’Opus Dei, et de Javier
Echevarria Rodriguez, vicaire général de la prélature. Ces deux témoignages
occupent 839 des 2’101 pages de récit. Selon Woodward, on n’aurait pas
communiqué au pape que l’espagnol Justo Fernandez Alonso, un des deux consulteurs qui avaient voté pour la suspension de la cause de Mgr Escriva,
avait exprimé une opinion négative. A ce propos, le journaliste, qui luimême est catholique, a dit avoir l’impression "que le pape laisse largement
l’administration du Saint-Siège dans les mains des chefs de départements
qu’il a nommés".
L’Opus Dei a déjà réagi par le passé aux critiques en niant les arguments apportés par le journaliste américain. (apic/jt/mp)