Jean Paul II renouvelle son appel à la "Nouvelle évangélisation"
Rome, 30janvier(APIC/CIP) "Des situations nouvelles, dans l’Eglise comme
dans le monde, dans les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles, exigent aujourd’hui, de façon toute particulière, l’action des
fidèles laïcs. S’il a toujours été inadmissible de s’en désintéresser,
présentement c’est plus répréhensible que jamais. Il n’est permis à personne de rester à ne rien faire" : c’est l’appel qu’adresse Jean Paul II dans
l’exhortation apostolique sur le Synode de 1987 ("La vocation et la mission
des laïcs dans l’Eglise et dans le monde 20 ans après Vatican II"), dont le
texte a été publié lundi 30 janvier à Rome.
Intitulé "Christifideles laici", le document "ne se situe pas en marge
du Synode", souligne le pape, mais "en constitue l’expression à la fois
cohérente et fidèle". Il fait en effet ressortir toute la réflexion à laquelle a donné lieu l’assemblée, des documents préparatoires à la session
elle-même, y compris les interventions des laïcs présents. Il est donc, dit
le pape, le fruit d’un travail collégial, dont la dernière étape a été la
rédaction d’un exposé à laquelle ont contribué le Conseil du secrétariat du
Synode et le secrétariat lui-même. Le texte, qui est le plus long des
quatre exhortations postsynodales de Jean Paul II (200 pages dans l’édition
de la Typographie Vaticane), constitue ainsi une sorte de "vademecum" pour
l’Eglise, et particulièrement pour le laïcat. Il comporte une introduction,
cinq chapitres et un bref épilogue (appel et prière mariale).
De la théorie (Vatican II) à la pratique
C’est autour de la parabole évangélique de la vigne (Mt 20, 1-2) que le
pape a construit son exhortation. Les images bibliques de la vigne (le
monde entier, qui doit être transformé en vue de l’avénement définitif du
Royaume de Dieu) et de ses ouvriers (l’immense foule de ceux que le
seigneur envoie y travailler) relient toutes les parties du document et
constituent un motif unitaire qui lui confère sa cohésion doctrinale et son
unité de style.
L’introduction rappelle que la préoccupation des évêques présents au
Synode a été de "tracer des routes précises afin que la splendide ’théorie’
sur le laïcat, formulée par le Concile, puisse devenir une authentique
’pratique’ ecclésiale", en fonction également de problèmes qui s’imposent
par leur nouveauté et que le pape qualifie de "postconciliaires". Parmi ces
problèmes, le pape en mentionne particulièrement trois : les ministères et
services ecclésiaux déjà confiés à des laïcs ou qui le seront demain, l’apparition de nouveaux "mouvements" à côté d’autres formes d’associations de
laïcs, et le rôle de la femme dans l’Eglise et dans la société.
Consacré aux fondements théologiques de la dignité des laïcs, le premier
chapitre renvoie à la "vision nettement positive" du laïc donnée par Vatican II : le baptême, qui est une nouvelle naissance, l’incorpore au Christ
et à l’Eglise et le rend participant de la triple fonction du Christ: sacerdotale (union au sacrifice de la Croix), prophétique (annonce de l’Evangile) et royale (service du Royaume de Dieu et sa diffusion dans l’histoire). Le laïc est donc coresponsable de la mission de l’Eglise avec tous les
ministres ordonnés et les religieux, et si ces derniers participent à la
dimension séculière de l’Eglise, celle-ci lui est propre : c’est le "monde"
(les réalités temporelles) qui est "le milieu et le moyen de la vocation
chrétienne des fidèles laïcs".
C’est encore à la lumière de l’Eglise comme communion que le pape, dans
le deuxième chapitre, montre la corrélation entre les divers ministères,
services et charismes, leur diversité et leur complémentarité, qu’il considère dans les divers lieux de l’Eglise universelle, notamment le diocèse
et la paroisse. Il y reconnaît et encourage les formes collectives et personnelles de participation, mais insiste aussi sur le service des pasteurs,
dont le discernement et l’autorité doivent préserver la communion.
Dans le troisième chapitre, consacré à la participation des laïcs à la
mission de l’Eglise, le pape renouvelle son appel à une "nouvelle évangélisation". "Assurément, écrit-il, il est urgent partout de refaire le tissu
chrétien de la société humaine. Mais la condition est que se refasse le
tissu chrétien des communautés ecclésiales elles-mêmes..." Après avoir rappelé que l’Eglise ne peut pas non plus esquiver sa mission permanente d’annoncer l’Evangile à ceux qui ne connaissent pas encore le Christ, Jean Paul
II rappelle avec Vatican II que l’homme est "la première route fondamentale
de l’Eglise".
Jean Paul II insiste à ce propos sur le devoir de promouvoir la dignité
inviolable de toute personne humaine (ce qui inclut le respect du droit inviolable à la vie et du droit à la liberté religieuse). Il élargit son propos à l’engagement social en soulignant les divers champs de participation
des laïcs à la mission de l’Eglise que sont le couple et la famille, "premier espace de leur engagement social", la charité, la participation à la
politique - à laquelle ils "ne peuvent absolument pas renoncer" -, la vie
économico-sociale et l’évangélisation de la culture et des cultures.
Le quatrième chapitre distingue les divers sujets de la mission que sont
les jeunes, les enfants, les personnes âgées, les femmes et les hommes, les
malades et ceux qui souffrent, dans de multiples états de vie et formes de
vocation.
Jean Paul II souligne enfin, dans le cinquième chapitre, la nécessité
d’une formation intégrale et permanente des laïcs, afin qu’ils ne soient
pas "des sarments secs", que l’on ramasse pour les jeter au feu (Jn 15,6) :
formation spirituelle et doctrinale, d’ou découle "l’absolue nécessité
d’une action systématique de catéchèse (...) et d’une promotion chrétienne
plus résolue de la culture". Jean Paul II souligne que cette oeuvre éducative est avant tout le fait de l’Eglise universelle, ou jouent leur rôle le
pape, "premier formateur des fidèles laïcs", l’évêque, la paroisse et, à
l’intérieur de celle-ci, les petites communautés ecclésiales, mais aussi la
famille, les écoles et universités catholiques, les groupes, associations
et mouvements... (apic/cip/bd)