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    Concertation internationale pour 500 supérieurs religieux des 5 continents

    Rome: A un an du Synode des évêques sur la vie consacrée (081293)

    Rome, 8décembre(APIC) En prévision du prochain Synode des évêques qui

    portera, en 1994, sur "La vie consacrée et sa mission dans l’Eglise et dans

    le monde", un Congrès international a rassemblé à Rome fin novembre plus de

    500 religieux et religieuses. Ils ont fait le point sur l’évolution de la

    vie religieuse et dégagé quelques défis sous l’angle de la mission, de la

    communion et de l’identité même de la vie consacrée. Regard, sur ce rendezvous que l’APIC avait signalé et commenté.

    Ce Congrès était organisé par l’Union des Supérieurs généraux, qui représente 245 Instituts religieux masculins rassemblant 145’000 membres.

    Cette concertation s’adressait donc d’abord aux hommes. Une cinquantaine de

    femmes étaient toutefois associées aux travaux, en qualité de déléguées des

    Congrégations féminines regroupées au sein de l’Union internationale des

    Supérieures majeures, qui compte quelque 800’000 membres.

    Conférences, tables rondes, carrefours sur des sujets spécifiques composaient le menu des cinq journées passées à Rome. Le programme chargé avait

    cependant l’avantage d’offrir aux participants une variété de points de

    vue, où les intervenants ont généralement mis en valeur des points forts de

    la vie religieuse en s’appuyant sur l’expérience vécue ou en les faisant

    ressortir à partir d’enquêtes systématiques.

    Ainsi, aux Etats-Unis, où le nombre des religieux et religieuses a diminué de 40% en 30 ans pour tomber à quelque 120’000 aujourd’hui, une étude

    récente montre que bon nombre des personnes engagées dans la vie consacrée,

    et notamment les jeunes, n’ont pas une perception très claire de leur rôle

    ou de leur vocation. Or, constatent le Père David J. Nygren, lazariste, et

    Soeur Miriam D. Ukeritis sur la base d’une enquête minutieuse, les Instituts religieux qui ont gardé du ressort aux Etats-Unis sont ceux qui ont

    suivi deux dynamiques fondamentales: ils sont restés fidèles au but de leur

    fondation et, plus encore, ils ont su "inventer" des réponses à des besoins

    nouveaux et urgents, souvent révélés par l’apparition de nouvelles formes

    de pauvreté et d’exclusion sociale. A ces conditions de vitalité et de renouveau s’ajoute un troisième atout: la présence de leaders remarquables

    aux postes à responsabilités.

    Offrir un Témoignage crédible

    Une enquête espagnole, présentée par le Père jésuite J. Lopez Garcia et

    M. Begona de Isusi, rejoint en partie les observations américaines. Elle

    relève la nécessité de consolider le projet de vie personnel de chaque religieux, l’importance de la formation, la fécondité d’une vie communautaire

    réellement fraternelle, mais aussi le besoin d’une direction claire. Le renouveau de la vie religieuse appelle certes une pastorale des vocations,

    mais il passe aussi par le témoignage crédible des personnes consacrées et

    implique que la vie religieuse "sorte d’une situation fréquente chez elle:

    passer inaperçue pour ce qu’elle est", parce qu’elle offre avec trop peu de

    clarté "sa vie prophétique et son projet évangélisateur".

    Au-delà des deux enquêtes majeures qui leur ont été présentées, les participants ont entendu d’un continent à l’autre, plusieurs interventions

    suggestives sur la mission propre des religieux.

    L’Afrique a besoin de religieux vraiment africains

    Le Père scheutiste L. Kasanda (Zaïre) épingle, par exemple, sept défis

    pour l’Afrique. Il s’agit d’abord, dit-il, de ne pas réduire la vie religieuse à l’engagement missionnaire ni à l’engagement pastoral. Selon lui,

    il est indispensable que les religieux ne forment pas une catégorie sociale

    privilégiée. Plus positivement, l’Afrique a besoin de religieux vraiment

    africains, témoignant par leur vie de leur foi et de leur espérance dans

    la présence du Dieu vivant, optant pour le peuple dans leurs engagements et

    leurs priorités, en se souciant de la promotion intégrale des hommes.

    Pour l’Asie, terre de plusieurs grandes religions, le Père jésuite Paul

    Tan Chee Ing insiste naturellement sur le dialogue interreligieux. Les religieux ont un rôle particulier à jouer dans le dialogue avec les moines et

    personnes consacrées dans les autres religions, de même qu’avec les grandes

    traditions culturelles asiatiques. D’autre part, dans un continent où "la

    corruption sévit partout", la vie de pauvreté assumée par les religieux et

    leur engagement pour défendre les opprimés sont fondamentaux pour un authentique témoignage évangélique.

    Le défi? Susciter d’autres formes de communautés

    En Amérique latine, la vie religieuse suscite depuis une vingtaine d’années de nombreux efforts conjoints de réflexion pour en repenser les formes

    concrètes et les implantations au sein du peuple. Les religieux se sont

    montrés particulièrement sensibles à l’option préférentielle pour les pauvres. Leurs recherches en commun et leurs débats ont aussi fait apparaître

    des tensions entre courant différents. Le Père Juan E. Vecchi retient néanmoins des approfondissements de ces dernières années une forte insistance

    sur la "radicalité" de la vie vécue par les religieux, seule capable de

    "produire un impact évangélique". "Loin de nier la valeur des modèles de

    vie consacrée qui existent aujourd’hui, ajoute-t-il, le défi est de susciter d’autres formes de communautés, d’actions et de structures plus missionnaires, parce que proches de la mentalité et mieux insérées dans les

    conditions de vie de la majorité du peuple latino-américain".

    Quant à l’Europe, le Père dominicain Timothy Radoliffe suggère aux religieux d’y favoriser un style de vie résolument alternatif par rapport à

    quatre traits inquiétants de la culture qui se développe sur le continent.

    Devant la "jungle compétitive de la consommation", n’ont-ils pas à révéler

    tout "un monde de dons"? Face au monde de violence, ne sont-ils pas appelés

    à réagir par la non-violence et une option pour la vulnérabilité? A une société qui doute de la vérité et emmure parfois ses angoisses dans le silence, les religieux ne peuvent-ils pas réapprendre le dialogue, le départ,

    l’échange vrai dans la parole? Face à l’ombre du destin et de la fatalité

    qui plane si souvent sur la culture ambiante, les religieux ne peuvent-ils

    pas faire surgir par leurs engagements concrets la liberté et l’espérance?

    Communion et identité

    Les dernières journées du Congrès ont rassemblé des interventions plus

    classiques sur la vie religieuse. On y a notamment envisagé sous différents

    angles la "communion" que les religieux ont à vivre dans l’Eglise et avec

    l’Eglise: tant au sein de leur communauté fraternelle que dans leurs engagements et donc dans leurs rapports avec les autres communautés chrétiennes

    et leurs responsables, à commencer par les évêques.

    Les participants se sont ensuite interrogés sur "l’identité" même de la

    vie religieuse. Ils ont pu comparer à cet égard les points de vue spécifiques des personnes engagées dans la vie apostolique, la vie contemplative

    ou monastique, la vie consacrée au sein d’un Institut séculier, ou encore

    la vie laïque. le regard d’un historien a aussi aidé à mieux percevoir la

    spécificité native de la vie religieuse.

    L’approfondissement du charisme original de la vie religieuse, demandé à

    tous les Instituts de vie consacrée depuis le Concile Vatican II reste une

    préoccupation centrale chez les supérieurs de Congrégations. Plusieurs

    d’entre eux insistent cependant pour que la vie religieuse se raconte davantage, redécouvre le récit de ses origines et poursuive aujourd’hui le

    récit de son expérience vécue. En se racontant, la vie religieuse veille au

    tranchant de la vie évangélique tout en offrant au dehors un profil reconnaissable, sans lequel elle perdrait tout son attrait.

    Le déclin numérique évident de la vie religieuse n’a pas poussé ses responsables à la nostalgie. Au terme du Congrès, ils n’ont pas craint de

    rappeler que la vie religieuse, malgré son ancienneté, sera toujours un

    style de vie assumé par un groupe minoritaire. Un supérieur bénédictin relevait du reste: "Les religieux ne sont pas ceux qui se retirent du mouvement chrétien; ce sont ceux qui sont axés sur son inspiration centrale". Et

    c’est justement par ce souci de l’inspiration centrale, ont souligné divers

    intervenants, que les religieux peuvent aujourd’hui apporter à l’Eglise le

    contraste bénéfique d’un accent prophétique et offrir à la société une alternative stimulante par rapport à son échelle de valeurs. (apic/cip/pr)

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