Plaidoyer pour le respect des conditions de vie "naturelles"
Rome, 15octobre(APIC/CIP) Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence et président de la conférence épiscopale allemande, a présenté par un exposé un
rapport sur l’enseignement traditionnel de l’Eglise sur la naissance et la
mort, devant les participants du 7e Symposium des évêques européens à Rome
ce week-end.
Mgr Lehmann a d’abord souligné que l’enfant paraît pour la première fois
lorsque se forme l’attitude fondamentale préparatoire à sa venue : c’est le
planning familial, qui a "littéralement pris d’assaut les pays
industrialisés". "Les démographes, a-t-il déclaré, parlent du siècle de la
contraception, ou de la révolution contraceptive. La raison planificatrice
fixe dans le temps la venue de l’enfant. Sa venue est mise au pas des
désirs parentaux. Le médecin devient l’exécuteur des désirs d’enfantement.
La fécondation in vitro est définie par le désir absolu d’avoir un enfant.
Le doute demeure sur l’existence suffisante de droits propres de l’enfant
venu au monde dans de pareilles conditions".
L’évêque allemand a encore observé que "si c’est l’aspect ’enfant voulu
à tout prix’ qui domine, la conception se transforme en fabrication". Il en
découle une conséquence qui peut être "tout à fait diabolique" : "On peut,
avec la même attitude que celle qui prévaut à la ’fabrication’, se
’débarasser’ du produit". Et "plus nous pouvons "fabriquer", plus nos
ambitions augmentent, ce qui provoque une sorte de double révolution
vis-à-vis de notre propre réalité".
"Lorsque nous ressentons que notre vie fait naufrage, a encore relevé
Mgr Lehmann, nous nous soulevons contre elle - ultime révolte-, exerçant
parfois une dernière forme de domination, lorsque nous nous rendons en nous
détruisant nous-mêmes. Dans ce cas, nous voulons de gré ou de force, coûte
que coûte, imposer notre volonté."
La créature peut certes se renfermer sur elle-même et nier sa pauvreté
de créature. Pour Mgr Lehmann, c’est précisément "dans le refus de
l’acceptation de la pauvreté de créature que réside l’origine de quelque
chose comme le péché : soulèvement contre sa propre existence et contre le
Seigneur de la vie". Notre époque, "qui ne connaît pratiquement que sa
propre créativité, apparemment sans limite", ne doit pas oublier ses
fondements : "Elle a un besoin vital de la terre et du maintien de
conditions de vie ’naturelles’". Le conférencier a expliqué que la création
est "une unité nature-culture, entretenue et transmise en toute
responsabilité devant l’histoire".
L’évêque allemand a appliqué cette structure de base aux relations entre
"le personnel obstétricien et la parturiente, le médecin et le malade, la
personne âgée", pour avertir que celui qui pose ses possibilités techniques
et scientifiques en valeurs absolues court le risque de dégrader l’autre au
rang d’objet.
En terminant son exposé, Mgr Lehmann a encore parlé de la douleur,
"qu’on ne peut complétement baillonner sans enlever à la vie cette
nécessaire anxiété intérieure et ce qui l’aiguilonne". Il a pousuivi :
"L’anesthésie de la vie est un ennemi fondamental de la société humaine.
Non seulement, elle nous rend incpable de supporter nos souffrances
propres, mais encore elle nous rend incapables de percevoir et de partager
les souffrances d’autrui."
La pratique liturgique de l’Eglise à propos de la naissance
L’abbé Paul de Clerck, directeur de l’Institut Supérieur de liturgie de
Paris et professeur au Centre d’Etudes théologiques et pastorales à Bruxelles, a présenté, pour sa part, un rapport sur la pratique liturgique de
l’Eglise à propos de la naissance.
Le prêtre belge est parti du constat de la médicalisation croissante de
la naissance. Les progrès de la biologie ont opéré, a-t-il souligné, une
véritable révolution dans la connaissance des processus de la reproduction;
ils ont rendu possible des comportements différents (régulation des
naissances, contraception) qui, même chez les personnes qui n’y recourent
pas, "ont modifié considérablement la compréhension de la sexualité, en
introduisant notamment l’idée d’une dissociation entre sexualité et
procréation".
Pour Paul de Clerck, quatre traits peuvent caractériser la situation
actuelle : la venue d’un enfant est de plus en plus le fait d’une décision;
la nouveauté médicale majeure réside dans l’accompagnement de la grossesse
(échographie, chirurgie anté-natale); l’accouchement a lieu le plus souvent
en milieu hospitalier (et donc sûr); enfin la restructuration de la famille
après la naissance se fait d’autant plus difficilement que la famille est
étroite et que ses membres adultes travaillent.
Ces nouveautés concernant la naissance, jointes à l’évolution
socio-culturelle, rejaillissent sur les mentalités religieuses. Le
conférencier en a dégagé trois conséquences. La première est que "la
naissance et la vie humaine apparaissent de moins en moins comme un destin
subi", que "l’homme a de plus en plus conscience d’avoir un certain
’pouvoir’ sur les processus de la vie". Ensuite, le sentiment dominant lors
de la naissance reste "l’émerveillement" devant la nouvelle vie qui surgit,
et il s’accompagne le plus souvent, a observé Paul de Clerck, d’un
sentiment de la transcendance. Enfin, a-t-il relevé, "la naissance d’un
nouvel être exige de le reconnaître comme tel, dans son ’altérité’
radicale. Cette expérience est d’autant plus difficile à faire que l’on a
longtemps rêvé à cet enfant, en projetant sur lui de nombreux désirs".
Suggérant à l’Eglise quelques voies à suivre suite à cette évolution des
mentalités concernant la naissance et la vie, Paul de Clerck a d’abord
plaidé pour un approfondissement théologique. Il s’agit de mieux mettre en
relief que le Dieu des chrétiens est le "Créateur du ciel et de la terre",
que toute vie, a fortiori toute vie humaine, est un don précieux de Dieu.
"Affirmer que Dieu est créateur, a précisé le conférencier, c’est dire
qu’il entretient une relation fondamentale avec tous les être humains, même
ceux qui ne connaissent pas le Christ". Cette perspective permet de poser
avec plus de sérénité la question du salut des non-baptisés, comme celle
des religions non-chrétiennes. Corrélativement, la doctrine du "péché
originel" devrait être mieux précisée; elle veut être une explication
religieuse du mal dans le monde, sans nullement prétendre que les enfants
qui naissent en seraient personnellement coupables.
Au plan pastoral, Paul de Clerck souhaite que l’Eglise accorde plus
d’importance au langage non-verbal, aux symboles et au "rite". La
célébration du baptême pourrait en être considérablement enrichie,
notamment par la remise en honneur de l’immersion de l’enfant. Des
chrétiens - ou mieux encore des chrétiennes - devraient offrir aux femmes
enceintes un accompagnement qui soit aussi spirituel et chrétien. Enfin,
les valeurs positives du baptême d’un petit enfant devraient être davantage
mises en relief, a-t-il souligné.
"Ces perspectives, a conclu Paul de Clerck, exigent bien sûr des
révisions institutionnelles, et notamment la disponibilité et la formation
d’un plus grand nombre de personnes, laïcs proches des jeunes parents,
capables de faire découvrir à leurs contemporains, à l’occasion de la
naissance d’un enfant, l’étonnante richesse de la Bonne Nouvelle de la vie
donnée par Dieu en Jésus-Christ". (apic/jt/bd)