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    Rome : 7e Symposium des évêques européens (151089)

    Plaidoyer pour le respect des conditions de vie "naturelles"

    Rome, 15octobre(APIC/CIP) Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence et président de la conférence épiscopale allemande, a présenté par un exposé un

    rapport sur l’enseignement traditionnel de l’Eglise sur la naissance et la

    mort, devant les participants du 7e Symposium des évêques européens à Rome

    ce week-end.

    Mgr Lehmann a d’abord souligné que l’enfant paraît pour la première fois

    lorsque se forme l’attitude fondamentale préparatoire à sa venue : c’est le

    planning familial, qui a "littéralement pris d’assaut les pays

    industrialisés". "Les démographes, a-t-il déclaré, parlent du siècle de la

    contraception, ou de la révolution contraceptive. La raison planificatrice

    fixe dans le temps la venue de l’enfant. Sa venue est mise au pas des

    désirs parentaux. Le médecin devient l’exécuteur des désirs d’enfantement.

    La fécondation in vitro est définie par le désir absolu d’avoir un enfant.

    Le doute demeure sur l’existence suffisante de droits propres de l’enfant

    venu au monde dans de pareilles conditions".

    L’évêque allemand a encore observé que "si c’est l’aspect ’enfant voulu

    à tout prix’ qui domine, la conception se transforme en fabrication". Il en

    découle une conséquence qui peut être "tout à fait diabolique" : "On peut,

    avec la même attitude que celle qui prévaut à la ’fabrication’, se

    ’débarasser’ du produit". Et "plus nous pouvons "fabriquer", plus nos

    ambitions augmentent, ce qui provoque une sorte de double révolution

    vis-à-vis de notre propre réalité".

    "Lorsque nous ressentons que notre vie fait naufrage, a encore relevé

    Mgr Lehmann, nous nous soulevons contre elle - ultime révolte-, exerçant

    parfois une dernière forme de domination, lorsque nous nous rendons en nous

    détruisant nous-mêmes. Dans ce cas, nous voulons de gré ou de force, coûte

    que coûte, imposer notre volonté."

    La créature peut certes se renfermer sur elle-même et nier sa pauvreté

    de créature. Pour Mgr Lehmann, c’est précisément "dans le refus de

    l’acceptation de la pauvreté de créature que réside l’origine de quelque

    chose comme le péché : soulèvement contre sa propre existence et contre le

    Seigneur de la vie". Notre époque, "qui ne connaît pratiquement que sa

    propre créativité, apparemment sans limite", ne doit pas oublier ses

    fondements : "Elle a un besoin vital de la terre et du maintien de

    conditions de vie ’naturelles’". Le conférencier a expliqué que la création

    est "une unité nature-culture, entretenue et transmise en toute

    responsabilité devant l’histoire".

    L’évêque allemand a appliqué cette structure de base aux relations entre

    "le personnel obstétricien et la parturiente, le médecin et le malade, la

    personne âgée", pour avertir que celui qui pose ses possibilités techniques

    et scientifiques en valeurs absolues court le risque de dégrader l’autre au

    rang d’objet.

    En terminant son exposé, Mgr Lehmann a encore parlé de la douleur,

    "qu’on ne peut complétement baillonner sans enlever à la vie cette

    nécessaire anxiété intérieure et ce qui l’aiguilonne". Il a pousuivi :

    "L’anesthésie de la vie est un ennemi fondamental de la société humaine.

    Non seulement, elle nous rend incpable de supporter nos souffrances

    propres, mais encore elle nous rend incapables de percevoir et de partager

    les souffrances d’autrui."

    La pratique liturgique de l’Eglise à propos de la naissance

    L’abbé Paul de Clerck, directeur de l’Institut Supérieur de liturgie de

    Paris et professeur au Centre d’Etudes théologiques et pastorales à Bruxelles, a présenté, pour sa part, un rapport sur la pratique liturgique de

    l’Eglise à propos de la naissance.

    Le prêtre belge est parti du constat de la médicalisation croissante de

    la naissance. Les progrès de la biologie ont opéré, a-t-il souligné, une

    véritable révolution dans la connaissance des processus de la reproduction;

    ils ont rendu possible des comportements différents (régulation des

    naissances, contraception) qui, même chez les personnes qui n’y recourent

    pas, "ont modifié considérablement la compréhension de la sexualité, en

    introduisant notamment l’idée d’une dissociation entre sexualité et

    procréation".

    Pour Paul de Clerck, quatre traits peuvent caractériser la situation

    actuelle : la venue d’un enfant est de plus en plus le fait d’une décision;

    la nouveauté médicale majeure réside dans l’accompagnement de la grossesse

    (échographie, chirurgie anté-natale); l’accouchement a lieu le plus souvent

    en milieu hospitalier (et donc sûr); enfin la restructuration de la famille

    après la naissance se fait d’autant plus difficilement que la famille est

    étroite et que ses membres adultes travaillent.

    Ces nouveautés concernant la naissance, jointes à l’évolution

    socio-culturelle, rejaillissent sur les mentalités religieuses. Le

    conférencier en a dégagé trois conséquences. La première est que "la

    naissance et la vie humaine apparaissent de moins en moins comme un destin

    subi", que "l’homme a de plus en plus conscience d’avoir un certain

    ’pouvoir’ sur les processus de la vie". Ensuite, le sentiment dominant lors

    de la naissance reste "l’émerveillement" devant la nouvelle vie qui surgit,

    et il s’accompagne le plus souvent, a observé Paul de Clerck, d’un

    sentiment de la transcendance. Enfin, a-t-il relevé, "la naissance d’un

    nouvel être exige de le reconnaître comme tel, dans son ’altérité’

    radicale. Cette expérience est d’autant plus difficile à faire que l’on a

    longtemps rêvé à cet enfant, en projetant sur lui de nombreux désirs".

    Suggérant à l’Eglise quelques voies à suivre suite à cette évolution des

    mentalités concernant la naissance et la vie, Paul de Clerck a d’abord

    plaidé pour un approfondissement théologique. Il s’agit de mieux mettre en

    relief que le Dieu des chrétiens est le "Créateur du ciel et de la terre",

    que toute vie, a fortiori toute vie humaine, est un don précieux de Dieu.

    "Affirmer que Dieu est créateur, a précisé le conférencier, c’est dire

    qu’il entretient une relation fondamentale avec tous les être humains, même

    ceux qui ne connaissent pas le Christ". Cette perspective permet de poser

    avec plus de sérénité la question du salut des non-baptisés, comme celle

    des religions non-chrétiennes. Corrélativement, la doctrine du "péché

    originel" devrait être mieux précisée; elle veut être une explication

    religieuse du mal dans le monde, sans nullement prétendre que les enfants

    qui naissent en seraient personnellement coupables.

    Au plan pastoral, Paul de Clerck souhaite que l’Eglise accorde plus

    d’importance au langage non-verbal, aux symboles et au "rite". La

    célébration du baptême pourrait en être considérablement enrichie,

    notamment par la remise en honneur de l’immersion de l’enfant. Des

    chrétiens - ou mieux encore des chrétiennes - devraient offrir aux femmes

    enceintes un accompagnement qui soit aussi spirituel et chrétien. Enfin,

    les valeurs positives du baptême d’un petit enfant devraient être davantage

    mises en relief, a-t-il souligné.

    "Ces perspectives, a conclu Paul de Clerck, exigent bien sûr des

    révisions institutionnelles, et notamment la disponibilité et la formation

    d’un plus grand nombre de personnes, laïcs proches des jeunes parents,

    capables de faire découvrir à leurs contemporains, à l’occasion de la

    naissance d’un enfant, l’étonnante richesse de la Bonne Nouvelle de la vie

    donnée par Dieu en Jésus-Christ". (apic/jt/bd)

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