die de toutes les tragédies humaines de notre temps", a dit Jean Paul II à
propos des réfugiés. Une plaie "qui n’a cessé de s’élargir au flanc de
l’humanité et d’infecter les pays les plus pauvres", s’alarment aujourd’hui
deux Conseils pontificaux confrontés quotidiennement à cette problématique.
Ils le font dans un document d’une vingtaine de pages intitulés "Les réfugiés, un défi pour notre temps", présenté vendredi à Rome. Un document que
signent les présidents de ces dicastères, le cardinal Roger Etchegaray (Cor
Unum) et Mgr Giovanni Cheli (Pastorale des migrants et des personnes en déplacement).
Aujourd’hui, le nombre déjà élevé (17 millions) de réfugiés qui entrent
dans la définition étroite donnée par le droit international est doublé par
le nombre de "déplacés". A l’intérieur de leur propre pays et donc juridiquement non protégés. S’ajoutent encore, et ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui fuient une "pauvreté extrême et quasi oppressive". Or, relève le document, "s’il faut distinguer un réfugié et un migrant, cette
distinction est parfois difficile à faire et certaines interprétations arbitraires du statut de réfugié favorisent des politiques restrictives peu
conformes au respect de l’homme".
Si le drame de l’exil fait partie de la mémoire des peuples, il n’a cessé de s’accroître, au point que notre siècle a été qualifié de "siècle des
réfugiés". Beaucoup, et c’est le cas pour plusieurs camps de Palestiniens,
vivent cette expérience douloureuse depuis des années, et même depuis des
générations. Le document évoque aussi des cas d’exode particulièrement dramatique, comme ceux des "boat-people" ou ceux d’ethnies persécutées.
Réfugiés "de facto"
En matière de statut des réfugiés, le droit international repose sur
deux documents des Nations Unies, la Convention de 1951 et le Protocole de
1967, qui prennent en compte des personnes qui sont l’objet de persécution
à cause de leur race, de leur religion, de leur appartenance à un groupe
social ou à une option politique. A côté de ces réfugiés légalement reconnus, il y a pourtant ceux qu’on peut appeler les "réfugiés de facto", pour
des raisons humaintaires, étant donné la nature involontaire de leur migration: les victimes de conflits armés, de politiques économiques erronées ou
de désastres naturels. Les Etats qui ont adhéré à la Convention de l’ONU
avaient du reste exprimé l’espoir que celle-ci ait une "valeur d’exemple,
au-delà de sa portée contractuelle", et l’ONU a invité à plusieurs reprises
son Haut Commissariat aux réfugiés à s’occuper de ces "réfugiés de facto".
Quant aux soi-disant "réfugiés économiques", les Conseils pontificaux
estiment que "la justice et l’équité" requièrent que des "distinctions appropriées" soient apportées: "ceux qui fuient des conditions économiques
qui menacent leur vie ou leur intégrité physique doivent être traités différemment de ceux qui émigrent simplement pour améliorer leur situation".
Il y a aussi les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays
au gré des révolutions et contre-révolutions. Pour des raisons humanitaires, celles-ci "devraient être considérées comme des réfugiés au même titre
que ceux qui sont reconnus tels par la Convention car elles sont victimes
du même type de violence", précise le document.
Une convergence préoccupante
A côté de nouvelles opportunités de progrès, qu’illustrent par exemple
les récents changements politiques en Europe centrale et orientale, le
document romain constate une tendance à réduire la protection due aux
réfugiés. C’est le cas quand certains Etats "déterminent arbitrairement les
critères d’application des obligations internationales, se laissent guider
par leur idéologie ou par leurs intérêts particuliers".
Par ailleurs, dans des pays jusqu’ici accueillants "se vérifie une convergence préoccupante de choix politiques tendant à réduire le nombre d’entrées et à décourager de nouvelles demandes d’asile. Si les périodes de récession économique peuvent rendre compréhensible l’imposition de certaines
limites concernant l’accueil, on ne peut cependant jamais nier le respect
du droit fondamental à l’asile des personnes dont la vie dans leur patrie
est sérieusement menacée", affirme le document.
Les Conseils pontificaux s’inquiètent aussi "de constater la réduction
des ressources destinées à la solution du problème des réfugiés et
l’affaiblissement du soutien politique aux structures créées expressément
pour ce service humanitaire".
Favoriser une mentalité d’accueil
Si les premières initiatives internationales s’inscrivaient dans un contexte plutôt limité et s’arrêtaient sur des conditions individuelles de
l’exil, la situation présente exige que l’on revoie des accords internationaux et qu’on les étende à de nouvelle catégories, plaide le Saint-Siège.
Le document observe que si le débat sur les causes de l’instabilité politique s’est concentré sur la pauvreté, une restructuration des rapports économiques ne suffira pas à elle seule à surmonter les divergences politiques, les conflits ethniques et d’autres types de rivalité: "Il y aura des
réfugiés victimes d’abus de pouvoir tant que les relations entre les personnes et entre les nations ne s’appuient pas sur une vraie capacité à
s’accepter de plus en plus dans la diversité et l’enrichissement réciproque".
Le document met ici en évidence les aspects politiques et culturel de la
question. Après avoir souligné le droit des réfugiés d’appartenir à leur
propre communauté, il souligne que "le progrès dans la capacité de convivence à l’intérieur de la famille humaine toute entière est intimement lié
à la croissance d’une mentalité d’accueil". Rappelant que "toutes personnes
en danger, qui se présente aux frontières, a droit à la protection", il appelle à "un effort renouvelé en vue d’élaborer des normes d’asile territorial internationalement acceptables".
Plus qu’une concession
C’est cette "mentalité d’accueil" qui permettra une protection plus complète des réfugiés. Celle-ci n’est pas une simple concession: le réfugié
n’est pas un objet d’assistance, mais un sujet de droit et de devoirs, et
"chaque pays a la responsabilité de respecter et de faire respecter les
droits du réfugiés de la même façon qu’il garantit les droits de ses concitoyens".
que les relations