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    Rigoberta Menchu en Belgique (210693)

    "On ne changera pas le monde sans que vous donniez un peu de votre vie"

    Bruxelles, 21juin(APIC) Rigoberta Menchu, Prix Nobel de la Paix 1992, devenue en quelques mois la femme la plus célèbre du Guatémala, a été reçue

    chaleureusement samedi et dimanche en Belgique. Porte-flambeau du Comité de

    l’Unité Paysanne (CUC) dans son pays, elle est aussi ambassadrice des Nations-Unies en cette Année internationale des populations autochtones.

    Acclamée par plus d’un millier de personnes, tant à Liège qu’à Anvers,

    reçue en audience privée par le roi Baudoin et la reine Fabiola, interviewée par de nombreux journalistes, Rigoberta a multiplié en 48 heures d’un

    agenda serré, les occasions de défendre plusieurs causes essentielles à ses

    yeux. La cause d’abord de ses compatriotes: "cinq millions de frères indiens vivent au Gutémala les humiliations d’une dictature qui cache son

    nom". Et plus globalement la cause des droits de l’homme qui, "dans le monde entier, devrait être la priorié de tous les gouvernements", a-t-elle affirmé à Liège.

    Invitée par le Centre national de Coopération au Développement (CNCD),

    Rigoberta Menchu a insisté: "Nous avons plus que jamais besoin de vous. Le

    Prix Nobel que nous avons reçu ne peut avoir de sens sans votre aide. Une

    personne ne peut changer le monde toute seule. Les peuples restent les premiers artisans du changement. Votre apport, même si c’est important, ne

    peut se limiter à quelques dons en argent. C’est avant tout une question de

    conscience. On ne changera pas le monde sans que vous donniez un peu de votre vie, de votre temps, de votre travail".

    Petites portes et tapis rouge

    Rigoberta Menchu tient à associer l’honneur du prix Nobel à ses frères

    et soeurs indigènes. "Auparavant, dans mon petit village, raconte-t-elle,

    j’entrais par la cuisine, par les petites portes comme toutes les femmes

    indigènes. Aujourd’hui, on m’avance le tapis rouge. Je n’oublie pas ceux

    que je représente: ils méritent tous , autant que moi, le Prix Nobel de la

    Paix".

    De retour de la Conférence des Nations-Unies sur les droits de l’homme à

    Vienne, la militante guatémaltèque est arrivée en Belgique avec une nouvelle qui la remplit d’espoir: "Il y a aujourd’hui un consensus au sein de

    l’ONU, a-t-elle souligné, pour faire de l’année internationale des populations autochtones le point de départ d’une décennie des peuples indigènes.

    Ce pourrait être une belle occasion pour la Banque mondiale de modifier sa

    politique dévastatrice, pour les gouvernements de promouvoir le respect des

    différences et l’unité nationale, pour les organisations non gouvernementales de revendiquer l’espace qui leur est dû dans des sociétés multiculturelles".

    Attitude paternaliste envers les Indiens

    Les 60 millions d’Indiens que compte le continent latino-américain attendent, notamment de l’Occident, un changement des attitudes fondamentales

    à leur égard. "Certaines attitudes paternalistes ou charitables font de

    l’Indien le simple objet d’un folklore traditionnel et attendrissant. Nous,

    les Indiens et les Indiennnes, nous ne voulons pas être ridiculisés. Nous

    voulons devenir les premiers artisans de notre émancipation, de notre modernisation".

    Devant la presse, Rigoberta Menchu n’a pas utilisé un vocabulaire évoquant la pauvreté de son pays ou du tiers monde. Elle a plutôt insisté sur

    le positif très valorisant qui existe dans son peuple: "Il y a une multitude de petites organisations communautaires qui font la richesse de la société civile dans mon pays, mais aussi dans toute l’Amérique latine. Hélas,

    a-t-elle déploré, trop souvent, les dirigeants de ces associations sont les

    premières victimes de graves violations des droits de l’homme".

    Situation actuelle du Guatémala

    Sur la situation nouvelle créée au Guatémala par le coup d’Etat du 25

    mai, Rigoberta Menchu s’est montrée prudente, réclamant inlassablement "la

    prise en compte des droits de la majorité indienne" par le nouveau président Ramiro de Léon Carpio , ancien procureur pour les droits de l’homme.

    "Ce dernier", a-t-elle averti, "ne doit pas gaspiller l’image positive dont

    il jouit encore. Un véritable Etat de droit ne pourra s’instaurer que moyennant l’épuration des trois pouvoirs de l’Etat. La corruption, la mainmise

    des militaires sur la vie politique et civile, le trafic de drogues ne sont

    pas compatibles avec l’idée que nous nous faisons de la démocratie". (apiccip/ba)

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