du Conseil Missionnaire Catholique Suisse
Berne: les sanctions contre l’Afrique du Sud toujours à l’ordre du jour
Berne, 13novembre(APIC) Malgré les changements importants qui se dessinent en Afrique du Sud depuis février dernier, la pression sur le gouvernement de Pretoria ne doit pas se relâcher et les réformes engagées par le
président Frederik de Klerk, paradoxalement, ne pourront aboutir que si les
sanctions sont maintenues. C’est à cette conclusion que sont arrivés une
trentaine de chrétiens engagés, réunis lundi à Berne par la Table Ronde
"Afrique australe" du Conseil Missionnaire Catholique Suisse (CMCS).
Membres de diverses oeuvres d’entraide des Eglises et de mouvements anti-apartheid oeuvrant en leur sein, les participants à la réunion de la
"Table Ronde" du CMCS étaient invités - pour la première fois sur une base
oecuménique - dans le but de développer l’échange d’informations et de mettre sur pied des actions communes. Même si la situation en Afrique du Sud
est devenue beaucoup plus complexe après les gestes spectaculaires de F. de
Klerk en février (libération de Nelson Mandela, légalisation des organisations anti-apartheid interdites, début de dialogue avec l’ANC) la solidarité avec les victimes de l’apartheid est plus nécessaire que jamais, ont-ils
souligné.
Et les sanctions - même si ce concept est plus difficile aujourd’hui à
faire passer dans une partie de l’opinion publique qui considère que
l’apartheid appartient déjà au passé - restent nécessaires, car pour l’instant, "Pretoria règne et divise encore", selon Boudewyn Sjollema, ancien
chef du Programme de lutte contre le racisme du Conseil oecuménique des
Eglises (COE). Les changements en Afrique du Sud semblent être d’une telle
ampleur, a relevé B. Sjollema, que certains militants contre l’apartheid se
demandent pour combien de temps encore ils ont une raison d’être.
Pour lui, les actions concernant le boycott des banques faisant des affaires avec l’Afrique du Sud, l’or, les diamants et autres marchandises en
provenance de ce pays, ne sont pas des actions conjoncturelles et accidentelles, mais elles révèlent qu’il s’agit de problèmes fondamentaux concernant la Suisse et ses relations économiques avec l’ensemble des pays du
Sud. Cette problématique doit donc, en Suisse, rester à l’ordre du jour
pour les Eglises, les oeuvres d’entraide et les mouvements de solidarité.
Jan Linden, secrétaire général de l’Institut catholique pour les relations internationales (CIIR) à Londres, analysant la situation actuelle des
Eglises en Afrique du Sud, a tenu à souligner que ces Eglises "ont répondu
de façon magnifique" à la crise qui secoue ce pays depuis les années 60.
Elles ont été, par la force des choses, la "voix des sans voix". Elles ont
défendu les droits de l’homme, et agi parfois de façon prophétique. Aujourd’hui, dans cette phase transitoire, il s’avère qu’elles manquent, en
majorité, de perspectives concernant la société nouvelle, alors que le combat n’est pas terminé, notamment dans le domaine économique et la distribution de la terre.
Actuellement, les Eglises sont traversées de tendances contradictoires.
Il y a au centre la majorité, ceux qui prêchent la réconciliation, et à
droite et à gauche les courants conservateurs et prophétiques. Ainsi, la
majorité des Eglises se veut désormais "au-dessus des partis, de la politique, neutre". De l’avis de Jan Linden, cette position est inadéquate, parce
que les problèmes légués par l’apartheid sont loin d’être résolus, et
l’Eglise devrait sans hésitation "prendre parti pour les pauvres".
Une mystérieuse "troisième force"
Les participants à cette journée de la "Table Ronde" ont décidé de réagir à la probable demande par le gouvernement sud-africain, en décembre, de
nouveaux crédits auprès des banques suisses et d’intensifier l’information
sur la "troisième force". Cette mystérieuse organisation - qui entretient
des liens étroits entre l’armée, les forces de sécurité et le mouvement
zoulou Inkhata - serait responsable des troubles raciaux qui ont ensanglanté les ghettos noirs ces derniers mois. L’ouverture de la campagne de carême, le 14 février prochain, avec comme invités Mgr Wilfrid Fox Napier, évêque de Kokstad, dans le Natal, et l’évêque anglican Dennis Sengulane, du
Mozambique, permettra certainement de mieux comprendre le défi que représente toujours l’Afrique australe pour les Eglises et les chrétiens de
Suisse. (apic/be)