Berne, 9novembre(APIC) La coordination interdiocésaine de la Commission
de Planification Pastorale (CPP) (les délégués des Conseils pastoraux de
toute la Suisse) s’est réunie à Berne samedi 7 novembre pour parler du rôle
des laïcs dans l’Eglise et le monde. En invitant, le Synode à peine terminé, Mgr Bullet, évêque auxiliaire du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, et Mme Marianne Almonte, la laïque qui l’accompagnait à Rome, les
organisateurs de cette session souhaitaient faire le point sur le Synode et
relancer le débat.
Mgr Gabriel Bullet s’est attaché à souligner les limites du dernier
Synode des évêques : importantes lacunes du côté de l’information, rythme
de travail diabolique. Rassemblant des évêques de tous les continents, une
telle réunion fait apparaitre la très grande diversité des situations et
des mentalités. En un mois il est impossible de tout concilier, surtout si
on cherche un réel consensus. Et comme un synode n’est pas un concile, il
ne faut pas lui demander ce qu’il ne peut pas donner.
Le Synode a rappelé avec force l’égale dignité de tous les baptisés dans
le Corps du Christ, tous appelés à la sainteté. Quelles conséquences
devrait avoir le Synode pour les communautés chrétiennes ? Mgr Bullet en
voit deux : que chaque baptisé prenne conscience de la dignité et surtout
de la responsabilité dues à son baptême et qu’une meilleure communion (donc
une coordination plus grande) soit instaurée dans l’Eglise entre les mouvements, les organisations et les associations. Abordant quelques points qui
figuraient dans son intervention, préparée par la vaste consultation qui a
eu lieu en Suisse avant le Synode, Mgr Bullet a précisé comment les évêques
ont vu la participation des laïcs aux décisions. Ils sont souvent consultés; auront-ils le droit de délibération ? "Le consultatif doit avoir
tout le poids de la communion ecclésiale", commente l’évêque auxiliaire.
Les femmes accèderont-elles aux ministères, en particulier au lectorat et à
l’acolytat ? Il faudra reconsidérer le motu proprio "Ministeria quaedam".
Quant à l’engagement des laïcs dans le monde, il a été unanimement souligné. Mgr Bullet a signalé les discussions autour du terme "mouvement",
qui définit aussi bien les mouvements d’Action Catholique que les "movimienti" multiformes qui se développent ces dernières années. Les évêques
réunis à Rome ont insisté sur l’intégration des mouvements dans la vie
pastorale diocésaine. En conclusion le délégué des évêques suisses a relevé
les témoignages émouvants d’Eglises ayant vécu des crises graves et que les
laïcs ont maintenues en l’absence de prêtres.
Mme Marianne Almonte, secrétaire de la CRAL (Communauté Romande de
l’Apostolat des Laïcs), a elle aussi fait part de ses impressions. N’ayant
pas eu accès à la salle du Synode, réservée aux 220 évêques et aux 60 laïcs
spécialement désignés par le bureau du Synode, elle a lu les interventions,
rencontré par hasard quelques évêques et participé aux deux conférences de
presse mises sur pied à l’intention des journalistes suisses. De cette Assemblée qu’elle qualifie de secrète, au fonctionnement très lourd et sans
beaucoup de possibilités de rencontres, elle tire cependant des encouragements. Les évêques ont affirmé l’importance des mouvements, ceux de l’Action Catholique en particulier. La paroisse a été désignée - surtout par
les représentants des Eglises très vivantes du Tiers-Monde - comme le lieu
prioritaire de la vie pastorale, surtout lorsqu’il s’agit de l’initiation à
la foi et de la préparation aux sacrements. Pour Mme Almonte, grâce à la
longue préparation, étalée sur deux ans, du Synode, l’Eglise s’est mise à
l’écoute d’elle-même; quel que soit le thème du prochain Synode, celui-ci
ne pourra pas faire l’économie d’une telle préparation. La secrétaire de la
CRAL constate qu’en Suisse l’Eglise est riche de structures qui, à cause de
leurs cloisonnements, sont parfois étouffantes ou anesthésiantes.
Le débat qui suivit a révélé que les laïcs qui se sont exprimés au Synode disposaient d’un temps de parole double de celui des évêques. Les
délégués des Conseils pastoraux de Suisse se sont demandé s’il n’était pas
temps de réunir évêques, prêtres et laïcs dans une sorte de Conseil pastoral de l’Eglise; ils ont relevé, dans les propositions transmises au pape,
l’absence de formulation d’une spiritualité propre aux laïcs confrontés en
permanence au monde moderne. Quant à la participation aux décisions, Mgr
Bullet a fait remarquer que la Suisse possède une bonne longueur d’avance
sur d’autres grâce aux Synodes diocésains. Divers intervenants ont constaté
la faiblesse et les lacunes des informations publiées par les médias à propos du Synode; un journaliste présent à Rome a fait part de ses difficultés
à travailler.
Les délégués des conseils pastoraux ont encore fait part des thèmes qui
seront à l’ordre du jour de leurs prochaines sessions dans les différentes
régions. Des thèmes variés qui vont des relations entre l’Eglise et la politique (partie alémanique du canton de Fribourg) à l’horizon 2’000 (Lucerne), en passant par la pastorale des jeunes et la formation des laïcs (Genève) et la sécularisation (Valais). En fin de journée, M. Rolf Bezjak a
présenté, au nom de la Commission de Planification Pastorale, un rapport
sur la pastorale paroissiale dans les paroisses sans prêtre résident.
(apic/ys/cor)