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    Pas d’accord, disent des chrétiens de RFA et de RDA

    Réunification des deux Etats allemands (050390)

    Berlin, 5mars(APIC) La question de la réunification des Etats allemands

    est de plus en plus à l’ordre du jour dans le concert de la politique internationale. Diversement commentée et appréciée, l’idée est cependant loin

    de séduire tout le monde. Des chrétiens de RFA et de RDA demandent à ce

    propos la parole et protestent contre la déclaration dite de "Loccum", qui

    préconise cette unification, relève dans un article le "Bulletin d’information protestant" français.

    Un groupe oecuménique qui mène depuis plus de 10 ans un dialogue par-delà les frontières des deux Etats allemands et qui a largement contribué à

    la préparation du processus "Justice, Paix et Sauvegarde de la Création"

    (JPSC, Bâle, mai 1989), renvoie les Eglises à leur responsabilité particulière dans la situation actuelle. Et les critiques vont bon train dans ce

    sens.

    Ainsi Helga Schubert, écrivain et porte-parole des groupes de l’opposition est-allemande à la table ronde, structure réunissant des représentants

    du gouvernement de RDA et des mouvements d’opposition, critique-t-elle sévèrement, à travers divers médias des deux Etats, la position des "officiels" de l’Eglise. Plusieurs arguments sont avancés. Ils se résument en

    quatre points.

    "L’Eglise ne doit pas renforcer la dynamique de l’unification"

    Si la tâche des Eglises a été pendant la séparation politique des deux

    Etats de maintenir les liens entre les citoyens, argumente-t-elle dans le

    premier point, aujourd’hui leur responsabilité est, à l’inverse, d’assumer

    la tension qui résulte de cette évolution séparée, et cela à cause de la

    priorité à donner à une Europe qui doit trouver son unité dans la paix et

    la justice. Selon l’écrivain, il s’agit là du seul moyen capable d’empêcher

    qu’une fois de plus le fort domine le faible. "Il est dangereux, pour cette

    raison, que l’Eglise renforce la dynamique de l’unification allemande par

    des déclarations comme celle de "Loccum"", affirme-t-elle.

    Le deuxième point soulevé concerne l’expérience d’une communion oecuménique profonde avec d’autres Eglises en Europe et que les Allemands ont pu

    faire après la guerre. C’est là, dit Helga Schubert, un don de Dieu qu’il

    faut accepter avec reconnaissance, et qui a amené l’Assemblée oecuménique

    de Bâle à déclarer que "toutes les autres loyautés (nationales, culturelles, sociales, etc) sont d’importance secondaire". Elle relève que "les

    Eglises, dans le processus de l’unification des deux Etats allemands,

    devront se poser la question de la division de l’Europe, dans laquelle

    l’Allemagne porte une lourde responsabilité historique. C’est la question

    prioritaire par rapport à celle de l’unification allemande. La solution des

    problèmes économiques et monétaires de la RDA qui prévoit son détachement

    de l’espace économique des autres Etats est-européens, se ferait au détriment des populations de ces Etats et signifierait l’abandon de la responsabilité commune à l’égard de l’Europe centrale et de l’Europe de l’Est".

    Pour Helga Schubert, il n’est pas acceptable que les citoyens de RDA

    profitent de tous les avantages économiques de leur appartenance nationale

    à la RFA, tandis que les autres Etats est-européens sont condamnés à la dépendance économique de l’Europe occidentale. Dans les dernières décennies,

    poursuit-elle, les sociétés européennes ont pris un caractère pluri-culturel; la cohésion nationale ne dépend plus essentiellement d’un "sentiment

    d’unité nationale"; elle se mesure aux critères de la solidarité pratique

    u’elle met en oeuvre avec les citoyens étrangers qui vivent dans nos pays.

    Les Eglises qui par définition sont oecuméniques ont ici une tâche essentielle.

    Ne pas céder à l’alternative factice entre capitalisme et socialisme

    Troisième constatation: "la marche forcée vers l’unification allemande

    risque de favoriser, comme après la dernière guerre mondiale, le refoulement de l’histoire récente et de ne pas permettre d’assumer cette histoire.

    On ne peut pas mettre fin, comme on ferme une parenthèse, à l’expérience

    significative de ’l’Eglise dans la société socialiste’ pour revenir maintenant à une prétendue situation normale". Il serait néfaste qu’au cours du

    processus d’autodétermination du peuple de la RDA l’hégémonie du SED soit

    simplement remplacée par une hégémonie étrangère qui écrase l’identité déjà

    difficilement acquise, pense l’écrivain, qui ajoute: "Ceci devrait faire

    hésiter chrétiens et Eglises à favoriser un abandon trop rapide d’une identité à peine acquise en RDA, devant l’attrait de la réussite politique et

    économique de la RFA".

    Dernier point soulevé par Helga Schubert : "il convient de résister à

    l’alternative factice entre capitalisme et socialisme qui domine de plus en

    plus le débat germano-allemand". Et l’auteur de relever dans son analyse

    que "le système économique mondial dominant, avec les injustices qu’il comporte et le fossé qu’il creuse entre la pauvreté d’un côté et l’abandon de

    l’autre, montre sa défaillance devant la question de la justice. Les peuples et les chrétiens du tiers monde font l’expérience du capitalisme comme

    d’une menace pour leur vie et leur développement".

    Lors du Rassemblement de Bâle, les Eglises d’Europe de l’Est ont rendu

    la communauté oecuménique attentive au risque de voir les pays est-européens devenir des territoires sous-développés et un réservoir de main-d’oeuvre bon marché pour l’Europe occidentale. L’étude de ces quatre points relève de la responsabilité des Eglises dans la situation germano-allemande,

    conclut l’écrivain. Le groupe oecuménique demande enfin à tous les mouvements et communautés qui sont engagés dans le processus "JPSC" d’examiner

    ces points et d’apporter leur soutien à une solidarité nouvelle, aussi bien

    au sein des instances ecclésiastiques qu’au cours des débats manifestations

    publics. (apic/bip/pr)

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