Réunification allemande: oui, mais pas au prix d’une (280990)
Rome, 28septembre(APIC) Quel avenir pour la foi chrétienne dans l’ex-territoire est-allemand au lendemain de la réunification? Le cardinal Joachim
Meisner, archevêque de Cologne, ne cache pas son pessimisme: de nombreux
chrétiens de l’Est lui tourneront le dos. La réunification allemande, oui,
déclare-t-il, mais pas au prix d’une libéralisation de l’avortement.
Dans une interview accordée à l’hebdomadaire italien "Il Sabato", le
cardinal exprime ses craintes à propos de cette réunification. La foi des
chrétiens de l’Est n’aurait-elle été qu’une arme idéologique pour combattre
la théorie et la pratique marxistes? "Je serais tenté de dire que ce
n’était pas une foi vécue, mais une forme de protestation, relève-t-il.
L’Eglise a été idéologiquement manipulée. Evêques et prêtres ont parfois
succombé à la tentation de s’exprimer toujours et seulement contre le socialisme".
Originaire de Breslau, aujourd’hui Wroclaw, en Pologne, le cardinal
Meisner, 65 ans, a exercé son ministère pastoral en RDA jusqu’il y a deux
ans. Ordonné à l’épiscopat en 1975, il fut cinq ans plus tard appelé à diriger le diocèse de Berlin, dont le territoire s’étend sur les deux Etats
(RDA/RFA). Il restera huit ans à Berlin, avant d’être nommé archevêque de
Cologne (décembre 1988).
Mais c’est surtout la question de l’avortement qui inquiète le cardinal,
suite à la solution de compromis intervenue récemment en vue de la réunification, qui prévoit que restera en vigueur dans l’ex-RDA, pendant deux ans
au moins, l’ancienne législation. Celle-ci établit que l’avortement est totalement libre et gratuite durant les trois premiers mois de la grossesse,
alors qu’en RFA l’interruption volontaire de grossesse est soumise à de sévères restrictions. Et si, au terme du délai prévu, la réglementation
est-allemande était introduite dans l’Allemagne réunifiée?
Le cardinal Meisner ne cache pas son inquiétude, qu’il a déjà exprimée
il y a quelques mois devant des journalistes catholiques réunis à Rome: "Je
leur avait dit que s’il fallait choisir entre l’unité allemande et la
réglementation des délais (appliquée en RDA), je ne voulais en aucun cas de
la réunification. On m’avait répondu qu’une telle alternative n’existait
pas. Elle existe au contraire... Ceux qui me critiquaient il y a deux mois
l’admettent aujourd’hui à voix basse. Je crains fort que ce compromis soit
la petite porte par laquelle cette réglementation des délais sera
introduite dans tout le pays".