Les Etats de la ligne de front victimes du "bras long de l’apartheid"
Berne, 20avril(APIC) De retour d’Afrique australe, une délégation mandatée par les oeuvres d’entraide suisses et la Conférence des Eglises de toute l’Afrique (CETA), a dénoncé hier (jeudi) à Berne la politique de déstabilisation menée par Pretoria contre les Etats voisins qu’elle a qualifiée
de "bras long de l’apartheid". La délégation oecuménique s’est engagée à
promouvoir dans notre pays des sanctions économiques contre l’Afrique du
Sud. Les parlementaires Josi Meier (Pdc/LU) et Lili Nabholz (Rad/ZH), qui
étaient du voyage, se sont montrées réservées face aux sanctions.
Composée de personnalités politiques ainsi que de représentants d’oeuvre
d’entraide suisses et d’Eglises africaines, la délégation s’est rendue du
25 mars au 10 avril dans quatre pays de la "ligne de front" : Mozambique,
Lesotho, Zambie et Zimbabwe, ou elle a pu constater la dépendance
économique et le chaos provoqué par la politique agressive de l’Afrique du
Sud à l’égard de ses voisins, en particulier du Mozambique.
Dans ce pays de 15 millions d’habitants, les destructions causées par
les rebelles de la RENAMO, appuyés par l’Afrique du Sud, malgré l’accord de
Nkomati du 16 mars 1984, ont vidé les campagnes, détruit l’infrastructure
et provoqué la famine. Cinq millions de personnes sont touchées. La délégation a acquis la conviction qu’il ne saurait y avoir de développement
significatif en Afrique australe sans l’abolition de l’apartheid en Afrique
du Sud. Elle relève que dans ces pays, les Eglises sont "en prise directe
avec le peuple" et apportent une contribution indispensable et que les
Eglises et les gouvernements des pays occidentaux doivent les soutenir.
Le professeur Peter Tschopp, de l’Université de Genève, ancien président
du parti radical genevois, a déploré que les plans d’austérité du Fonds
Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale ont des effets très
négatifs sur les couches les plus défavorisées de ces pays. Il faut donc
exercer une certaine pression sur ces organismes pour qu’ils prennent en
compte ces populations et annulent une partie de l’immense dette extérieure
de ces Etats. Le Conseil fédéral est invité à former un groupe de travail
mixte comprenant le gouvernement, les Eglises, les organismes appropriés
pour venir en aide aux pays de la "ligne de front".
Des sanctions sélectives
La délégation demande que l’on rende publiques les conclusions du groupe
de travail interdépartemental qui observe l’évolution du commerce extérieur
de la Suisse, pour maintenir le "courant normal" et éviter que notre pays
ne serve de plaque-tournante pour contourner les sanctions. Elle suggère
que l’on étudie l’introduction de certificats d’origine pour l’or entrant
sur le marché et le rétablissement de statistiques en ce domaine.
Peter Tschopp estime que le terme de "sanctions" est piégé, car on pense
immédiatement boycott économique total, et cela, la Suisse ne l’a jamais
fait. On entre toutefois sans le dire, à son avis, dans une ère de pressions contre Pretoria. Et la renégociation de la dette sud-africaine est
une occasion pour lier la reconduction de ce type d’accord à des pressions
pour abolir l’apartheid, en accord avec la position officielle de la Suisse. Pour le prof. Tschopp, l’économie doit penser à long terme, et le maintien de l’apartheid, même s’il peut procurer des profits intéressants à
court terme, est un facteur de déstabilisation, qui ne correspond pas à la
rationalité économique. (apic/be)