Reportage sur l’Eglise en Chine
Des religieuses chinoises témoignent (151288)
(Shanghai) "Il y aura un rapport sur cet interview. Je vais devoir m’en expliquer... mais je n’ai pas peur, pensez donc, à mon âge!" Soeur Marie Eugène de la Croix nous reçoit dans l’atelier de couture du couvent diocésain
de Shanghai. Elle a accepté de donner une interview à l’agence APIC, bien
que cela semble déplaire au mentor de l’Association patriotique catholique,
qui nous fait visiter les institutions diocésaines. Il interviendra à plusieurs reprises pour nous rappeler qu’il faut respecter l’horaire.
Agée de 75 ans, Soeur Marie Eugène est religieuse depuis 1930 dans la
Congrégation des Petites soeurs des pauvres. Elle a fait son petit noviciat
à Shangai avant de se rendre en 1933 en Bretagne, dans le but de poursuivre
sa formation. Elle est retournée en Chine en décembre 1946.
APIC : Quelle était la situation à votre retour en Chine ? Les communistes
avaient déjà pris le pouvoir ?
Soeur Marie Eugène : Non, c’était la fin de la deuxième guerre mondiale, la
libération c’était en 1949.
APIC : Qu’est ce qui s’est passé à la "libération" pour les religieuses ?
Soeur Marie Eugène : A la libération il n’y a rien eu. C’est en 1955 que
les difficultés ont commencé pour les religieuses quand Mgr Kung (Ignatius
Gong Pinmei), l’évêque de Shanghai, a été arrêté. On a interdit les communautés. En 1958, on nous a rassemblées dans deux endroits, la maison des
Présentandines et la maison des Carmélites. C’était très sévère.
APIC : C’est alors que vous avez reçu des cours ?
Soeur Marie Eugène : Oui, de lavage de cerveau, comme on dit. C’était organisé par l’Association des catholiques patriotiques.
APIC : Que vous apprenait-on dans ces cours ?
Soeur Marie Eugène : Ces cours étaient contre l’Eglise. Ensuite plus tard
on nous a demandé de couper nos liens avec le Vatican. Je préférais aller
en prison que quitter le Vatican.
APIC : On vous a demandé de couper vos liens avec Rome à partir de 1958 ?
Soeur Marie Eugène : Oui, mais beaucoup n’acceptaient pas.
APIC : Qu’est ce qu’on a fait à ceux qui refusaient ?
Soeur Marie Eugène : Rien.
APIC : Vous êtes donc restée dans cette communauté ?
Soeur Marie Eugène : On a déménagé jusqu’ici. On est ici depuis 1959. Actuellement, il y a environ 60 religieuses, sans compter les novices. Les
religieuses sont du pays, ce ne sont pas des étrangères. Elles viennent de
différentes congrégations : les Franciscaines de Marie, l’Oeuvre de St-Paul
en Allemagne, les Auxiliatrices des âmes du purgatoire, les Petites soeurs
des pauvres, les Filles de la Charité, les Carmélites, les Salésiennes de
Don Bosco, etc.
APIC : Ici, vous travaillez, vous avez un atelier de couture, vous faites
des ornements ecclésiastiques, c’est une partie de votre gagne-pain ?
Soeur Marie Eugène : Non, ce n’est pas tout à fait comme cela. Si on ne
travaille pas on a aussi un salaire, c’est la retraite. A part le travail,
pour celles qui peuvent et qui ne sont pas trop âgées ou malades, nous
prions, nous avons notre chapelle ou il y a tous les jours la messe.
APIC : Qu’est qui vous est arrivé pendant la Révolution culturelle ?
Soeur Marie Eugène : On nous a tout pris, jusqu’aux médailles, aux chapelets, etc. Les gardes rouges sont venus jusqu’ici. C’étaient tous des garçons, précise-t-elle avec un rire ironique.
Soeur Véronique, une autre religieuse, âgée de 75 ans, confirme les
propos de Soeur Marie Eugène de la Croix. Membre de la Congrégation des
Auxiliatrices des âmes du purgatoire, elle fête cette année sa 55ème année
de vie religieuse. Soeur Véronique nous explique que durant la Révolution
culturelle, les religieuses de la communauté n’ont pas été dispersées ni
forcées de travailler à l’extérieur - dans des hôpitaux, dans des usines
voire dans les champs, à la campagne - mais qu’elles ont dû faire du travail manuel au couvent, "tout en suivant des cours, comme ils disent, des
études politiques...". Elle relève qu’il n’y a presque pas de contacts avec
l’étranger. Des religieuses étrangères viennent cependant assez souvent
visiter le couvent. Mais cela n’est possible que depuis 1980.
Soeur Véronique : Notre Maison Mère est à Paris. Nous écrivons à notre Mère
supérieure de temps en temps. Pour le Nouvel An, pour les fêtes. Elle n’est
jamais venue ici, mais notre Provinciale à Hong Kong nous a déjà visitées.
APIC : Vous avez maintenant des novices. Vous voyez donc l’avenir de l’Eglise en Chine avec optimisme ?
Soeur Véronique : Oui, nous avons des novices du pays. Ce sont les
Présentandines, des religieuses diocésaines. Quant à l’avenir de l’Eglise
en Chine, cela appartient au Bon Dieu. Nous espérons et nous prions.
APIC : C’est important pour vous d’avoir des contacts avec l’étranger ?
Soeur Véronique : Oui, avec Rome, avec Rome surtout ! Nous sommes restées
spirituellement unies à Rome... On espère bientôt avoir des liens avec Rome. On dit l’année prochaine, peut-être. Nous prions pour cela! (apic/be).
(Les photos illustrant ce reportage sont disponibles à l’Agence CIRIC, tél.
021/27 52 50 à Lausanne ou chez Jean-Claude Gadmer/CIRIC, 022/34 52 01)