Réorganisation de l’Eglise catholique en URSS (140491)
Rome, 14avril(APIC) Trois mois après avoir confirmé ou nommé quinze
évêques de rite byzantin et dix autres de rite latin en Ukraine, Jean Paul
II a procédé à la réorganisation de l’Eglise catholique de rite latin dans
les Républiques soviétiques de Biélorussie, de Russie et du Kazakhstan,
annonce le Vatican dans un long communiqué publié samedi 13 avril.
Concrètement, le pape a érigé un archidiocèse à Minsk-Mohilev et un diocèse
à Grodno, en Biélorussie, ainsi que des administrations apostoliques à
Moscou, Novossibirsk et Karaganda.
En Biélorussie ("Russie blanche"), République située en bordure de la
Pologne, Jean Paul II a érigé l’archidiocèse de Minsk-Mohilev et nommé à la
tête de ce siège métropolitain Mgr Kazimierz Swiatek, 76 ans, jusqu’ici
vicaire général du diocèse de Pinsk. D’origine estonienne, Mgr Swiatek a.
après son ordination sacerdotale (1939), exercé un ministère pastoral
durant cinq ans, avant d’être emprisonné, en décembre 1944. Au total, il a
passé dix ans dans différents camps de concentration ou en prison. C’est en
avril 1989 que Jean Paul II l’a nommé vicaire général de Pinsk (Bialystok),
charge qu’il cumulera désormais avec celle d’archevêque de Minsk. Pinsk est
un diocèse polonais relevant du siège métropolitain de Vilnius, aujourd’hui
capitale de la Lituanie mais qui, avant la dernière guerre, était
polonaise. Sur le territoire de l’archidiocèse de Minsk-Mohilev vivent
quelque 350’000 catholiques répartis dans une centaine de paroisses et
assistés par 32 prêtres.
Le diocèse de Grodno, érigé également en Biélorussie, le pape l’a confié
à Mgr Alexander Kaszkiewicz, 50 ans, ordonné en 1976 à Vilnius, en Lituanie, où il était toujours curé de la paroisse du Saint-Esprit. Le diocèse
de Grodno couvre un territoire qui, jusqu’à la veille de la seconde guerre
mondiale, faisait partie de l’archidiocèse de Vilnius (à l’époque en Pologne). Un territoire relativement restreint - il se limite à la région de
Grodno - où vit une population de 1,2 million d’habitants, pour la plupart
des catholiques de rite latin (900’000, répartis dans 122 paroisses).
La Sibérie aussi...
Pour la partie européenne de la Russie, le pape a érigé l’administration
apostolique de Moscou, qu’il a confiée à Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, 45 ans.
Lui aussi originaire de l’archidiocèse de Vilnius, Mgr Kondrusiewicz a reçu
l’ordination épiscopale des mains de Jean Paul II en la basilique SaintPierre en 1989, année où le pape l’a nommé administrateur apostolique "ad
nutum Sanctae Sedis" (avec le seul agrément du Saint-Siège) de Minsk.
La communauté catholique moscovite se compose de résidents d’origine polonaise, lituanienne ou russe, auxquels s’ajoutent des membres des représentations diplomatiques et des étudiants étrangers. De la nouvelle administration apostolique dépendront également les quelque 10’000 catholiques
vivant à Léningrad, qui sont pour la plupart d’origine polonaise, et ceux
de la région de la Volga. Dans cette région vivaient avant la guerre des
citoyens d’origine allemande - des catholiques pour la plupart -, qui furent ensuite, au gré des déportations, disséminés dans les steppes d’Asie
centrale et dont beaucoup regagnent aujourd’hui la région.
Pour la Sibérie, le pape a érigé l’administration apostolique de Novossibirsk. Son administrateur apostolique sera un jésuite de 36 ans né dans
une famille d’origine allemande, le Père Joseph Werte. Ordonné prêtre en
1984, il était jusqu’ici curé à Marks, dans la région de la Volga.
La Sibérie forme avec la Russie européenne la République fédérative soviétique de Russie la plus vaste et la plus peuplée des quinze républiques
que compte l’URSS. La Sibérie couvre à elle seule une superficie d’environ
13 millions de km2. Après des décennies de persécution, on y observe aujourd’hui un réveil de l’Eglise catholique au départ de Novossibirsk. On
relève également la présence d’importantes communautés catholiques à Prokopjevsk, Trkoutst, Tomsk et Omsk.
La cinquième circonscription ecclésiastique érigée par Jean Paul II
l’est au Kazakhstan, une république dont la capitale est Alma Ata. Elle a
son siège à Karaganda, une ville industrielle d’un peu plus de 600’000
habitants située au coeur d’un important bassin houiller. Son
administrateur apostolique est le Père Jan Lenga, un marianiste de 48 ans
d’origine ukrainienne. Il était jusqu’ici curé de Krasnoarmejsk
(Kazakhstan).
Le Kazakhstan, où vivent un peu plus de 15 millions d’habitants, pour la
plupart de religion islamique, est, après la Russie, la république la plus
étendue d’URSS. La communauté catholique est formée d’émigrés russes,
ukrainiens, polonais et surtout allemands. Ces derniers, qui ont été
déportés du diocèse de Tiraspol, en Moldavie, sont environ un million, dont
la moitié sont catholiques. Les Polonais, au nombre de 100’000, ont eux été
déportés des diocèses de Luck, Kamieniec et Zytomir, situés tous trois dans
la partie orientale de la Pologne jouxtant l’URSS. Sont également présents
au Kazakhstan des orthodoxes et des catholiques de rite byzantin provenant
d’Ukraine.
Une vitalité surprenante
Par cette réorganisation, Jean Paul II a voulu répondre aux besoins pastoraux de plus de 60’000 catholiques de Russie et à ceux de 500’000 autres
qui vivent au Kazakhstan, souligne la note publiée par la salle de presse
du Saint-Siège.
Pour la biélorussie, un premier pas avait déjà été accompli avec la
nomination de Mgr Kondruwiewicz comme administrateur apostolique de Minsk
(25 juillet 1989). Ce n’était toutefois qu’une solution provisoire "dans
l’attente de circonstances plus favorables" pour mettre en place une
nouvelle structure pour l’Eglise de rite latin en URSS. La note vaticane
rappelle à ce sujet que l’actuelle République soviétique de Biélorussie
comprend des territoires qui, jusqu’à la seconde guerre mondiale,
relevaient de cinq diocèses, dont trois étaient situés en Pologne (Pinsk,
Vilnius et Lomza). Un territoire énorme où vivent plus d’un million et
demi de catholiques, consentrés pour la plupart dans la zone appartenant à
la Pologne. Ces deux facteurs - étendue et importance de la population justifient la création de l’archidiocèse de Minsk-Mohilev et du diocèse de
Grodno.
Cette réorganisation a été rendue possible par les circonstances
nouvelles (reconaissance de la liberté religieuse avec la nouvelle loi sur
la liberté de conscience) qui avaient déjà permis à Jean Paul II de
réorganiser en janvier les diocèses des rites tant latin (10) que byzantin
(15) en Ukraine.
La note publiée par le Vatican fait en outre état des contacts établis
en URSS au cours des derniers mois par le nonce apostolique extraordinaire
en URSS, Mgr Francesco Colasuonno, avec les communautés catholiques de
Russie et du Kazakhstan, contacts qui lui ont révélé "une vitalité
surprenante". Le Saint-Siège précise encore qu’il s’agit pour ces
"communautés durement éprouvées" d’une première organisation et que les
contacts que poursuivra Mgr Colasuonno devraient permettre d’envisager
demain la meilleure façon de garantir une assistance spirituelle aux
catholiques de rite latin sur tout le territoire de l’URSS.
Ultime précision de la salle de presse du Vatican: les nominations
épiscopales ont été effectuées selon la procédure normale et n’ont donc pas
fait l’objet de négociations particulières avec l’URSS. Le Saint-Siège
s’est borné à en informer le ministre des Affaires étrangères à Moscou,
comme il a par ailleurs informé le patriarcat de Moscou. (apic/cip/jt/pr)