Rencontre au sommet des évêques d’Asie (100890)
Rome, 10août(APIC) "Un des problèmes cruciaux auxquels l’Asie est aujourd’hui confrontée, c’est celui des divisions et des conflits entre les
différents groupes ethniques, linguistiques et religieux, constate le cardinal Simon Ingatius Pimenta, archevêque de Bombay, dans un long article
publié vendredi 10 août par l’"Osservatore Romano", le journal officiel du
Vatican. Cet article fait suite à l’assemblée plénière de la Fédération des
Conférences épiscopales d’Asie (FABC), qui s’est tenue à Bandung, en Indonésie, du 17 au 27 juillet. Elle s’était donné pour tâche d’examiner "les
défis posés à l’Eglise d’Asie dans les années 90".
Tous les pays d’Asie sont confrontés au problème des conflits entre
différents groupes, observe le cardinal Pimenta. Au Sri Lanka, en Inde et
au Pakistan, le problème constitue même une menace pour la stabilité du
pays, d’autant plus que les conflits comportent souvent des aspects
violents et entraînent des actes de destruction.
L’archevêque de Bombay déplore que la violence soit souvent exacerbée
par "le fanatisme religieux" et l’"intolérance" de certains groupes dont il
dénonce le "fondamentalisme religieux", c’est-à-dire l’interprétation
étroite des textes fondateurs. Dans ce contexte, relève le prélat âgé de 70
ans, l’Eglise est appelée à "vivre le mystère de la communion comme signe
de l’unité du genre humain". Le cardinal insiste également sur le dialogue
entre les religions.
Les marginaux de la modernité
Autre défi mis en relief par le cardinal Pimenta: la modernisation du
continent asiatique sur les plans économique, politique et social. Mais
visiblement, cette modernisation ne profite pas à tout le monde.
L’archevêque observe au contraire la coexistence de deux mondes: d’un côté
des bidonvilles et des baraquements, la faim ou la sous-alimentation; de
l’autre, des gratte-ciel, l’abondance et la richesse.
La modernisation a aussi entraîné tout un courant de sécularisation et
de matérialisme, constate l’archevêque de Bombay. Comment l’Eglise
peut-elle réagir ? "Elle n’est probablement pas en mesure de transformer de
manière significative la condition matérielle des pauvres", répond le
cardinal. "Mais sa crédibilité dans la lutte contre ces défis devrait
découler de son engagement infatigable pour l’accomplissement de la justice
et le respect des droits de l’homme".
Libération des femmes
"La scène asiatique, poursuit le cardinal Pimenta, présente une situation dans laquelle les droits de l’homme sont bafoués". Ces droits, l’archevêque les revendique tout particulièrement pour les femmes, dont la condition générale en Asie est celle d’"héroïnes silencieuses". Avec l’industrialisation et la modernisation croissantes du continent, explique-t-il,
la position sociale ou le statut de la femme est aujourd’hui extrêmement
préoccupant. D’autant plus que "les développements modernes, loin de libérer la femme, comportent pour elle de nouvelles formes d’esclavage".
Dans certaines villes, révèle le cardinal, on procède à des analyses
pour déterminer le sexe des enfants à naître... ou à faire disparaître. Car
ce genre d’examen prénatal peut conduire à des avortements de foetus féminins, sous prétexte d’éviter le poids économique que pourraient représenter
pour les familles les futures filles !
L’archevêque de Bombay rappelle aussi combien l’industrialisation et le
tourisme - tout spécialement le tourisme organisé depuis les pays dits
développés - ont conduit à la "commercialisation" des femmes et à
l’extension des réseaux de prostitution. C’est pourquoi, insiste le
cardinal Pimenta, la défense de la dignité et des droits de la femme doit
être une "priorité" de l’action de l’Eglise en Asie.
En conclusion, le prélat souligne que l’Eglise en Asie est très active.
Elle est en croissance constante et envoie même des missionnaires à
l’étranger. Mais le cardinal Pimenta met en garde: la croissance et la
configuration future de l’Eglise en Asie dépendront de la réponse que les
chrétiens sauront apporter aux défis qui leur sont lancés.
(apic/cip/cor/gar)