Remous au sein de l’Union protestante libérale de Genève (290493)
La Suisse doit "définitivement renoncer" à des relations diplomatiques
Genève, 29avril(APIC) L’annonce, non confirmée, de la nomination d’Edouard Brunner au poste d’ambassadeur extraordinaire auprès du Saint-Siège,
fonction qu’il occuperait parallèlement à celle d’ambassadeur en France,
dès le mois de mai, pourrait bien provoquer la grande colère de l’Union
protestante libérale de Genève (UPL). Au mois de février déjà, bien avant
que ne circulent les bruits sur cette nomination, l’UPL écrivait au Conseil
fédéral pour lui faire part de sa crainte quant aux conséquences pour la
paix confessionnelle en Suisse de la nomination d’un ambassadeur auprès du
Saint-Siège.
Ces protestants genevois demandaient notamment au Conseil fédéral de
"renoncer à titre définitif" à rétablir des relations diplomatiques avec le
Vatican, arguant qu’il faut "résister fermement aux pressions tenaces
exercées par la curie romaine et la papauté".
Dans sa lettre envoyée le 26 février, L’UPL rendait le Conseil fédéral
attentif au fait que "le Vatican, avec son double statut, n’est pas un Etat
comme un autre. Sa reconnaissance en tant qu’Etat, au même titre que les
autres Etats du monde nous paraît absolument aberrante". L’UPL explique que
l’ambiguïté de cette Eglise-Etat provient de la revendication des autorités
vaticanes à être à la foi une Eglise universelle et un Etat politique souverain, un pouvoir spirituel et temporel.
Pour ces protestants, "c’est en opposition absolue avec les principes
fondamentaux en usage dans notre pays: laïcité de l’Etat et séparation de
l’Eglise et de l’Etat". Le rétablissement du nonce apostolique en 1920 à
Berne est aux yeux de ces protestants genevois "une grave erreur", et sa
prééminence parmi le corps diplomatique apparaît comme "scandaleuse". Et
d’énumérer plusieurs arguments de type éthique: "l’opposition de l’Eglise
catholique à la procréation assistée, au contrôle des naissances, à une
lutte efficace contre le sida".
Un "obscurantisme moyen-âgeux"
L’UPL s’interroge également sur "l’opposition du Vatican à Rio, lors de
discussion concernant la surpopulation mondiale", et sur "sa responsabilité
dans l’échec de la Convention du Conseil de l’Europe quant à la procréation
assistée". En ce qui nous concerne, écrit-elle, "nous estimons que ces
faits révèlent, une fois de plus, un obscurantisme moyen-âgeux perdant toute crédibilité au plan international et humanitaire".
L’Union protestante libérale considère de plus que la politique suivie
par le Vatican "est absolument contraire aux principes énoncés dans notre
Constitution fédérale". C’est parce qu’elle ne "veut pas que renaissent les
luttes religieuses et politiques du passé", que l’UPL demande au Conseil
fédéral de "renoncer à titre définitif" à rétablir des relations diplomatiques bilatérales avec le Vatican. "La paix confessionnelle est à ce prix",
conclut-elle.
Pas d’opposition de la part de la FEPS
A la même date, en février, l’UPL avait fait parvenir une autre lettre à
l’Eglise nationale protestante de Genève (ENPG) pour lui demander de s’exprimer auprès de la Fédération des Eglise protestantes de la Suisse (FEPS).
L’ENPG n’a cependant pas donné suite à cette lettre. "Nous restons intéressés par le problème et nous soutenons le Conseil de la FEPS dans les démarches qu’il a faites ou qu’il fera à ce propos", déclara la présidente de
l’ENPG, Nicole Fatio. Interrogé par le Service de presse protestant (SPP),
Heinrich Rusterholz, président du Conseil de la FEPS, indique quant à lui
que son institution n’a pas l’intention de s’opposer à la nomination d’un
ambassadeur suisse au Vatican.
Le Conseil de la FEPS, explique-t-on, a certes interpellé le Conseil fédéral, mais dans un sens un peu différent, pour souligner que le gouvernement devait admettre qu’il a des relations avec le Saint-Siège non seulement en tant qu’Etat, mais également en tant qu’Eglise. Pour Heinrich
Rusterholz, la nomination d’un ambassadeur extraordinaire au Vatican "implique que la Suisse a des relations officielles avec l’Eglise catholique
romaine sur le plan international. Il faut donc simultanément expliquer au
public comment le Conseil fédéral entend traiter les relations avec les autres Eglises et groupements religieux sur le plan international".
Le président de la FEPS évoque ainsi diverses institutions religieuses
internationales, telles que le Conseil oecuménique des Eglises (COE), l’Alliance réformée mondiale, de même que leur équivalent musulman ou autres:
"Nous n’avons exprimé ni notre accord ni notre désaccord, nous avons lié
cette affaire à la question des relations de la Suisse avec toutes les
Eglises. Sinon, il s’agira d’une relation privilégiée avec une seule Eglise".
Le respect des usages...
La nomination non confirmée d’Edouard Brunner en tant qu’ambassadeur extraordinaire auprès du Saint-Siège respecterait en fait simultanément deux
usages. Le premier consiste à éviter que les postes d’ambassadeurs suisses
au Saint-Siège et en Italie soient occupés par le même représentant. Le second veut qu’il ne s’agisse pas d’un catholique, ceci afin de garantir
l’indépendance de la représentation diplomatique. Or E. Brunner est de confession protestante. Si la nomination de E. Brunner devait être confirmée,
une des premières tâches du nouvel ambassadeur pourrait être d’assister à
la prestation de serment des 33 nouveaux Gardes suisses, qui aura lieu le 6
mai, jour anniversaire du "sac de Rome" en 1527. (apic/spp/pr)