Hong Kong, 9décembre(APIC - de notre correspondant à Hong Kong)
"Si les futurs accords entre Pékin et le Vatican mènent à une normalisation
de leurs relations, nous nous inclinerons et accepterons". Dans son bureau
de la Faculté de Taïpei (Taïwan) dont il est directeur, le Père Mark Fang,
jésuite, explique sereinement l’avenir probable de l’Eglise de Taïvan au
terme d’une normalisation entre le Vatican et Pékin, dont les relations
sont officiellement coupées depuis 1957.
"Si accord il y a, cela signifiera que les termes de l’entente seront
satisfaisants et que le statut de l’Eglise de Chine sera désormais identique à celui des autres. De toute façon, le Saint-Siège nous consultera
avant toute normalisation". Pour le Père Fang, qui a pu se rendre en Chine
depuis la libéralisation des règles de déplacement de Taïwan vers le continent, "l’Eglise en Chine doit rester dans ses murs, les catholiques doivent
être de bons citoyens. Peut être qu’un jour, les autorités comprendront que
cela n’est pas que politique".
A cette prudence et cette suspicion à l’égard de l’Eglise de Chine
s’ajoute la vision plus catégorique de Mgr Paul Shan, évêque du diocèse de
Hualien (sur la côte est de l’île) et président de la Conférence des
évêques de Taïwan: "Je crois que les conditions actuelles entre le Vatican
et Pékin ne permettent pas une normalisation. Les autorités chinoises ont
toujours demandé l’indépendance de l’Eglise de Chine et ne veulent pas que
le Vatican interfère dans les affaires intérieures de la Chine". Cela dit,
les efforts pour un rapprochement doivent se poursuivre, selon le Père
Shan. "En 1984, Jean Paul II a adressé un message afin que l’Eglise de Taïwan soit un pont entre l’Eglise universelle et l’Eglise de Chine. Le cardinal John Baptist Wu, de Hong Kong, peut lui aussi contribuer à faire avancer les choses. Chacun a son devoir à remplir".
Suspicion et méfiance sont toujours de rigueur sur l’île de Taïwan. Il y
a quelques mois à Hong Kong, lors d’une conférence internationale sur le
thème "Confucianisme et christianisme", Mgr Jin Luxian, 73 ans, évêque de
Shanghai (élu par l’Association patriotique des catholiques chinois, en
rupture avec Rome depuis 1957), et l’ancien archevêque de Taïpei, Mgr LoKuang, 78 ans, se sont rencontrés pour la première fois après 40 ans. Les
deux hommes s’étaient connus à Rome. En dépit des sourires et des embrassades en face des caméras, les deux hommes ont des vues complètement opposées. "Je ne vois pas se renouer de telles relations dans un avenir proche", disait alors Mgr LoKuang, rappelant qu’il n’était pas raisonnable de
la part de Pékin de demander au Vatican de rompre ses relations avec Taïwan. Lesquelles se sont sensiblement réduites puisqu’en avril 1971, le Vatican était représenté par un nonce apostolique, et qu’aujourd’hui, ce
n’est plus qu’un simple chargé d’affaires.
Pour le Père Fang, qui a dû rencontrer Mgr Jim Luxian en Chine, ce dernier est l’exemple parfait des résultats du lavage de cerveau des évêques
de Chine par le pouvoir. Bien sûr, il a de la bonne volonté et il veut essayer de faire des choses, mais à la fin, pour lui, le Parti communiste a
raison. Mgr Jin est un très bon diplomate mais pas un bon évêques".
Ainsi, depuis quelques années, la Chine joue l’ouverture sur tous les
fronts. Son désir de ramener Taïwan dans le giron continental reste toujours aussi grand et la dimension religieuse est perçue comme un bon moyen
de faire pression pour un rapprochement. "Plus les relations entre le Vatican et la Chine se réchauffent, commente un observateur de Hong Kong, plus
Taïwan se sent isolé. Le Vatican ne veut pas se couper avec Taïwan, mais en
se rapprochant de la Chine, il ne laisse pas beaucoup le choix à Taïwan,
sinon de le suivre". (apic/m.l-d/pr)