Réintégrer le Cambodge dans la communautés internationale (280288)
Bruxelles, 28février(APIC/CIP) "Huit ans après le renversement des Khmers
Rouges, le Kampuchéa demeure un pays très pauvre, avec l’un des taux de
mortalité infantile les plus élevés au monde et une pénurie alimentaire
chronique. Cependant, pour des raisons géopolitiques, on lui refuse jusqu’à
l’assistance au développement et à la reconstruction la plus élémentaire.
L’embargo sur l’aide décrété par une majorité des nations et par les Nations-Unies signifie l’installation du Kampuchéa dans la pauvreté, la faim
et le sous-développement".
C’est le tragique constat que dressent, huit ans après la chute des
sanglants Khmers Rouges de Pol Pot, 34 organisations non-gouvernementales
(ONG) travaillant tant à l’intérieur du Cambodge qu’à la frontière
khméro-thaïlandaise, dont une dizaine d’Actions de Carême. Ces ONG (cet
appel est soutenu en Suisse par l’Action de Carême des catholiques suisses,
l’Entraide protestante, la Fondation du village Pestalozzi, la Section
suisse alémanique de Terres des Hommes et la Centrale sanitaire suisse)
d’Europe, du Canada, des Etats-Unis, d’Australie et du Japon lancent ces
jours-ci une campagne internationale d’information et de soldarité avec le
peuple cambodgien et demandent la réintégration de ce pays dans le concert
des nations.
Dans le but de contribuer à "faire sauter le verrou politique" entourant
le Kampuchéa, elles font paraître un ouvrage intitulé "Les dessous d’une
impasse - l’isolement international du Cambodge". Ce livre a été écrit par
Eva Mysliwiec, qui a vécu cinq ans au Cambodge pour le compte de l’oeuvre
d’entraide Oxfam de Grande-Bretagne. L’auteur souligne l’impasse diplomatique actuelle qui a fait du peuple cambodgien un "otage politique". Le drame
du Cambodge se résume dans cette phrase de Sir Robert Jackson, ancien vicesecrétaire général des Nations-Unies et responsable des opérations d’urgence après la chute de Pol Pot : "Le Kampuchéa est le seul pays en voie de
développement qui se voit refuser toute forme d’aide au développement ou
toute autre assistance de la part des Nations-Unies, alors qu’il en a certainement le plus besoin".
Ces ONG relèvent qu’en raison de l’embargo sur l’aide au développement,
elles sont seules pour faire face à une situation économique, sociale et
sanitaire catastrophique et que le peuple cambodgien est ainsi "puni" non
pas en raison d’une quelconque violation de sa part, mais parce que les
troupes vietnamiennes sont toujours sur le sol du Kampuchéa. Elles dénoncent également le caractère "moralement ambigu" d’opérations de secours en
faveur des réfugiés de la frontière, qui vivent sous contrôle du Gouvernement de Coalition du Kampuchéa Démocratique (GCKD), qui siège aux NationsUnies comme représentant légitime du Cambodge. Cette aide sur la frontière
assure à cette guérilla une population et une source de recrutement qui
permet au GCKD - dont les sanglants Khmers Rouges sont le fer de lance - de
mener ses attaques contre le Cambodge et dont les premières victimes sont
les paysans khmers.
Pour les 34 ONG, le refus d’assistance au peuple khmer est particulièrement injuste, surtout si l’on songe que le Vietnam continue à recevoir de
l’aide au développement de la part des Nations-Unies, tout comme l’Afghanistan et l’Ouganda en ont reçue en période d’occupation étrangère. En conclusion, les ONG demandent une aide à la reconstruction et au développement
"indépendamment de toute considération politique". Elles réclament la fin
de tout soutien aux Khmers Rouges, responsables de la mort de plus d’un
million de leurs compatriotes et dont le peuple khmer craint le retour. Elles affirment finalement que "le retrait des forces vietnamiennes, dès que
la menace d’un éventuel retour des leaders Khmers Rouges responsables des
tueries aura été levée, constitue un élément vital à toute solution politique". (apic/bo/be)